Glottophobie : comment le français “sans accent” est devenu la norme

Depuis la Révolution, deux grandes phases d’unification ont conduit à la marginalisation des accents régionaux. L’imposition du modèle de la bourgeoisie parisienne, en tant que langue de référence, aboutit à des discriminations. L’inventeur du terme glottophobie, Philippe Blanchet, y revient.

Entre 1911 et 1914, en pleine imposition du français, le linguiste Ferdinand Brunot, au centre de la photo, a collecté dans différentes régions des scènes sonores, ici dans les Ardennes, en étant attentif aux moindres nuances d’accent.• Crédits : BNF

L’accent sera-t-il ajouté dans l’article 225-1 du code pénal qui interdit les discriminations en France ? C’est ce que demande le député héraultais Agir Christophe Euzet dans une proposition de loi pour combattre la glottophobie, soit toutes les discriminations linguistiques

Un Français sur deux estime parler avec un accent, selon un sondage IFOP publié en janvier 2020. Plus d’un quart d’entre eux affirment être régulièrement l’objet de moqueries dans leur quotidien. Et d’après les résultats de cette étude, quelque 11 millions de Français auraient été victimes de discriminations lors d’un concours, d’un examen ou d’un entretien d’embauche, à cause de leur accent.

Deux grandes époques, deux grandes phases d’unification ont conduit à la stigmatisation des accents régionaux : l’imposition du français après la Révolution à la fin du XVIIIe siècle et l’imposition, à partir du XXe siècle, d’une même prononciation.

Le modèle de la bourgeoisie parisienne a été, depuis 1789, le modèle de référence. 

Au début du XXe siècle, le français n’est encore parlé que par une minorité de la population. D’autres langues, le provençal, le breton, le catalan ou encore le flamand restent majoritairement utilisés, de région en région. Le français ne s’installe que progressivement, quand la monarchie devient absolue au cours du XVIIIe siècle. 

C’est à partir de la Terreur que la langue s’officialise, selon l’idée alors de créer une nation unie autour du français, la langue du bassin parisien, celle de la capitale, dans le cadre de la mise en place d’un système centralisé. 

Avec l’école puis les médias comme acteurs-clés, la stigmatisation des langues régionales, lors de l’imposition du français, a évolué depuis les années 1970 vers une stigmatisation des accents qui aboutit parfois à des phénomènes de discrimination. 

Entretien avec Philippe Blanchet, professeur de sociolinguistique à l’université de Rennes 2 et auteur de Discriminations : combattre la glottophobie

L’article complet: France Culture