Gouesnou (29) : Le destin croisé de Mahamoudou et Abdoulaye, deux apprentis africains désormais ancrés dans le Finistère

Depuis quelques mois, deux entreprises de Gouesnou (29) emploient chacune un jeune migrant en contrat d’apprentissage. Un concours de circonstances, devenu un choix du cœur. Rencontres.

Les Coppin (à gauche) à côté de Mahamoudou Doumbia et les Abiven (à droite) à côté d’Abdoulaye Konaté.

Les Coppin (à gauche) à côté de Mahamoudou Doumbia et les Les Coppin (à gauche) à côté de Mahamoudou Doumbia et les Abiven (à droite) à côté d’Abdoulaye Konaté.

Au restaurant-épicerie fine « L’effet délice », rue de la Gare, à Gouesnou, Mahamoudou Doumbia est radieux. Son sourire inonde la cuisine et réchauffe le cœur des propriétaires des lieux, Sylvie et Manuel Coppin. « Il est sérieux et très impliqué dans ce qu’il entreprend », apprécie la restauratrice, également adjointe à la culture à la mairie. À 17 ans, l’apprenti cuisinier, originaire de Bamako, au Mali, a vite trouvé ses marques dans un métier dont il ignorait tout et malgré une langue qu’il maîtrisait mal. Une belle satisfaction après un trajet chaotique vers la France.

Je n’ai dû ma survie qu’à un bidon d’eau auquel je me suis accroché en attendant d’être secouru.”

Parcours initiatique et parcours du combattant à la fois, le récit du jeune Malien est parfois déroutant : « Tout est parti, il y a deux ans, d’une dispute avec mon oncle, dont je garde une cicatrice au ventre. À cause de ça, ma sœur aînée m’a mis en relation avec Rachid, un homme avec qui je suis parti pour le Maroc où je n’ai fait que transiter. J’ai pris un canot à Tanger pour rallier l’Espagne mais l’embarcation a coulé. Je n’ai dû ma survie qu’à un bidon d’eau auquel je me suis accroché en attendant d’être secouru ». Après trois jours de galère maritime, Mahamoudou arrive enfin à Tarifa, en Andalousie. Il prend alors un bus pour Paris où l’improbable l’attend.

« Je ne sais pas si je retournerai un jour au Mali »

Devant la gare Montparnasse où le bus a débarqué les voyageurs, des mots de bambara (une des langues nationales du Mali, NDLR) parviennent aux oreilles du jeune Malien : « C’était incroyable d’arriver à Paris et d’entendre parler ma langue natale. L’homme m’a dit qu’il habitait Brest et qu’il pouvait m’y emmener. Comme je n’avais aucune destination de fixée, je l’ai suivi ».

Manuel et Sylvie Coppin, en compagnie du jeune Malien Mahamoudou Doumbia qui a rapidement trouvé ses marques en cuisine.

Manuel et Sylvie Coppin, en compagnie du jeune Malien Mahamoudou Doumbia qui a rapidement trouvé ses marques en cuisine.

Pris en charge par le Centre départemental d’action sociale (CDAS) à son arrivée dans la cité du Ponant, Mahamoudou trouve une formation et s’installe dans une nouvelle vie : « Tout est bien ici. La vie est paisible et c’est la mienne désormais. Je ne sais pas si je retournerai un jour au Mali, ou alors en touriste ». En attendant, le jeune homme découvre des aliments surprenants à cuisiner, comme les escargots. Une chose est sûre : il a déjà un emploi assuré chez Sylvie et Manuel. Les Coppin d’abord !

« Je voulais juste aller à l’école »

Mahamoudou n’est pas le seul migrant en apprentissage dans la commune finistérienne. Sur les toits des maisons, les 186 cm d’Abdoulaye Konaté ne passent pas inaperçus. À 17 ans, l’Ivoirien travaille pour Erwan et Sylvie Abiven, également adjointe à la solidarité à la mairie. Les époux sont devenus de véritables parents adoptifs pour l’apprenti couvreur à l’itinéraire d’un enfant pas gâté : « Je suis originaire d’Anyama, près d’Abidjan. Il y a deux ans, alors que je voulais juste aller à l’école, mon père a insisté pour me mettre en école coranique. J’ai refusé et ma mère a décidé que je devais partir », rembobine-t-il.

J’ai débarqué sous la pluie en décembre et en tee-shirt. Un homme m’a vu et m’a offert un pull-over. Mon premier pull en France !

Il se souvient avoir travaillé un temps pour un marchand de bois : « C’est lui qui m’a fait traverser le Mali, à huit personnes dans une toute petite remorque, jusqu’à la mer. Là, on a pris un bateau plusieurs jours mais on devait se cacher en journée. L’embarcation a fini par se renverser et j’ai été recueilli par la Croix-Rouge espagnole. Comme j’avais moins de 18 ans et que je ne parlais pas espagnol, j’ai demandé à partir pour la France. Ce sont des Maliens qui m’ont aidé à rallier Paris », explique-t-il.

Couvreur et breton à Gouesnou !

Dans la capitale française, Abdoulaye ne trouve pas à se loger. Exténué par son périple, il s’endort dans le premier train venu, gare Montparnasse. Au petit matin, le train s’ébranle en direction de… Brest. Ce sera son terminus : « J’ai débarqué sous la pluie en décembre et en tee-shirt. Un homme m’a vu et m’a offert un pull-over. Mon premier pull en France ! Ensuite, il m’a donné un café et orienté vers le CDAS ».

Abdoulaye Konaté (à g.) aux côtés de Erwan Abiven (au centre) et Sylvie Abiven (à dr.)

Erwan et Sylvie Abiven ont pris sous leur aile Abdoulaye Konaté, arrivé de Côte-d’Ivoire.

Tout s’est enchaîné ensuite, avec la recherche d’une formation, d’un employeur et l’adoption fusionnelle par le couple Abiven : « C’est mon booster du matin », clame Erwan, à la fibre paternelle de niveau Ligue des Champions (*). Pour Abdoulaye, en situation régulière en France, tout comme Mahamoudou d’ailleurs, l’avenir est tout tracé : il sera couvreur et breton à Gouesnou ! « Je veux juste revoir ma mère, dont je n’ai pas de nouvelles depuis deux ans. Je voudrais avoir des réponses à mes interrogations, sur les motivations de mon départ notamment ». Sur ce destin chaotique au dénouement heureux, le jeune migrant ne veut pas encore tirer un trait.

(*) Erwan Abiven est un ancien footballeur de Plabennec (National). Il est le frère aîné de Steven, ancien capitaine emblématique du Stade Plabennecois.

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