Europe : Salaire minimum, Bruxelles se heurte à de multiples difficultés

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Fin octobre, la Commission européenne devrait présenter son projet concernant un cadre commun de rémunération minimum à l’échelle du Vieux Continent. Quels sont les contours de ce mécanisme et les doutes qu’il soulève chez certains États membres?

Lors de son discours sur l’état de l’Union, prononcé le 16 septembre dernier, Ursula von der Leyen a dévoilé ses intentions sans détours : “un salaire minimum bien négocié maintient les emplois et garantit l’équité, à la fois pour les travailleurs et pour les entreprises. Le salaire minimum fonctionne, et il est temps que le travail paie.” 

Ce jour-là, la présidente de la Commission européenne a donc annoncé que l’exécutif bruxellois présenterait “une proposition juridique pour aider les États membres à mettre en place un cadre de salaire minimum”. Un texte qui devrait être dévoilé fin octobre.

À en croire le média bruxellois Politico – très informé sur les questions européennes – la proposition de Von der Leyen contiendra deux volets principaux : le premier concernera les pays qui ont déjà un salaire minimum ; tandis que le deuxième visera les États qui fonctionnent à travers les négociations collectives.

“Il sera demandé aux pays qui disposent déjà d’un salaire horaire minimum de vérifier que le niveau de celui-ci est ‘adéquat’ par rapport au salaire national moyen et au coût de la vie. Si ce n’est pas le cas, Bruxelles pourra demander de corriger ce revenu minimum à la hausse.

1,87 € de l’heure en Bulgarie, 12,38 € au Luxembourg

Une telle mesure pourrait avoir des conséquences importantes puisque “vingt et un pays de l’ UE disposent d’un salaire minimum”, mais les différences entre ceux-ci sont abyssales. Ainsi, le smic au Luxembourg est de 12,38 euros de l’heure, tandis qu’en Bulgarie celui-ci s’élève seulement à 1,87 euro. Et ce n’est pas tout.

En effet, même lorsqu’on compare le smic des pays avec leur salaire médian national, on découvre de grandes disparités. À ce sujet, un graphique du média bruxellois montre que le smic slovène correspond à 63 % du salaire médian du pays, tandis qu’en Irlande (maillot noir de ce classement) ce pourcentage ne s’élève “que” à 42 %.

Certains pays néanmoins ne disposent pas du tout d’un salaire minimum. C’est le cas de l’Autriche, de Chypre, du Danemark, de la Finlande, de l’Italie et de la Suède. Des États qui fonctionnent exclusivement à travers la négociation collective entre les partenaires sociaux. Dans ces nations, “la commission ne pourra pas intervenir sur le niveau des salaires, qui sont fixés par des accords entre les syndicats et les employeurs, mais elle demandera à ce que ces accords soient élargis à davantage de personnes” .

Malgré le fait que la Commission ait précisé son intention de ne pas imposer un smic aux pays qui fonctionnent à travers la négociation collective, certaines voix se sont déjà élevées dans les pays du Nord pour défendre leur modèle.

Et ce n’est pas là le seul obstacle qui se dresse sur le chemin vers une réglementation européenne de la question. “Quatre autres pays – la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie et la Pologne– s’opposent à l’initiative de la commission, en argumentant que l’exécutif bruxellois n’a pas de compétences légales pour intervenir sur les salaires”.

Autre partie prenante qui n’est pas satisfaite, l’association patronale BusinessEurope, qui s’est empressée de faire savoir que “ces questions sont la compétence des partenaires sociaux et des États membres pour des bonnes raisons” .

Une position diamétralement opposée à celle de la Confédération européenne des syndicats, qui, elle, considère que l’augmentation des salaires minimums protégerait les travailleurs de la pauvreté, dans un moment où l’économie globale est affaiblie par la pandémie de coronavirus.

Dans un tel contexte, favoriser ou non l’augmentation des salaires minimums, ainsi que le spectre des personnes protégées, est une question de philosophies économiques.

Pendant la crise financière de 2008, certains économistes ont conseillé aux gouvernements de ne pas ‘protéger’ les salaires, en espérant que cela aide les entreprises à se redresser plus rapidement et à réduire le chômage structurel. Mais cette stratégie n’a pas donné les résultats escomptés.

Aujourd’hui, une autre approche pourrait donc être impulsée par la Commission. À condition que les États l’acceptent.

Politico