Europe : Face au “chantage” du Kremlin, l’UE se tourne vers Israël pour importer du gaz

En visite en Israël ce mardi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a indiqué que l’Union européenne explorait « actuellement des voies pour renforcer (sa) coopération énergétique avec Israël » pour se libérer du « chantage » russe. De son côté, l’Etat hébreu voit aussi d’un bon œil le développement de ses liens avec l’Europe afin d’y exporter une partie de ses vastes ressources gazières en mer.

Ursula von der Leyen, président de la Commission européenne, est en visite en Israël ce mardi.

Ursula von der Leyen, président de la Commission européenne, est en visite en Israël ce mardi.

Ce sont déjà trois pays, au sein de l’Union européenne, qui sont privés de gaz russe. « Depuis le début de la guerre (en Ukraine), la Russie a délibérément coupé ses approvisionnements de gaz à la Pologne, la Bulgarie et la Finlande, à des entreprises néerlandaises et danoises en représailles à notre soutien à l’Ukraine », s’est ainsi indignée la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce mardi alors qu’elle effectue une visite en Israël. « Le Kremlin a utilisé notre dépendance aux énergies fossiles russes pour nous faire du chantage », a-t-elle accusé lors d’un discours à l’Université Ben-Gourion du Néguev, dans le sud du pays. Et d’ajouter : « Le comportement du Kremlin ne fait que renforcer notre volonté de nous libérer de notre dépendance aux énergies fossiles russes ».

Pas d’embargo sur le gaz

L’Union européenne a, en effet, voté le 31 mai dernier un embargo sur le pétrole russe. Selon les termes de cet accord approuvé par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, plus des deux-tiers des importations d’or noir venues de Russie sont interdites et elles devraient prendre fin à 90% d’ici la fin de l’année. Le texte prévoit toutefois des dérogations pour la Hongrie, fermement opposée à cet embargo en raison de son ultra-dépendance aux importations russes, et d’autres pays inquiets de l’impact économique de cette décision. L’UE a également décidé début avril d’arrêter en août ses achats de charbon.

Mais concernant le gaz, l’Union européenne a rappelé à plusieurs reprises qu’il n’était, pour l’instant, pas question de cesser les importations venues de Russie. Certains pays, comme l’Allemagne, ont en effet mis en garde contre la récession violente que provoquerait un tel embargo. Qui plus est, des fournisseurs européens comme Eni en Italie ou Engie en France ont répondu favorablement aux exigences du Kremlin d’un paiement des livraisons de gaz en rouble via l’ouverture de deux comptes : l’un pour effectuer le règlement en euros (ou dollars), l’autre pour la conversion en roubles. Et si la Commission s’était dite opposée à une telle pratique, elle a finalement autorisé à demi-mots les règlements auprès de Gazprombank faute d’alternatives.

Toutefois, les récentes coupures d’approvisionnement par le géant gazier russe, Gazprom, font planer sur l’Europe, la menace d’un fermeture totale des vannes : les exportations de gaz russe ont déjà chuté de 27,6% entre janvier et mai 2022 par rapport à la même période l’année précédente, a fait savoir Gazprom début juin. À charge pour l’Europe de trouver rapidement d’autres sources d’approvisionnement.

Rencontres en Israël

C’est bien là l’objectif de la visite d’Ursula von der Leyen en Israël lors de laquelle elle a déclaré que l’Union européenne explorait « actuellement des voies pour renforcer (sa) coopération énergétique avec Israël », citant un projet de câble électrique sous-marin reliant l’Etat hébreu, Chypre et la Grèce et un « pipeline » en Méditerranée orientale.

La présidente de la Commission européenne a rencontré lundi soir les ministres israéliens des Affaires étrangères et de l’Energie, Yaïr Lapid et Karine Elharrar, et doit s’entretenir ce mardi soir avec le chef du gouvernement Naftali Bennett. Selon un porte-parole de la ministre Elharrar, elle a répété, lors de leur entretien lundi, que « l’UE a besoin du gaz israélien ».  Des « annonces » concernant une coopération énergétique « avec Israël et d’autres partenaires dans la région » doivent être faites « dans les prochains jours », a indiqué de son côté une porte-parole de la Commission européenne, précisant qu’Ursula von der Leyen se rendrait en Egypte après Israël.

Un défi pour Israël

Si ces négociations sont intéressantes pour l’Union européenne, Israël y voit également son intérêt. L’Etat hébreu a commencé à produire du gaz après la découverte au début des années 2010 de plusieurs réservoirs au large de ses côtes en Méditerranée, avec des réserves chiffrées à environ 1.000 milliards BCM (milliard de mètres cubes). Depuis, il travaille d’arrache-pied pour pouvoir exporter une partie de ses vastes ressources gazières en mer vers l’Europe. Or, en l’état actuel, cet Etat ne dispose d’aucun gazoduc pour relier ses plateformes de forage en Méditerranée aux marchés du sud du Vieux Continent.

Pour pallier ce manque, les Israéliens disposent de trois grandes options : acheminer son gaz naturel vers l’Egypte, voisin déjà relié à l’Etat hébreu par un pipeline, pour ensuite le liquéfier et le transporter par bateau en Europe; construire un gazoduc vers la Turquie qui est, elle, reliée au Vieux continent; ou construire une nouvelle route des hydrocarbures directement vers le sud européen. Ce projet, baptisé EastMed, est chiffré à près de six milliards d’euros et pourrait prendre du temps à se concrétiser. Les responsables israéliens se sont donc tournés vers l’Italie qu’il souhaite voir s’y greffer. Un appel auquel à répondu le Premier ministre italien Mario Draghi. En visite aussi en Israël, il a plaidé pour une coopération gazière bilatérale sans pour autant lever le voile sur la route que pourrait emprunter le gaz israélien pour rejoindre l’Italie. « Nous travaillons ensemble afin d’utiliser les ressources gazières de la Méditerranée orientale et pour développer des énergies renouvelables. Nous voulons réduire notre dépendance au gaz russe », a déclaré Mario Draghi aux côtés de Naftali Bennett.

Autre enjeu pour Israël : son différend avec le Liban voisin sur la délimitation d’une partie de sa zone de droit exclusif. La découverte de vastes gisements gaziers en Méditerranée orientale a, en effet, attisé le contentieux frontalier entre les deux pays, techniquement en état de guerre. En octobre 2020, ils avaient entamé des pourparlers pour délimiter leur frontière maritime et lever les obstacles à la prospection d’hydrocarbures. Mais ces discussions sont suspendues depuis mai 2021 en raison de différends concernant la zone contestée de Karish.

Des tensions ont ressurgi la semaine dernière avec l’arrivée d’un navire affrété pour le compte de l’Etat hébreu par la société d’exploration Energean Plc, le Liban accusant Israël d’opérer dans une zone contestée. Mais Israël assure que le gisement gazier n’était pas dans les eaux contestées, ce que porte aussi à croire une analyse des images satellites réalisée par le quotidien israélien Haaretz.

La Tribune