États-Unis : Une étude pointe le « racisme » que subissent les juifs de couleur dans leur propre communauté

Conduite par seize chercheurs majoritairement issus de l’université de Stanford (Californie) auprès de 1.118 juifs américains de couleur, une enquête inédite, publiée jeudi 12 août outre-Atlantique, révèle que 80 % de ces derniers se disent victimes de « discrimination » ou de « racisme » dans leur milieu religieux.

La démarche, aspirant initialement à mettre en lumière la diversité ethnique de la communauté juive américaine – dans un pays où celle-ci demeure très majoritairement blanche -, braque les projecteurs sur plusieurs réalités alarmantes. Jeudi 12 août, une étude inédite, conduite par seize chercheurs pour la plupart rattachés à la prestigieuse université de Stanford (Californie) pour le compte de l’organisation Jews of Color Initiative (1), a révélé le malaise des juifs de couleur dans les milieux de leurs coreligionnaires blancs.

Frustrations, méprises en étant confondus avec des nounous ou encore des agents de sécurité lors d’événements organisés par la communauté, interrogations maladroitement formulées sur leur histoire familiale dans des synagogues ou des institutions… S’ils affichent toujours un fort sentiment d’appartenance à l’establishment blanc local, 80 % des 1 118 individus sondés – d’origine africaine, asiatique, ou encore latino… – font en effet état d’expériences de « discrimination » ou de « racisme » dans leurs rangs.

« Vous vous êtes converti ? »

« On me traite souvent comme une personne qui vient se renseigner sur le judaïsme, alors que je suis un juif actif dans de nombreuses communautés », témoigne ainsi un homme noir d’une trentaine d’années, cité par l’étude. « Je suis récemment allé aux offices du shabbat, et une femme s’est approchée de moi en me disant sans se présenter : “shabbat shalom”, vous êtes ici pour un cours de religion ? Vous vous êtes converti ? »

Autres données préoccupantes, 44 % des participants ont aussi déclaré avoir déjà « changé leur manière de s’habiller » ou de « parler » dans les espaces juifs blancs, et 66 % ont parfois souligné s’être parfois sentis « déconnectés de leur identité juive ». En parallèle, 41 % des répondants ont toutefois assuré avoir pu « exprimer toutes les facettes de leur personnalité » dans ces environnements. Interrogés sur le conflit israélo-palestinien, plusieurs ont encore tenu à exprimer leur solidarité pour la population palestinienne, tout en admettant qu’ils ne se sentaient pas à l’aise à l’idée d’en parler dans les milieux juifs blancs, par crainte de ne pas être considérés comme de « bons juifs » ou comme « assez juifs ».

Une proportion croissante

Concernant la présence de racisme dans les institutions communautaires, deux tiers des sondés de cette étude d’une cinquantaine de pages ont estimé que les responsables juifs s’attaquaient « mal » – à 41 % -, voire « très mal » – à 23 % – à cette problématique. L’étude préconise ainsi aux dirigeants de multiplier leurs efforts pour atteindre une plus grande égalité ethnique, en recrutant notamment davantage de profils issus de la diversité. Elle recommande par ailleurs le lancement de débats internes sur la justice raciale – sujet particulièrement clivant outre-Atlantique -, à partir des témoignages des juifs de couleur.

« Ce rapport apporte un correctif précieux et indispensable », décrypte en ce sens dans le document le professeur Marc Dollinger, membre de la faculté d’études juives de l’université d’État de San Francisco (Californie). « Une grande partie de notre compréhension de la vie juive américaine est centrée sur l’expérience juive blanche. Or, lorsque les juifs de couleur sont ceux qui choisissent les questions, y répondent et les publient. Nous assistons à un recadrage de notre compréhension de l’expérience juive américaine historique », poursuit le spécialiste.

Une récente étude démographique, conduite par la Jews of Color Initiative, établissait que les croyants de couleur représentaient désormais 12 à 15 % de la population juive américaine. Des chiffres corroborés en 2020 par le Pew Research Center, attestant que 15 % des juifs âgés de 18 à 29 ans s’identifiaient comme « noirs », « asiatiques », « hispaniques », « multiraciaux » ou encore d’une autre ethnie. Ce, contre seulement 3 % des croyants de 65 ans et plus.

(1) Œuvrant pour une meilleure intégration des juifs de couleur dans les domaines professionnels, institutionnels et communautaires.

La Croix