Europe : En trois ans, plus de 18.000 mineurs étrangers ont disparu

Des mineurs non accompagnés, issus du camp de migrants démoli nommé la « jungle », à Calais, se rendent dans des centres d’accueil en France, en novembre 2016

Depuis 2018, les autorités d’une trentaine de pays ont perdu la trace de milliers d’enfants et d’adolescents migrants non accompagnés. Un chiffre effarant mais encore approximatif en l’absence de données précises dans certains États, dont la France.

Depuis 2018, les autorités d’une trentaine de pays ont perdu la trace de milliers d’enfants et d’adolescents migrants non accompagnés. Un chiffre effarant mais encore approximatif en l’absence de données précises dans certains États, dont la France.

Entre 2018 et 2020, quelque 18.000 enfants et adolescents étrangers non accompagnés ont disparu en Europe. Ce nombre, accablant, est aussi approximatif : des États – dont la France – ne collectent pas de données précises sur ces disparitions de jeunes migrants et d’autres n’ont fourni que des estimations partielles pour 2020. L’organisation Lost in Europe, un projet de journalisme d’investigation international regroupant des professionnels de sept pays, a collecté des informations auprès d’une trentaine d’États, membres et non membres de l’Union européenne (UE). Elle les a ensuite soumises, en mars, à des experts qui sont arrivés à la conclusion qu’en l’espace de trois ans les autorités avaient perdu la trace d’au moins 18 292 mineurs étrangers non accompagnés (MENA).

D’abord abrités dans des centres d’accueil, certains ont probablement rejoint un membre de leur famille. D’autres ont trouvé un travail au noir ou ont été contraints au travail forcé pour rembourser leur dette à l’égard de leurs passeurs. D’autres encore ont été victimes de groupes criminels, dont des réseaux de traite des êtres humains : des filières de prostitution de jeunes Nigérianes ont notamment été mises au jour dans plusieurs pays.

C’est en Italie (5 775 disparitions recensées), en Belgique (2 642), en Grèce (2 118, nombre arrêté à la mi-2020) et en Espagne (1 889) que les disparitions sont les plus nombreuses. Faute de statistiques, on ne sait rien de ce qui se déroule en France, en Grande-Bretagne ou en Roumanie.Lost in Europe relève cependant la fragilité de ces données. Parce que, dans certains pays de première arrivée, des enfants sont enregistrés en tant qu’adultes ou que d’autres transitent par des pays qui ne les enregistrent pas. En revanche, un mineur quittant, par exemple, un centre en Espagne pour gagner les Pays-Bas sera compté deux fois. En fait, les échanges de données entre les pays de l’UE concernant ces jeunes sont presque inexistants. Comme, apparemment, la prise en compte de leur situation.

Complexité des institutions

« L’Europe est capable de régler la question des compensations si votre avion est en retard, mais un enfant exploité devra, lui, se battre tout seul », déplore Kevin Hyland, membre du groupe d’expert du Conseil de l’Europe, interrogé par un journaliste de Lost in Europe. Deux jeunes Vietnamiens qui figuraient parmi les 37 personnes retrouvées mortes dans un camion frigorifique en Grande-Bretagne, en octobre 2019, avaient tenté, en vain apparemment, d’alerter les autorités néerlandaises sur le rôle de trafiquants avant d’être contraints d’embarquer. Ils n’auraient pas été écoutés. […]

Le Monde