Gard (30) : “La parole raciste et antisémite est largement désinhibée” confie le président de la Licra

Patrice Bilgorai est président gardois de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). MIDI LIBRE – ERIC CATARINA

Président départemental de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme, (Licra), Patrice Bilgorai évoque la banalisation de la parole raciste, la situation dans le Gard, une nouvelle exposition, des partenariats

La parole et l’acte raciste et antisémite sont débridés. Comment analysez-vous la situation dans le Gard ?

Notre département n’échappe pas à un climat général dans notre pays où la parole raciste et antisémite est largement désinhibée. Les réseaux sociaux et l’anonymat des auteurs ont décomplexé les racistes de tout poil diffusant sans honte et sans retenue leur haine de l’autre, leur rejet de toute altérité.

Comment agit la Licra dans le département sur ce plan ?

Le racisme n’est pas une opinion, et bien sûr à chaque fois que l’infraction pénale est constituée, la réponse juridique doit être au rendez-vous. Mais notre priorité reste inchangée, la lutte contre toutes les formes de racisme sans exception, passe par l’éducation et la formation. Nous voulons également développer l’accueil des victimes de racisme.

Des gens dans les manifestations anti pass arborent une étoile jaune. Quel sentiment cela suscite pour vous ?

J’ai d’abord été troublé à l’occasion de la première manifestation antipass le 17 juillet. Ce trouble a laissé très vite place à l’indignation en particulier avec la récurrence des faits. J’ai songé aux victimes de la Shoah à leur souffrance soudain bafouée, le sentiment que l’on se moquait de ces victimes.

Que signifie ce dévoiement historique ?

On est dans une forme de banalisation de l’histoire. Le relativisme qu’il manifeste est l’antichambre du négationnisme.

Que vous disent les personnes visées par ces comportements antisémites ?

Elles sont profondément blessées, heurtées. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

La Licra agit-elle sur le terrain judiciaire ?

Oui, bien sûr. Certains de ces faits constituent des délits qui peuvent être poursuivis : comme l’injure publique à caractère racial et la contestation de crime contre l’humanité par minimisation outrancière.

La justice est-elle sensibilisée à ces problèmes ?

Sur des faits de cette nature, incontestablement, les parquets sont plutôt réactifs.

Votre avis sur la lenteur des suites données à l’affaire des propos racistes à l’école de police de Nîmes ?

Vous avez raison, c’est une affaire qui date un peu. Dans le cas que vous citez, on parle de racisme interne entre collègues. Les victimes n’ont pas déposé plainte et ce sont les instances disciplinaires qui ont été saisies. Quoi qu’il en soit, il importe que de tels faits lorsqu’ils sont avérés soient sanctionnés. Ces comportements nuisent à l’image d’une institution en première ligne de la République. Attention toutefois de ne pas faire la leçon à une institution qui est à l’image de l’ensemble de la société aujourd’hui dans sa complexité et sa diversité.

Avec la police et la gendarmerie, vous avez noué des partenariats pour sensibiliser ces deux institutions à ces questions, cela fonctionne ?

La Licra intervient dans les écoles de police et de gendarmerie dans le cadre de la formation initiale des forces de l’ordre depuis maintenant plus de dix ans. Une convention nationale vient d’être renouvelée avec le ministère de l’Intérieur dans ce sens. Nous pensons qu’il faut également développer nos interventions dans le cadre de la formation continue auprès des services actifs de la police nationale et des unités opérationnelles de gendarmerie.

Dans notre département, nous disposons d’une convention triennale départementale depuis 2012 et dont la reconduction sera à l’ordre du jour avant la fin de cette année. Cette convention a fait du Gard un laboratoire souvent qualifié d’exemplaire en matière de formation, de collaboration et d’actions communes avec les forces de l’ordre.

Vous poursuivez vos partenariats avec l’Éducation nationale, quelles actions menez-vous dans le Gard ?

Même si les conditions sanitaires liées au Covid ont compliqué nos interventions en milieu scolaire, elles n’ont jamais été durablement interrompues. Nous sommes confiants devant une situation sanitaire qui semble s’améliorer et nous allons pouvoir les développer. Par ailleurs nous souhaitons reconduire le partenariat avec le rectorat de Montpellier pour l’année scolaire qui débute autour de l’exposition sur “L’antisémitisme du Moyen Âge à nos jours” qui est une exposition itinérante dans les établissements scolaires des cinq départements de l’académie depuis 2015.

Craignez-vous une accentuation des phénomènes antisémites et racistes ?

Nous savons qu’avec les échéances électorales nationales du printemps prochain va s’ouvrir une période qui ne peut que renforcer les tensions et la tentation de jouer sur les peurs et le repli sur soi. Il appartient aux forces politiques démocratiques de ce pays de veiller à ce que la campagne qui s’annonce se déroule dans un véritable esprit de responsabilité. Quant à notre association nous exercerons encore davantage notre rôle de sentinelle. Notre vigilance sera totale et active. On peut compter sur la Licra.

Quelles sont vos actions ?

L’agenda de la Licra Nîmes est marqué par la présentation (le 15 novembre) sur le site du Pont du Gard d’une nouvelle exposition dont elle est dépositaire et qui fera l’objet d’une inauguration. L’exposition, intitulée “Immigrations du XIXe siècle à aujourd’hui, en France” sera visible sur le site jusqu’en janvier 2022 et sera ouverte au grand public et priorité sera donnée aux scolaires. D’autres initiatives autour de cet événement pourraient être encore programmées.

Midi Libre