Football : Selon une étude italienne, « les joueurs non-Blancs seraient plus efficaces à huis clos »

Les cris ou insultes racistes péjorent la performance. Les joueurs « de couleur » sont plus efficaces dans des stades vides. C’est en tout cas ce que tend à démontrer une étude menée en Italie.

Le racisme est une plaie qui gangrène le football. L’Italie et sa première division sont sévèrement touchés depuis des années. Cris de singe, jets de bananes et autres insultes sont hélas monnaie courante dans les stades de la Péninsule.

La pandémie qui a contraint les footballeurs à évoluer dans des enceintes vides a permis d’étudier la relation entre ces comportements racistes et les performances des joueurs. En comparant les matches de la première et de la seconde partie de la saison 2019-2020, Fabrizio Colella, doctorant auprès de la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne, constate que les joueurs de couleur (plus précisément ceux qui sont considérés comme « non-Blancs ») ont été plus efficaces durant la période de huis clos.

Les ‘supporters’ ne se rendent pas compte de l’effet que de tels actes occasionnent » – Fabrizio Colella, auteur de l’étude

«Cette étude a pour but de décrire les conséquences potentielles des comportements racistes sur les performances des joueurs. J’espère qu’elle pourra sensibiliser le public et démontrer que, oui, les joueurs ‘non-Blancs’ et leur rendement sur le terrain peuvent souffrir du racisme, explique Fabrizio Colella. Les ‘supporters’ ne se rendent pas compte de l’effet que de tels actes occasionnent. J’espère que cela peut constituer un premier pas pour qu’ils admettent et reconnaissent que le problème existe.»

Le doctorant a isolé nombre de paramètres pour arriver à la conclusion que la couleur de peau constitue le facteur le plus déterminant quant à l’augmentation du rendement des joueurs «non-Blancs» en situation de huis clos. Les données collectées au travers du site de Fantasy Football Fantacalcio.it ont servi de base au travail de Fabrizio Colella.

«J’avais besoin d’une mesure fiable pour comparer les performances. Un tel site se base sur des algorithmes pour noter les joueurs. Le procédé est donc totalement objectif, explique le Transalpin. J’ai ensuite isolé d’autres facteurs comme la forme de l’équipe du joueur en question, le fait qu’un match se déroule à domicile ou à l’extérieur, la nationalité, etc.» Au final, les joueurs «Blancs» ont vu leur moyenne baisser de 5,97 à 5,95 sur la période concernée. Les «non-Blancs» sont, quant à eux, passés de 5,92 à 5,98.

Quid de la pression?

Fabrizio Colella n’a pas choisi d’étudier la Serie A par hasard. Mais il estime que son travail pourrait être transposé à d’autres pays. «Je connais le championnat italien, qui est confronté au racisme depuis longtemps et le résultat ne me surprend pas. Cependant, je ne serais pas étonné de constater des résultats similaires dans d’autres pays, comme la Premier League anglaise notamment», assure-t-il.

Scientifique, l’étude de Fabrizio Colella contient tout de même une petite faille. Et son auteur l’admet volontiers. «D’autres études ont prouvé l’influence du public sur les performances. J’avoue qu’à ce stade, je ne peux pas dire si le mécanisme est dû à un manque de soutien ou à la présence d’une pression négative que pourrait avoir l’assistance sur la performance d’un joueur.»

Le Matin