Fabrègues (34) : Après un sursis humanitaire pour se faire opérer des oreilles, Souleymane Sow l’apprenti-boulanger bio guinéen menacé d’expulsion joue désormais la carte consulaire (Màj)

20/04/2021

Une étape supplémentaire. Souleymane, jeune Guinéen arrivé en France en 2019 en situation irrégulière, a officiellement effectué sa demande pour bénéficier d’une carte consulaire. S’il l’obtient, elle lui permettrait de prouver son identité guinéenne. Cette carte sera l’occasion de demander un titre de séjour pour pouvoir rester en France et continuer son travail de boulanger.

Le jeune boulanger guinéen bénéficie du soutien des députés Vignal et Ressiguier. A 24 ans, Souleymane Sow se présente particulièrement calme, affable, alors même qu’il vit une situation intenable. On le sent déjà très mûri à travers son expérience d’une année d’épreuves à errer dans le Sahara, attendre en contexte très hostile sur les côtes du Maghreb, affronter les aléas de la traversée par mer.

Au final, arrivé voici deux ans en France, se trouver aujourd’hui sous le coup d’un refus de titre de séjour, et risquer de perdre son emploi, sans pouvoir en trouver d’autre : « C’est une situation que je connais, qui empêche aussi de trouver un logement, alors que j’en ai besoin pour me stabiliser ici complètement » proteste-t-il, avec douceur. Actuellement objet d’un recours, son sort tient au suivi actif qu’assurent des associations, ainsi que l’avocate Sophie Mazas, spécialiste de ce type de contentieux (et responsable très active de la Ligue des Droits de l’Homme).

A la clé : le risque de devoir quitter le territoire, et « me retrouver en difficulté aussi au regard de la Guinée, dont je n’ai plus de papiers, comme un apatride ». Ce pays, il l’a quitté pour fuir la détresse de violences familiales. Et à tout cela, il oppose son désir très simple, qui pourrait être celui de n’importe quel garçon de son âge : « J’ai vraiment été attiré par le métier de la boulangerie. Je m’y plais. Tout marche bien. Je voudrais simplement qu’on me donne ma chance, pour continuer ».  Une chance que son employeur veut lui donner, sans la moindre hésitation.

C’est là que l’histoire du jeune boulanger migrant n’est plus si courante : son entreprise, Pain et Partage, se bat bec et ongle pour le conserver dans ses effectifs. Dans l’écoparc de Fabrègues, Romuald Adriansen, chef de production, reçoit sur un coin d’établi, où tout en exposant la situation, il ne cesse d’empaqueter des petits pains par sacs de dix. Pain et Partage en produit des milliers chaque jour. L’entreprise tourne à plein régime. La production est bio. Elle est aussi locale. Les farines proviennent du Gard et des Pyrénées-Orientales, le sel d’Aigues-Mortes. La clientèle est celles des enfants des cantines de Montpellier, des résidents de maisons de retraites, patients d’établissements de soin, etc.

Romuald Adriansen, patron de Souleymane

Pain et Partage – comme son nom le suggère – est aussi une entreprise à vocation sociale : « Nous faisons travailler une vingtaine de personnes qui sont accompagnées dans des parcours de réinsertion sociale par le travail ; des gens en difficulté, qui se stabilisent en passant vingt-quatre mois ici avant de voler de leurs propres ailes » explique le chef de productionLe cas de Souleymane Sow diffère quelque peu : « L’embauche de migrants dont le statut reste incertain est un casse-tête administratif, très dissuasif pour un patron. Pour nous, c’était la première fois ».

Très motivé, très bien suivi en réseau associatif, le jeune Guinéen n’a cessé de convaincre, en actes. On l’apprécie. Sa compétence. Sa ponctualité. Sa dynamique d’apprentissage. C’est l’humain d’abord. Ses employeurs se sont fendu d’un communiqué rendu public, qui stipule ces appréciations. « Il y a des moments où nous avons du mal à recruter, car c’est un métier où il faut avoir envie de travailler de 21 heures à 4 heures du matin, les samedis ou dimanches aussi, faire le trajet jusqu’ici » explique AdriansenA le voir passer tous les obstacles, à devenir celui qui transmet sa technique du pétrissage aux nouveaux, Souleymane Sow convainc qu’il faut miser sur lui ; consolider sa situation, envisager à terme une formation approfondie dans le métier. Déjà lui permettre d’acquérir un scooter. Pour cela passer un brevet de conduite. Etc.

Exceptionnelle dans ce contexte, son embauche en CDI au bout d’un an est un investissement sur l’avenir. Pour lui. Pour son entreprise. Un CDI est un Contrat à durée indéterminée, une garantie contre la précarité, l’assurance de droits, de plus en plus rare dans le contexte d’ubérisation. Dans son cas, un CDI suppose une autorisation express de la très officielle DIRECTTE, administration d’État, plus communément appelée Direction du travail. Quelques semaines plus tard, une autre institution d’État baffoue cette décision, en n’y voyant aucun motif valable pour attribuer un titre de séjour pour le travail : « C’est aberrant. J’ai dix-sept années de travail dans l’insertion, qui n’est pas un domaine toujours tranquille. Mais c’est la première fois que je me heurte à des difficultés aussi extrêmes » proteste le chef de production. « Toute une démarche sérieuse, cohérente, pour mettre le pied à l’étrier de quelqu’un qui le mérite, est balayée d’un coup de tampon administratif ».

Midi Libre

31/01/2021

Le préfet de l’Hérault accorde un titre de séjour de six mois, afin que Souleymane Sow puisse se soigner en France. […] Âgé de 24 ans, arrivé en France en 2018 suite à des violences familiales dont il était victime, et après une errance d’un an entre le Mali, l’Algérie, le Maroc et l’Espagne, Souleymane Sow travaille depuis près d’un an dans cette boulangerie, dans lequel il est devenu indispensable. Sans papiers, la galère ne correspond pas à son quotidien de travailleur.

En octobre, sa demande d’asile a été refusée, tout comme récemment sa demande de carte de séjour. Dans la foulée, il reçoit une obligation de quitter le territoire français et depuis son employeur, qui le soutient, a l’interdiction de le faire travailler, malgré un CDI signé le 1er décembre.

Les rêves de Souleymane Sow semblent alors s’envoler. Ce vendredi 29 janvier, la préfecture de l’Hérault annonce avoir délivré un titre de séjour exceptionnel de six mois à Souleymane Sow afin de se faire soigner. Ce dernier doit en effet subir des opérations aux deux oreilles. S’il ne pourra pas travailler, il pourra bénéficier ainsi « d’un délai pour s’occuper de lui. On a fait preuve d’humanité », souligne-t-on à la préfecture.Au terme des six mois, Souleymane Sow devra néanmoins retourner en Guinée Konakry pour obtenir le bon visa afin de revenir poursuivre sa nouvelle vie débutée en France.

Actu.fr

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24/01/2021

Ils étaient un peu moins d’une centaine ce samedi matin à Fabrègues pour soutenir Souleymane, un travailleur guinéen menacé d’expulsion. A l’instar de Laye Fodé Traoré, dont la situation a été très médiatisée récemment, Souleymane travaille au sein d’une boulangerie (Pain et Partage, qui fournit notamment en pain bio les cantines scolaires de la ville de Montpellier) et son employeur le soutient.

Âgé de 24 ans, arrivé en France en 2018 suite à des violences familiales dont il était victime, Souleymane travaille depuis près d’un an dans cette boulangerie, ce qui lui permet de se loger et de retrouver peu à peu une stabilité. Mais en octobre, sa demande d’asile a été refusée, tout comme sa demande de carte de séjour. Il a reçu dans la foulée une OQTF (obligation de quitter le territoire français) et depuis son employeur a l’interdiction de le faire travailler. Ses rêves de suivre un CAP boulangerie se sont donc envolés.

Depuis quelques mois la mobilisation s’organise autour de lui. Un recours devant le tribunal administratif a été déposé, et en attendant l’audience reportée au 16 février, des responsables associatifs et des élus de la république apportent leur soutien à Souleymane, espérant ainsi faire pencher la balance vers une régularisation de ses titres de séjour.

Ce samedi, la députée de La France Insoumise Muriel Ressiguier, le député LREM Patrick Vignal ou encore le sénateur PS Hussein Bourgi étaient venus apporter leur soutien à Souleymane.

Actu.fr