Fougères (35) : Devenu étudiant, ce migrant camerounais raconte son incroyable parcours dans un livre, « Nous vivions en cohabitation avec les sangliers et les rats »

Dans son livre Vie des migrants dans la forêt de Belyounech, Jean-Louis Edogué Ntang raconte son long parcours migratoire. Il sera en dédicace à Fougères. Le 5 octobre 2020, une vingtaine de migrants accompagnés de militants a fait escale à Fougères. Tous participaient à la Marche Nationale des Solidarités partie de Rennes. Elle les a conduits jusqu’à Paris où ils espéraient être reçus par le Président de la République afin de demander la fermeture des centres de rétention, la régularisation de tous les sans papiers et un logement pour toutes et tous.

Jean-Louis Edogué Ntang, 47 ans de nationalité camerounaise faisait partie de cette marche. Dans son livre sorti le 24 février dernier, intitulé Vie des migrants dans la forêt de Belyounech, il raconte son parcours migratoire de cinq années. Il sera présent samedi 20 mars, à la Maison de la Presse de Fougères, pour le dédicacer.

Le livre de Jean-Louis Edogué Ntang est préfacé par Gudrun Ledegen, professeur des Universités en Sciences du langage — sociolinguistique à Rennes 2, laboratoire Prefics

Quels ont été les principaux éléments déclencheurs de votre envie de quitter votre pays ?

Jean-Louis Edogué Ntang : En 1995, j’ai commencé une capacité en droit et économie et passé deux années à l’université de Yaoundé. En 1999, je démarre ma vie professionnelle au ministère des investissements publics et de l’Aménagement du territoire. Cet emploi m’a permis de me former au travail administratif.

En 2004, à la suite d’un remaniement ministériel et à l’arrivée d’un nouveau ministre, j’ai senti que les choses se compliqueraient pour moi. Redoutant une gestion ethnique du personnel du ministère qui ferait perdre des emplois à certains d’entre nous, c’est donc face à tous ces agissements et à cette corruption, que naît en moi le désir de partir car je me sentais étranger chez moi.

J’ai envoyé un courrier à mes parents pour les avertir de mon départ, c’était le 1er janvier 2005. J’avais pris soin de mettre dans mon sac, des feuilles de papier et des crayons pour écrire.

Comment s’est déroulé votre parcours migratoire ?

Jean-Louis Edogué Ntang : Après avoir traversé, le Nigeria, le Niger, l’Algérie de Tamanrasset à Alger, le 11 novembre 2005 je suis dirigé vers la frontière du Maroc, à la limite de l’Afrique du Nord et de l’Europe. Dans cette forêt de Belyounech vit une communauté d’hommes qui a les mêmes espoirs, c’est un lieu insoupçonné, invisible, un lieu d’enfermement et de mise à l’écart de l’être humain.

Nous vivions en cohabitation avec les sangliers, les rats et biens d’autres animaux. Il fallait sauvegarder notre nourriture en l’accrochant aux arbres.
Depuis le début de mon parcours, j’avais pris l’habitude d’écrire au quotidien le déroulement de mes journées. J’envoyais mes écrits régulièrement à mes amis dans le sud de la France pour les tenir au courant de mon avancement. Je suis sorti de cette forêt le 7 janvier 2007. Parler Français a été une grande chance pour moi. À Rabat, au Maroc, j’ai travaillé à l’Institut Français de recherche ( IFRE) de 2008 à 2010.

Vous êtes en France depuis 2010, qu’y faites-vous ?

Jean-Louis Edogué Ntang : En 2010, j’ai intégré l’école des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. J’y ai étudié jusqu’en 2016 et validé un Master 2. En 2013, j’ai validé le mémoire de Diplôme de l’EHESS. Depuis septembre 2018, j’ai commencé un doctorat en anthropologie à l’Université de Rennes-2 et j’ai intégré le laboratoire Espaces et Sociétés. J’ai obtenu un titre de séjour d’une année depuis le 1er janvier 2021.

Ouest-France & Eso-rennes CNRS