Georges Bensoussan et l'”exil français” : autopsie d’un procès en sorcellerie

De 2015 à 2019, l’historien Georges Bensoussan s’est retrouvé sur les bancs de la justice pour avoir évoqué un certain antisémitisme maghrébin.

Une mise en cause pour incitation à la haine raciale. Voilà ce que la France, ce pays qu’il aime charnellement, a offert à l’historien Georges Bensoussan. Son tort ? « Avoir rappelé l’existence dans certains milieux, en France, d’un antisémitisme culturel massif », écrit-il dans « Un exil français » (L’artileur), dont nous publions un extrait en avant-première. Un livre déchirant, camusien, dans lequel il parle de lui, de la lâcheté de certains, de nous tous en somme.

La chasse à l’homme libre a duré presque quatre ans. De 2015 à 2019, l’historien Georges Bensoussan, auteur de nombreux ouvrages, notamment sur l’histoire des juifs en pays arabes, et responsable éditorial au mémorial de la Shoah pendant vingt ans, s’est retrouvé sur les bancs de la justice pour avoir évoqué un certain antisémitisme maghrébin. Reprenant le propre constat d’un sociologue d’origine algérienne, il a pourtant dû faire face à une meute hétéroclite de fausses bonnes consciences spécialisées dans le déni du réel. On a vu dans un premier temps le Mrap, la Ligue des droits de l’homme, la Licra et SOS Racisme se coaliser avec le Comité contre l’islamophobie en France, aujourd’hui dissout. Ce procès en sorcellerie a révélé les lâchetés et les trahisons de ceux qui étaient censés dénoncer le racisme mais se sont transformés en policiers de la pensée. C’est ce mécanisme orwellien que décortique Georges Bensoussan dans un récit précis, pudique et déchirant.

Blanchi de toute accusation en 2019 mais atteint par ces années de harcèlement qui visaient à le bannir juridiquement et professionnellement, l’historien, en parlant de lui, parle de nous. De notre pays meurtri par le mensonge de caste. C’est en effet le refus intello-médiatique de la réalité qui a fait le lit des souffrances en France.

Il y a bien sûr la souffrance des juifs, contraints de quitter massivement des banlieues où ils étaient en danger. L’étonnement douloureux de Bensoussan fut, quand il pointa le drame, de constater le manque de soutien, voire l’irritation des responsables parisiens de certaines institutions juives. En dehors de quelques personnalités – notamment le grand rabbin Haïm Korsia et Joël Mergui, président du Consistoire, solidaires de l’opinion juive acquise, elle, à l’homme traqué –, il fut lâché par « une poignée de notables » pourtant chargés de la transmission de la mémoire juive. Il y a ensuite la souffrance de tous les citoyens, juifs ou non, de plus en plus meurtris par un discours qui, comme les accusateurs de l’historien, les taxe de menteurs.

Il y a enfin la souffrance de l’individu qui s’est toujours senti appartenir à un tout, grandi et formé dans une certaine idée de la France, de sa beauté, de son magnétisme et de son tempérament. De ce tout, la meute a voulu le chasser. Comme l’écrit Jacques Julliard, éditorialiste à Marianne dans sa préface : « Honorez l’intellectuel seul, qui ne signifie pas solitaire. Fuyez comme la peste les intellectuels de groupe, c’est-à-dire le plus souvent les lâches et les mouchards. » Ceux-là nous poussent avec arrogance à la marge d’une patrie qu’ils dénaturent insensiblement. Décrit avec des accents camusiens que l’on découvre dans les pages suivantes, le destin de Georges Bensoussan, dans son chagrin et sa résistance, est un peu le nôtre.

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Marianne