Europe : Dernier changement d’heure… avant le prochain, l’harmonisation repoussée aux calendes grecques

Cette nuit encore, il faudra avancer sa montre d’une heure. A deux heures du matin, ce samedi, il sera trois heures. Et ce changement d’heure ne semble pas près d’être renvoyé aux oubliettes de l’histoire. La dispute entre les « ététistes » et les « hivertistes » peut se poursuivre. La Commission européenne, suivant l’avis de près de 4 millions de personnes, avait pourtant recommandé l’abandon du changement d’heure dès 2019. Alors pourquoi tant de tergiversations ?

Le rituel est en place depuis 1977. Deux fois par an, fin mars et fin octobre, “les citoyens européens ont pris l’habitude de changer d’heure. Ces changements d’heures saisonniers étaient censés répondre à un objectif d’économie d’énergie. Mais l’efficacité de cette mesure n’a jamais été démontrée.”

La proposition d’harmoniser l’heure et d’abolir les changements bisannuels, poussée par Jean-Claude Juncker est actuellement au point mort. Si certains blâment la pandémie, d’autres pointent le désintérêt des institutions pour le dossier.

En 2018, sous l’impulsion de son président Jean-Claude Juncker, la Commission européenne avait décidé de prendre le taureau par les cornes. Et d’organiser une large consultation publique. Résultat : “4,6 millions d’Européens se sont exprimés à 84 % pour sa suppression”. Même si passée cette quasi-unanimité, la majorité en faveur de l’heure d’hiver ou de celle d’été était beaucoup moins nette. “56 % des votants disaient vouloir conserver l’heure d’été, contre 36 % pour l’heure d’hiver”.

Sauf que du côté de l’UE, le dossier est au point mort. « Les discussions patinent au Conseil », acquiesce Karima Delli, députée européenne (EELV) qui défend la suppression du changement d’heure. « Une majorité d’États sont d’accord sur le bien-fondé de la proposition », mais ça coince surtout sur l’harmonisation. Car si chaque État reste souverain pour décider de son fuseau horaire, il faut veiller à se coordonner « pour éviter un patchwork de fuseaux horaires ».

Calendes grecques

Et c’est là que ça se complique. « L’Ukraine ne veut pas être sur le même fuseau que les Russes, les pays du Sud veulent l’heure d’été mais ceux du Nord l’heure d’hiver… » énumère l’eurodéputée. Et de souligner que « demain, le travailleur français qui va tous les jours en Allemagne ne va pas régler sa montre deux fois par jour parce que les deux pays n’ont pas choisi de rester sur le même fuseau ».

« Les discussions sont renvoyées aux calendes grecques et à des études sur l’impact de la mesure, et avec la crise sanitaire, ça n’est clairement pas une priorité. » Et ça ne sera pas pour tout de suite : une fois la fin du changement d’heure remise à l’ordre du jour, et adoptée, il faudrait une visibilité de 18 mois pour permettre aux opérateurs de transport, notamment les compagnies aériennes, de s’adapter pour établir leurs horaires.

Pour Karima Delli, la réforme ne doit pas être abandonnée pour autant. « Ce système instauré dans les années 1970 après le choc pétrolier pour économiser de l’énergie est obsolète », estime-t-elle. Et l’eurodéputée de lister les arguments en faveur de la fin du changement d’heure : « Cela bouleverse notre horloge interne et est nocif pour la santé, il y a un lien entre sécurité routière et changement d’heure, tant avec le manque de visibilité que le manque de sommeil… Sans compter que les citoyens le réclament ! »

Quelles conséquences sur la santé ?

Le changement d’heure dérègle le fonctionnement de l’horloge biologique. De fait, le système immunitaire peut être fragilisé, l’appétit perturbé et des troubles du sommeil peuvent apparaître.

Conséquence : l’apparition de problèmes de concentration, de troubles de l’attention ou encore de l’humeur. La semaine suivant le changement d’heure, on note une augmentation des accidents de la route et des risques d’infarctus

Quels effets en pleine crise sanitaire ?

Les confinements à répétition et le couvre-feu ont modifié nos modes de vie et donc notre rapport au sommeil. En plus des risques sanitaires liés au Covid-19, la perte de sommeil peut engendrer des risques psychologiques. Depuis 2020, certains Français ont commencé à avoir des insomnies. Il est conseillé de se coucher et de se lever à la même heure pour garder un bon rythme.

Combien de temps le corps met-il à se remettre du décalage horaire ?

L’organisme des adultes s’adapte rapidement au nouveau rythme imposé par le passage à l’heure d’été. Mais cela peut prendre plus de temps pour les personnes fragiles comme les nourrissons, les enfants, les personnes âgées ou malades.

Quelques conseils pour s’adapter à l’heure d’été

Pour s’adapter le plus facilement à ce “jet-lag” imposé, la première chose à faire, c’est de se coucher à heure fixe. Les beaux jours arrivent, il est donc important de s’exposer à la lumière. Il faut aussi essayer de dormir huit heures.

Le Soir