Franz-Olivier Giesbert : « Le spectre d’une France racisée »

Attention ! En plein débat sur le séparatisme, gardons-nous d’importer des États-Unis la haine de l’universalisme et la « racisation » de la société. Si le souverainisme avait une raison d’être, en dehors de bloquer les virus aux frontières, ce serait d’empêcher l’importation chez nous de ce qu’il faut appeler la bêtise institutionnelle made in USA. Que l’Amérique ne la garde-t-elle pas chez elle avec le ginger ale, la salade de gélatine et les quelques rares produits qu’elle n’a pas réussi à exporter chez nous !

Il y a quelque chose de terrifiant à voir déferler sur la France éternelle de Montaigne ou Hugo la mode des fadaises américaines standardisées, de la cancel culture au Black Lives Matter, avec leur haine de l’universalisme et leur culte de la proscription, la mise à l’index, la réécriture de l’Histoire, qui nous ramènent aux temps noirs de l’Inquisition.

Plus question de « vivre ensemble ». Ça, c’était le monde d’avant. Aujourd’hui, il faut « vivre les uns contre les autres ». Faire des listes comme au temps du maccarthysme de sinistre mémoire. Ramener chacun à sa « race », au nom d’un antiracisme dévoyé. Multiplier les statistiques ethniques sur tous les sujets. C’est ainsi que se développe la « racisation » de la société. Nous sommes en train de nous enfermer, avec quelques années de retard sur les États-Unis, dans cette « vision morcelante et morcelée » des cultures humaines contre laquelle Claude Lévi-Strauss nous mettait en garde au milieu du siècle dernier dans Race et histoire.

Il est vrai que ce courant ne manque pas d’alliés puissants en France : la démagogie, l’électoralisme, le panurgisme et l’espèce de langueur monotone provoquée par la pandémie. Le coronavirus n’arrange rien, en effet. Non seulement il sème la mort à un rythme soutenu parmi les populations non vaccinées, mais il s’attaque aussi à notre moral et à nos facultés de raisonnement. Rarement période n’aura été aussi favorable aux fake news les plus absurdes ; ces derniers jours, elles poussaient même comme des chanterelles après de grosses pluies.

Nos chers confrères de « The Economist », excellent magazine économique, ont fait fort, dans le genre : au terme d’une enquête au doigt mouillé, baptisée pompeusement « rapport », ils ont fait perdre à la France son statut de « démocratie à part entière » et l’ont reléguée à la 24e place, derrière la Norvège, la Suisse ou même la Grande-Bretagne. À peine mieux que la Turquie. Les fumistes !

En cause : les restrictions sanitaires, notamment sur la liberté de se déplacer, pour faire face à la pandémie. […] Où sont les vraies victimes aujourd’hui ? Femme de l’année 2020 pour le magazine américain Time, icône de l’antiracisme et militante de la « racisation » de la France, la charismatique Assa Traoré a déclaré à l’hebdomadaire Jeune Afrique que « les hommes noirs et arabes ne sont pas en sécurité en France ». « Les jeunes filles blanches non plus (je sais de quoi je parle) », lui a répondu du tac au tac l’intrépide Mila sur Twitter.

Et quid, chère Assa Traoré, des prêtres, des enfants juifs, de l’imam Chalghoumi, du professeur menacé de Trappes et de tant d’autres ? À l’heure où l’ignorance et l’inculture ne cessent de faire des progrès, M. Mélenchon a pu déclarer, sans choquer outre mesure, que la loi sur le séparatisme « stigmatisait » les musulmans et que c’était un « texte antimusulman ». Saperlipopette ! Jadis gardien des valeurs républicaines, le chef de La France insoumise confond désormais musulman et islamiste, reprenant à son compte le théorème débile des islamo-gauchistes : « Tous les Arabes sont musulmans et tous les musulmans sont islamistes, donc tous les anti-islamistes sont racistes. »

Un raisonnement ontologiquement « raciste » qui encloue les Arabes dans une religion et les enferme dans la bigoterie djihadiste. On a dit ici tout le scepticisme que peut inspirer la loi sur le séparatisme, s’ajoutant à l’empilement de tant d’autres qui n’étaient pas appliquées. Au moins marque-t-elle la volonté de l’exécutif de mettre un terme au délitement de la France, à sa lente racisation, à son éparpillement façon puzzle. On se souhaite bonne chance !

Le Point