Évry (91) : Comment une cité est devenue un lieu de pèlerinage des fans de Koba la D, star montante du rap français

Le 25 juillet, une jeune femme suisse fan de Koba la D a visité le quartier du Parc aux lièvres, qui a vu naître le rappeur à succès. La vidéo de ce pèlerinage atypique a été largement reprise sur les ré seaux sociaux et jette un coup de projecteur sur cette cité construite à la fin des années 1960.

La vidéo, diffusée sur la plateforme Tik Tok, a fait le tour des réseaux sociaux. On y voit une jeune femme de 21 ans, Léonora, en pèlerinage dans le quartier du Parc aux Lièvres, à Évry (Essonne). Plus exactement au pied du bâtiment 7, où ont grandi plusieurs rappeurs réputés, dont Koba la D. En légende : « La plus grande fan de Koba de Suisse a enfin visité le bat7 ».

Dès sa publication, le 25 juillet, la vidéo rencontre un grand succès. Elle totalise plus de 400.000 vues et 2.000 commentaires. Parmi les réactions, beaucoup sont surpris par cette visite guidée atypique. « Elle a visité le bat7 en mode c’est le Louvre », s’amuse un internaute. « Elle va montrer cette vidéo à ses enfants plus tard », blague un autre. Ce à quoi la jeune femme répond sagement : « Si tu es fan d’un artiste, pourquoi ne pas aller visiter là où il a grandi ? »

Ah oue chaud les meufs de suisses 😭 pic.twitter.com/KAuHdEa5ao— Pas vu pas pris 😝 (@TallJo243) July 22, 2021

Contactée par téléphone, la jeune femme originaire de Bienne, en Suisse, raconte : « J’adore Koba la D et j’étais de passage en vacances en France. Je me suis dit que c’était l’occasion de marcher dans ses pas et d’en découvrir plus sur lui. » Sur place, un habitant n’en revient pas : « Je ne pensais pas que le lieu était connu au point de faire des centaines de milliers de vues… »

« Un lieu incontournable du rap français », avec une identité forte

Sous ses apparences austères, la dalle du Parc aux Lièvres est devenue un lieu de pèlerinage pour les amateurs de rap. Un bâtiment en particulier a construit la notoriété du quartier : le « bât7 », qui a vu naître autant de rappeurs que son numéro : Koba la D, Bolemvn, Shotas, Kodes, Kaflo, 2zé et Keusty. Référencé sur Google Maps, le bâtiment 7 est présent dans plusieurs chansons dont « Code la D du 7 », de Seven Binks et Koba la D, 700 000 vues sur la plateforme YouTube.

« C’est unique dans le département. On ne parle même pas d’un quartier, mais d’un seul immeuble d’où viennent sept rappeurs. Grâce à ce vivier, une palanquée d’artistes est venue visiter le quartier et y écrire. C’est devenu un lieu incontournable du rap français », explique Medhy Zeghouf, adjoint à la culture à la mairie d’Évry, qui habite lui-même à 200 mètres des lieux.

L’œuvre emblématique du quartier ? Une fresque géante représentant cinq des sept rappeurs issus de la dalle du Parc aux Lièvres. L’endroit même où la jeune touriste est allée se prendre en photo lors de sa visite. « Je voyais l’œuvre dans les clips et ça faisait longtemps que je voulais la voir pour de vrai. C’est plus grand que ce que je pensais », s’amuse-t-elle.

Évry, 30 juillet 2021. L’œuvre emblématique du Parc aux Lièvres ? Une fresque représentant les rappeurs du quartier. L’endroit même où la jeune touriste est allée se prendre en photo lors de sa visite.
Évry, 30 juillet 2021. L’œuvre emblématique du Parc aux Lièvres ? Une fresque représentant les rappeurs du quartier. L’endroit même où la jeune touriste est allée se prendre en photo lors de sa visite.

Construit à la fin des années 1960, le quartier du Parc aux Lièvres a d’abord été pensé pour loger les agents de la préfecture d’Essonne. « Le lieu est sorti de terre lors de la création de la cité administrative. Il y avait des grands champs qui appartenaient à des Parisiens et où ils avaient l’habitude de chasser des lièvres, d’où le nom, détaille Medhy Zeghouf. C’est une architecture de ville nouvelle. Le quartier a été construit sur une dalle, avec la volonté de l’époque de créer un endroit où il y aurait une vie interne. »

Résultat : le Parc aux Lièvres a développé une identité de quartier unique. « Il y a un effet village. C’est un lieu avec beaucoup de moments de partage, des amitiés et des liens très forts entre les habitants. Au moment de sa construction, il y avait énormément de commerces en tous genres et donc beaucoup de passages », ajoute Elie Seonnet, à l’origine du collectif BKE, qui documente depuis plusieurs années la mémoire du quartier.

La municipalité souhaite « créer une nouvelle dynamique »

Car la dalle du Parc aux Lièvre est condamnée à disparaître. Repoussée à maintes reprises, la date de démolition est aujourd’hui fixée « entre 2024 et 2025 », selon la municipalité. « Le quartier a mal vieilli. Il a fini par être déconnecté du reste de la ville. On cherche à casser cette dalle pour reconstruire à niveau et créer une nouvelle dynamique », assure Medhy Zeghouf. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une quarantaine de familles sur place et le Parc aux Lièvres s’est vidé de ses commerces. Un déchirement pour beaucoup d’habitants, qui refusent de quitter les lieux.

Pour conserver une trace, un collectif en mémoire du quartier s’est créé. Il rassemble plusieurs associations, dont l’agence BKE. « On a décidé de tourner des films et portraits de riverains qui nous racontent leurs histoires et souvenirs. C’est important de conserver une empreinte des vies qui se sont déroulées ici », argumente Elie Seonnet. Avant sa destruction, la dalle du Parc aux Lièvres accueille le tournage d’un film tout l’été. L’occasion, peut-être, de raviver les passions et d’ameuter de nouveaux pèlerins.

Le Parisien