États-Unis : Une militante LGBT trompe la communauté scientifique pendant plus de 3 ans avec un faux compte Twitter

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La scientifique BethAnn McLaughlin a avoué avoir créé de toutes pièces une « professeure d’université » prétendument morte du Covid-19, qui a posté plus de 10.000 messages depuis 2016.

Après avoir nié dans un premier temps, une scientifique américaine spécialisée en neurologie, BethAnn McLaughlin, a avoué mardi 4 août, par le biais d’un communiqué transmis par son avocat au New York Times, avoir inventé un personnage qu’elle a fait vivre sur Twitter… pendant plus de trois ans.

La cofondatrice de MeTooSTEM, une association engagée contre le sexisme dans le monde scientifique, s’est retrouvée acculée par les inconsistances de son histoire, à la suite de sa série de Tweet annonçant le décès d’une prétendue « professeure anonyme », à qui elle avait donné vie sur Twitter avec le pseudonyme @Sciencing_Bi.

Twitter a clôturé ledit compte, ainsi que celui de la scientifique BethAnn McLaughlin, dès que sa nature frauduleuse a été mise au jour. Créé fin 2016, le compte @Sciencing_Bi, qui utilisait le pseudonyme « Alepo », se présentait comme une « professeure d’anthropologie bisexuelle et d’origine amérindienne ». Avant sa fermeture, ce compte avait rassemblé près de 2 400 abonnés, et avait publié 10 000 Tweet parlant d’une vie personnelle imaginaire – agrémentés de photos qui se sont révélées provenir de banques d’images.

Fausse cérémonie sur Zoom

De nombreux messages dénonçaient également le harcèlement, les violences sexuelles ou bien encore les injustices sociales. En avril dernier, le compte @Sciencing_Bi a accusé l’université d’Etat de l’Arizona (Arizona State University, ASU) de l’avoir contrainte à continuer de donner ses cours en personne. Elle annonçait également avoir été testée positive au SARS-CoV-2. Ses Tweet ont ensuite décrit son supposé combat contre le virus tout en dénonçant le coût exorbitant des soins médicaux aux Etats-Unis.

Après la mort de son personnage fictif, BethAnn McLaughlin a poussé le mensonge jusqu’à inviter les internautes à se recueillir sur Zoom

Puis, le 31 juillet, le vrai compte Twitter de la scientifique BethAnn McLaughlin a annoncé le décès de son « amie » @Sciencing_Bi. Après la mort de son personnage fictif, BethAnn McLaughlin a poussé le mensonge jusqu’à inviter les internautes à se recueillir en la mémoire de @Sciencing_Bi au travers d’une cérémonie tenue sur la plate-forme de téléconférence Zoom.

Quatre universitaires, convaincus que la personne derrière le pseudo « Alepo » était bien réelle, se sont connectés pour lui rendre un dernier hommage – mais ont alors remarqué que la cérémonie ne rassemblait aucun proche.

Et pour cause : le même jour, un représentant de l’université d’Etat de l’Arizona avait indiqué que toute cette histoire devait être un « canular », raconte le New York Times. L’université n’est pas parvenue à identifier des membres de son personnel correspondant au profil de @Sciencing_Bi. Les informations publiées sur le compte concernant l’université étaient en outre inexactes, a précisé ce représentant. Lire aussi Coronavirus : le piège des rumeurs « validées par un médecin »

Une activiste qui dessert sa cause

Bien que le compte ait principalement promu la justice sociale et dénoncé le harcèlement au sein du milieu universitaire, l’article du New York Times met également en exergue que Mme McLaughlin l’a utilisé pour promouvoir directement sa propre carrière. En 2017, @Sciencing_Bi a par exemple servi à diffuser une pétition de soutien dans le but de l’aider à obtenir une promotion au sein de l’université Vanderbilt. Selon elle, cette dernière lui avait été refusée en raison de son témoignage dans une affaire de harcèlement sexuel contre un ancien professeur de l’université de Nashville.

BethAnn Laughlin avait également, en octobre 2018, créé une association, MeTooSTEM, dans l’objectif de donner un espace de parole aux femmes victimes de harcèlement sexuel dans le milieu des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (dont l’acronyme en anglais donne STEM). Une partie des membres de MeTooSTEM avait cependant été mal à l’aise avec l’opacité du fonctionnement de l’organisation.

Selon une enquête du site d’information BuzzFeed, après sept mois d’existence, c’est autant de dirigeants de MeTooSTEM qui avaient démissionné de leur poste, reprochant à Mme McLaughlin son comportement toxique et son manque de considération envers la place des minorités dans l’association. Lire aussi Facebook et Twitter suppriment des comptes de suprémacistes blancs se faisant passer pour des antifascistes

Depuis les aveux de BethAnn McLaughlin, cette rocambolesque histoire laisse un goût amer dans la bouche des personnes qui ont été dupées. La docteure Jacquelyn Gill a notamment déclaré dans un fil Twitter : « Je suis en colère après le mal fait aux Noirs, indigènes et autres personnes de couleur, ainsi qu’aux gens LGBTQ+ de notre communauté dont la confiance a été violée. Je suis en colère que quelqu’un puisse simuler une maladie qui a tué tellement de gens et qui affecte de manière disproportionnée les BIPOC » (acronyme anglais de Black, Indigenous, People of Color, « Noirs, indigènes et gens de couleur »).

New-York Times