États-Unis : Vaccin obligatoire pour l’armée américaine et les enseignants de New York

L’agence du médicament américaine (FDA) a approuvé définitivement le vaccin de Pfizer-BioNTech contre le Covid-19. Il ne disposait jusqu’ici que d’une autorisation d’urgence. Les autorités ont rendu dans la foulée la vaccination obligatoire pour plusieurs segments de la population. Il ne disposait jusqu’ici, comme tous les vaccins, que d’une autorisation d’urgence de mise sur le marché : le Comirnaty de Pfizer-BioNTech est le premier vaccin définitivement approuvé contre le Covid-19 par la Food and Drug Administration (FDA), l’agence du médicament aux Etats-Unis. Les deux autres vaccins injectés outre-Atlantique, le Moderna et le Johnson & Johnson, restent pour l’instant au stade de l’autorisation temporaire.

« Alors que des millions de personnes ont déjà reçu des injections en toute sécurité, nous estimons que pour certains, l’approbation d’un vaccin par la FDA peut constituer un motif supplémentaire pour aller se faire vacciner », a commenté Janet Woodcock, commissaire intérimaire l’agence. « L’approbation accordée aujourd’hui confirme l’efficacité et l’innocuité de notre vaccin », a réagi, de son côté, Albert Bourla, directeur général de Pfizer.

L’obligation vaccinale gagne du terrain

Tirant parti de cette autorisation définitive, plusieurs autorités américaines ont décidé d’imposer la vaccination obligatoire sans crainte de recours légaux. Le porte-parole militaire John Kirby a ainsi indiqué que le ministère des Armées, le Pentagone, allait « diffuser une directive imposant à tous les personnels engagés de se faire vacciner ».

De son côté, le maire de New York, Bill de Blasio, a annoncé que les professeurs et personnels des écoles devront recevoir une première dose au plus tard le 27 septembre. Cela concerne près de 150.000 personnes, alors que pour le moment, 63 % seulement du personnel éducatif est vacciné dans la ville.

L’autorisation définitive du vaccin Pfizer devrait aussi pousser plusieurs entreprises à imposer la vaccination à leurs employés. Selon le « Wall Street Journal » , Chevron Corp. a profité de l’autorisation définitive pour exiger de ses employés expatriés, de ceux voyageant à l’étranger et de ceux travaillant sur les navires de la compagnie qu’ils se fassent vacciner.

La campagne vaccinale patine aux États-Unis

Pour l’heure, la campagne vaccinale patine aux États-Unis. Alors que l’arrivée de Joe Biden au pouvoir a été suivie par une forte progression du nombre de vaccinés, avec une couverture qui est passée de quelques pourcents à 50 % en quatre mois, elle n’a progressé que de 10 points depuis mai. Pour l’heure, à peine plus de 60 % de la population a reçu une dose de vaccin, contre plus de 63 % dans l’Union européenne (et 70 % en France).

Les Etats-Unis ont par ailleurs déjà annoncé que l’ensemble de la population pourrait recevoir une troisième dose de vaccin huit mois après la première injection.

En Europe, les vaccins utilisés bénéficient d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle, qui pourrait être convertie en une AMM standard à l’avenir. A plus court terme, l’approbation complète du vaccin Pfizer aux Etats-Unis pourrait changer plusieurs choses, en sachant qu’il pourrait en être de même ces prochaines semaines pour Moderna.

Faciliter les obligations vaccinales

De nombreuses universités, entreprises et administrations pourront plus facilement rendre la vaccination obligatoire, une fois l’approbation complète délivrée. C’est notamment le cas du Pentagone, qui avait déclaré vouloir immuniser le 1,3 million de soldats en service actif du pays « au plus tard » au milieu du mois de septembre. « Certaines personnes peuvent ne pas se faire vacciner à moins que leurs employeurs ne l’exigent, et de nombreuses organisations – y compris l’armée – attendent que les vaccins soient pleinement approuvés avant d’instituer de tels mandats », a résumé début juillet le Dr Eric Topol, professeur de médecine moléculaire, dans une tribune parue dans le New York Times.

« Je pense que beaucoup de grandes entreprises, publiques et privées, attendent l’approbation pour imposer des vaccins aux étudiants et aux employés » , a déclaré de son côté à NBC un ancien commissaire associé de la FDA, Peter Pitts, président du Center for Medicine in the Public Interest, une association à but non lucratif. Certains États, y compris ceux dont les taux de vaccination sont parmi les plus bas du pays, comme l’Alabama, l’Arkansas et le Tennessee, sont allés jusqu’à interdire les obligations de porter le masque dans les écoles et les collèges jusqu’à ce que les vaccins soient pleinement approuvés, rappelle le magazine Science.

Booster l’envie de se faire vacciner

Des scientifiques espèrent aussi qu’une approbation complète poussera des personnes toujours réticentes à sauter le pas et à se faire vacciner. Aux Etats-Unis, seuls 7 habitants éligibles (c’est-à-dire âgés d’au moins 12 ans) sur 10 ont reçu au moins une dose, et 6 sur 10 sont complètement vaccinés. Les autorités sont préoccupées par le fait que le rythme a fortement ralenti ces dernières semaines, alors que le pays fait face à une 4ème vague très violente, portée par le variant Delta.

« Certaines personnes qui comprennent que le ’E’ dans ’EUA’ signifie ’urgence’ attendent l’approbation complète de la FDA avant de recevoir une injection », a estimé le Dr Topol. Même avis pour le Dr. Vincent Rajkumar, professeur de médecine à la clinique Mayo de Rochester (Minnesota), qui a jugé que l’approbation complète « mettra fin aux répliques incessantes que nous recevons selon lesquelles les vaccins sont expérimentaux et non approuvés ».

Mais pour quel effet précis ? Difficile à dire. D’après une enquête menée en juin par la Kaiser Family Foundation, 3 adultes non vaccinés sur 10 seraient davantage enclins à se faire « piquer » en cas d’approbation complète d’un vaccin. « Les gens se sentiront beaucoup plus en confiance pour se faire vacciner », selon le Dr Robert Murphy, directeur exécutif de l’Institut de santé globale de l’Université Northwestern, cité par NBC.

« Pour les personnes qui sont vraiment opposées à la vaccination à ce stade, je ne sais pas si l’approbation complète par la FDA va faire une énorme différence », a nuancé dans Science Krutika Kuppalli, médecin spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de médecine de Caroline du Sud. Et pour cause : la même enquête de la Kaiser Family Foundation a également révélé que les deux tiers des adultes, dont beaucoup de ceux qui n’étaient pas vaccinés, pensaient que les trois vaccins disponibles aux États-Unis (Pfizer, Moderna et Janssen) étaient déjà approuvés ou qu’ils ne savaient pas s’ils l’avaient été ou non.

Prescrire plus facilement hors du cadre prévu ?

La chaîne de télévision NBC avance un troisième effet possible. Dans le cadre d’une autorisation d’urgence, un médicament ou un vaccin ne peut être utilisé que dans un cadre précis. Avec une approbation complète, un médecin peut plus facilement prescrire la vaccination à des moins de 12 ans, par exemple ceux souffrant de maladies graves. Pfizer mène actuellement des essais cliniques sur les 5-11 ans et prévoit de les transmettre aux autorités dans les prochaines semaines, avant une possible autorisation au dernier trimestre de l’année. « Vacciner quelqu’un sans données pour étayer cette décision est une proposition risquée, et cela ne devrait pas arriver », temporise Peter Pitts, l’ancien commissaire associé de la FDA.

Autre possibilité : administrer des troisièmes de doses de vaccin plus rapidement que prévu. Jusqu’à mi-août, une telle campagne d’injections de rappel n’était pas du tout prévue aux Etats-Unis. Finalement, tous les Américains y seront invités à partir de mi-septembre, huit mois après avoir reçu leur deuxième dose. Avec une approbation complète, un médecin pourrait, théoriquement, décider de réduire ce délai pour certains patients. Mais « la plupart [d’entre eux] suivront toujours les utilisation recommandées par la FDA », veut croire Jesse Goodman, spécialiste des maladies infectieuses au Georgetown University Medical Center et ancien scientifique en chef de l’agence des médicaments.

Les Échos