Grâce au pistolet à poudre noire, l’extrême droite violente s’arme en toute légalité

C’est une arme lente à charger mais aussi dangereuse qu’un flingue classique : le pistolet à poudre noire. Il est pourtant disponible en vente libre et permet à l’extrême droite radicale de s’armer en toute tranquillité.

La vidéo est glaçante. Des militants d’extrême droite s’appliquent à tirer sur des caricatures racistes de juifs, de musulmans et de noirs. Après chaque coup de feu s’envole du pistolet un panache de fumée. Leurs réseaux sociaux, que nous avons épluchés, montrent qu’ils sont violents, racistes et donc armés.

Mais quels sont ces pistolets qui rappellent les colts des cowboys ? Et comment ces militants radicaux se sont procurés de tels flingues ? En tentant de répondre à ces questions, StreetPress a découvert qu’en France de très nombreux militants d’extrême droite s’arment sans aucun contrôle et en toute légalité.

Une arme à feu en vente libre

Revenons-en au pistolet. « C’est un poudre noire », explique un armurier de l’Est de la France à qui on présente les images. « C’est ce type de pistolet qui a servi pendant la guerre de Sécession. » Pour charger l’arme, il faut insérer de la poudre noire, une balle et une amorce. Sur Youtube, des dizaines de tutos expliquent à un néophyte comment faire. « C’est un peu long mais pas si compliqué », précise l’armurier. « Ensuite, en général, ça tire six fois. Comme un pistolet de cowboy. » Le pistolet est la plupart du temps doté d’un gros calibre (le 44, est le plus répandu) ce qui en fait une arme mortelle. En témoignent les différents faits divers qui impliquent ce type de pistolet : féminicideassassinatbraquage ou vol

Sur leur chaîne Telegram, la Famille Gallicane fait la promotion des pistolets à poudre noir utilisés au 19e siècle. / Crédits : DR

« Au départ, c’est une arme de collectionneurs ou de mecs qui font de la reconstitution historique », rembobine l’armurier. « C’est pour ça qu’ils n’ont pas mis de restrictions. » Les modèles antérieurs à 1900 – qu’ils soient anciens ou neufs mais construits selon cette technologie – sont considérés comme des armes de catégories D. Ils sont donc en vente libre en armurerie, sur simple présentation d’une carte d’identité, ou accessible en ligne en quelques clics. Comptez 200 et 300 euros pour une réplique neuve. « Il n’y a même pas de fichiers des propriétaires de poudre noire », détaille l’armurier (le fichier Agrippa répertorie tous les possesseurs d’armes). Impossible donc de savoir combien de ces armes sont en circulation et qui les possèdent. D’autres pays, comme l’Italie, ont fait le choix d’une législation plus restrictive. De l’autre côté des Alpes, où est pourtant fabriquée la majorité des pistolets à poudre noire, il faut un permis pour s’en procurer un.

Les pistolets à poudre noir sont accessible en ligne en quelques clics. Il n’y a pas besoin de permis, juste de dépenser entre 200 et 300 euros. / Crédits : DR

Une arme qui a la cote à l’extrême droite

« Le poudre noire a la cote à l’extrême droite et dans les milieux survivalistes, principalement parce qu’on peut l’acheter sans permis », commente Alexis Issaurat, « survivaliste-viriliste » et fana d’armes. « Ça veut aussi dire qu’on peut s’en acheter même si on a une condamnation qui nous interdit un port d’armes. » Lui-même étant passé par la case prison. « Après, il y a aussi le fait qu’on puisse fabriquer soi-même la poudre et les balles, ce qui colle avec l’esprit du survivalisme. »

Différentes pages liées de près ou de loin à l’extrême droite font la promotion du « poudre noire » comme arme d’autodéfense (ici et , par exemple), vantant sa fiabilité, sa puissance et sa facilité d’accès. Se procurer des armes prohibées nécessite des contacts et un réseau que certains (très) jeunes militants de droite radicale ne possèdent pas. Le pistolet à poudre noire leur permet de s’armer à moindres frais et sans difficulté.

La preuve en est qu’à l’occasion de nombreuses perquisitions chez des militants radicaux, on trouve des « poudres noires ». Au mois de septembre 2021 ont par exemple été jugés plusieurs membres du groupuscule Organisation des Armées Sociales (OAS, en référence à l’organisation de l’Armée Secrète qui a commis des attentats en faveur de l’Algérie française dans les années 60). Ces wannabe terroristes envisageaient de s’en prendre à des mosquées ou des kebabs, et d’assassiner des personnalités politiques comme Jean-Luc Mélenchon ou Christophe Castaner. Chez leur leader, Logan Nisan, on a découvert parmi d’autres armes un pistolet à poudre noire…

STREETPRESS