Fleurey-sur-Ouche (21) : Karim Traoré, l’apprenti boucher guinéen d’Intermarché, peut respirer pour 6 mois (Màj : Il ne sera pas expulsé)

25/03/2021

Une respiration pour Karim Traoré. Cet apprenti boucher guinéen qui travaille à Fleurey-sur-Ouche (Côte-d’Or) peut rester six mois de plus. Il l’appris ce mercredi 24 mars 2021 par les services de la préfecture, la veille de ses 18 ans. Il peut donc rester encore six mois de plus en France, “le temps de l’instruction de sa demande de carte de séjour“, précise la préfecture de Côte-d’Or à France Bleu Bourgogne. Karim Traoré était sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français.

La nouvelle a ému Jacqueline Rogeon, membre du collectif de soutien à Karim Traoré. “Je suis forcément heureuse d’autant plus que le magasin où il travaille le soutient. Vraiment c’est magnifique, sourit-elle avec quelques larmes. On sait qu’il y a plein de jeunes comme lui et tous méritent d’être accompagnés pour qu’ils puissent terminer leur formation et pourquoi pas s’installer en France.” Mais le combat ne s’arrête pas à cette décision pour la membre du collectif de soutien à Karim Traoré. 

“Nous allons maintenir la pression pour qu’il puisse passer son brevet professionnel” – Jacqueline Rogeon

Elle et tous les membres du collectif de soutien à Karim Traoré veulent aller plus loin. “Comme son maître de stage, je suis persuadée qu’il faut maintenir la pression. Il va falloir faire plus pour obtenir que Karim puisse passer son brevet professionnel parce qu’il le mérite“, assure Jacqueline Rogeon.

France Bleu

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11/03/2021

Un collectif se mobilise depuis plusieurs semaines pour que Karim Traoré, Guinéen de 17 ans non accompagné, obtienne une carte de séjour temporaire lorsqu’il sera majeur, le 25 mars. La direction de l’Intermarché de Fleurey-sur-Ouche, qui l’emploie comme apprenti au rayon boucherie, a aussi interpellé la préfecture.

Àl’entrée de l’Intermarché de Fleurey-sur-Ouche, depuis plusieurs semaines, elles se relaient inlassablement. Jacqueline, Chantal, Mado, Nicole, Dominique et Anne, toutes clientes, ont monté un collectif et proposent de signer une pétition * demandant « une carte de séjour pour Karim ». « On est touchées par son histoire, on est solidaires de ce jeune qui se retrouve dans une situation d’urgence, et il est loin d’être le seul… », explique Mado Maire. Le collectif a écrit un courrier au préfet pour l’interpeller. Les élus locaux, sénateurs et le député de la circonscription ont été informés.

Arrivé en France en juin 2018, à 15 ans, Karim a été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance de Côte-d’Or, en tant que mineur non accompagné. Après avoir fait sa troisième au collège Jean-Philippe-Rameau à Dijon, il a intégré l’École des métiers – Dijon Métropole à Longvic pour suivre un CAP boucher. Depuis le 1er juillet 2019, il est en contrat d’apprentissage au rayon boucherie de l’Intermarché de Fleurey-sur-Ouche.

« On ne peut pas rester sans rien faire »

« Il est volontaire, souriant, assidu, parfaitement intégré et apprécié par la clientèle et ses collègues… Mais le 25 mars, Karim sera majeur, son autorisation de travail ne sera plus valable et il fera l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Au moindre contrôle, il sera conduit vers un centre de rétention en vue d’être expulsé. C’est insupportable, on ne peut pas rester sans rien faire », déclare Laurent Dieusaërt, directeur de l’enseigne. Avec son équipe, il a adressé un dossier « de 98 pages » au préfet de la Côte-d’Or : « On demande qu’il obtienne une dérogation afin qu’il puisse passer son CAP en juin, et une carte de séjour temporaire pour qu’il complète sa formation avec un brevet professionnel ».

Son dossier est « en cours d’examen »

Le directeur et les membres du collectif pour Karim dénoncent « l’incohérence de former quelqu’un pour, ensuite, le laisser sans rien ». Ils espèrent que leurs actions de soutien en faveur du jeune homme porteront leurs fruits auprès de la préfecture de Côte-d’Or, comme cela a été le cas pour Ibrahima Barry, fin janvier. En apprentissage à la boulangerie Chez Fred et Babeth à Dijon, ce jeune Guinéen de 17 ans, dans une situation similaire, avait obtenu un titre de séjour pour terminer sa formation.

Contactés, les services de l’État indiquent : « La situation de ce jeune, dont le dossier a été déposé il y a quinze jours environ, est en cours d’examen ».

Karim Traoré.  Photo  LBP /R. D.

« Je remercie tout le monde »

Karim Traoré est né à Conakry, le 25 mars 2003. À 15 ans, il se retrouve orphelin. « Ma grande sœur m’a dit qu’on devait partir au Sénégal, chez notre tante. Lors du départ, j’ai embarqué sur un bateau, elle sur un autre. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles depuis », raconte-t-il. Arrivé en France, à Paris, le jeune Guinéen est ensuite pris en charge par le Département de la Côte-d’Or. Il arrive en juin 2018 à Fleurey, à la Villa Augusta qui accueillait les mineurs non accompagnés.

« Karim travaille vite et bien. Boucher, ce n’est pourtant pas un métier facile. Il est courageux, car on cherchait un deuxième apprenti, et on n’en a pas trouvé », assure le manager du rayon boucherie Marc Jenoudet. « Ils font tout pour moi, je remercie tout le monde », répond Karim, ému de voir son employeur et les clients du supermarché se mobiliser pour lui.

* La version papier a été signée plus de 1.000 fois, la version en ligne sur Change.org, 803 fois.

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