Grande-Bretagne : L’histoire vraie de Sarah Forbes Bonetta, le “cadeau africain” de la reine Victoria

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Grande-Bretagne – XIXe siècle – Princesse africaine réduite en esclavage puis offerte en “cadeau” à la reine Victoria à sept ans, Sarah Forbes Bonetta a désormais son portrait dans l’une des résidences des Windsor.

Sarah Forbes Bonetta, une princesse africaine capturée puis offerte en “cadeau” à la reine Victoria, a un nouveau portrait d’elle à Osborne House, ancienne résidence d’été de la souveraine [sur l’île de Wight]. L’œuvre a été commandée à l’artiste Hannah Uzor par English Heritage, l’organisme national de protection du patrimoine, qui entend redonner leur place à ces figures historiques noires “trop longtemps oubliées”. Une ambition louable alors que la vie de Sarah Forbes Bonetta demeure mal connue du grand public.

Contrairement à ce qu’on lit çà et là, Sarah ne fut jamais officiellement la filleule de la reine – c’est un honneur qui revint plus tard à sa fille. Et les premières années de sa vie furent tragiques. Fille d’un chef de la tribu Egbado Omoba, dans l’actuel État d’Ogun au Nigeria, elle est faite prisonnière lors de l’attaque d’une tribu rivale venue du royaume du Dahomey, l’actuel Bénin.

Peu de temps après, elle est libérée par un officier de la marine britannique: le capitaine Frederick Forbes, envoyé pour une mission de diplomatie musclée, est chargé de convaincre Guezo, le roi du Dahomey, d’abandonner la traite des esclaves qui a fait sa fortune. À en croire Forbes, Guezo a d’innombrables épouses, une garde prétorienne d’amazones et un penchant pour la pratique cérémonielle du sacrifice humain auquel il cède souvent pour honorer des visiteurs étrangers.

Horrifié d’apprendre que le roi prévoit de sacrifier ainsi la petite fille en son honneur, Forbes le convainc de l’épargner en lui assurant qu’elle fera un parfait présent “d’un roi noir à une reine blanche”. C’est pendant le voyage vers l’Angleterre que celle que les siens appelaient Aina est baptisée du prénom de Sarah et reçoit pour patronymes le nom du capitaine Forbes et celui de son navire, le HMS Bonetta. En Angleterre, l’aristocratie blanche ne voit guère plus dans cette “captive du Dahomey” qu’une exotique curiosité des colonies.

La reine Victoria cependant se prend d’affection pour celle qu’elle appelle “Sally” et devient pour elle une amie fidèle et une protectrice. Sarah se rend pour la première fois en novembre 1850 au château de Windsor, où “sa vivacité et son intelligence” impressionnent l’impératrice, qui décide de la prendre sous son aile. Une petite fille très vive Pendant que certains pensent à son avenir, la petite Sarah vit heureuse chez les Forbes à Winkfield, à 8 km de Windsor.

“C’est un vrai génie, juge Frederick Forbes, très en avance sur n’importe quel enfant blanc de son âge par ses capacités d’apprentissage, sa force d’esprit et son affection.” Sarah rend visite à la reine à Windsor à plusieurs reprises et s’attache particulièrement à sa deuxième fille, la princesse Alice. Quelques mois après son arrivée en Angleterre cependant, elle souffre d’une toux persistante, et Victoria s’inquiète des effets du climat anglais pour la santé de sa protégée.

En mai 1851, elle accepte que Sarah soit envoyée en Sierra Leone dans une école de missionnaires, où les notables africains scolarisent leurs filles pour en faire des “dames anglaises”. Sarah y est une élève modèle mais supplie qu’on la renvoie en Angleterre. Un souhait auquel la reine accède en septembre 1855 :

Ai vu Sally Forbes, la petite négresse dont j’ai pris en charge
l’éducation, écrit Victoria dans son journal. Elle a incroyablement grandi, et
possède une silhouette ravissante.

Sarah mène alors une existence plutôt confortable auprès du révérend James Frederick Schön, de son épouse Elizabeth et de leurs enfants dans leur résidence de Palm House, à Gillingham, dans le Kent. En janvier 1858, preuve de la haute considération dans laquelle Victoria tient désormais sa protégée âgée de 15 ans, la presse britannique se fait l’écho de l’invitation de “la princesse africaine” au mariage de l’aînée de la reine, la princesse royale Victoria.

Mariage arrangé Sarah va connaître le même sort que les filles de la reine. Au 18e anniversaire de la jeune fille, Victoria envisage pour elle un mariage convenable – autrement dit avec un homme de la même couleur de peau.

En novembre 1860, Sarah a déjà refusé la demande du riche marchand yoruba James Davies, un veuf, ancien officier de marine, de 15 ans son aîné. Deux ans plus tard, la reine revient à la charge. Sarah s’y oppose autant qu’elle peut et confie son “hésitation et [sa] détresse” à “sa très chère maman” Elizabeth Schön :

Je n’ai jamais ressenti ni ne ressens aujourd’hui une once d’amour pour lui.

La jeune fille n’a finalement d’autre choix que de se plier. Victoria envoie aux fiançailles son photographe de cour préféré, Camille Silvy, qui réalisera des portraits du couple pour l’album personnel de la reine. Le mariage est célébré par l’évêque du Sierra Leone à l’église Saint Nicholas de Brighton, le 14 août 1862, et l’événement fait sensation.

La robe de Sarah a été payée par la reine Victoria, et 16 demoiselles d’honneur, donc quatre noires, accompagnent la mariée. Les journaux britanniques se répandent en reportages condescendants sur ce “grand jour” présenté comme une glorieuse manifestation de bienveillance et la démonstration des “progrès civilisateurs du christianisme au profit du nègre”.

Preuve, assure le Windsor and Eton Express, de ce que peuvent accomplir “les individus de race africaine capables d’apprécier à leur juste valeur les atouts d’une éducation progressiste”.

Retour en Afrique Peu après leur union, Sarah et son époux partent pour l’Afrique où ils s’établissent à Freetown, l’actuelle Lagos. Leur première fille y naîtra en 1863 et sera baptisée Victoria en l’honneur de la reine, qui accepte d’en être la marraine. Suivront Arthur en 1871, et Stella en 1873. En décembre 1867, Sarah retrouve la reine pour ce qui sera leur dernière rencontre.

“Ai vu Sally, devenue madame Davies, et son adorable enfant, plus noire encore qu’elle, une petite Victoria de 4 ans, vive et intelligente, aux grands yeux mélancoliques”, consigne encore la souveraine. Mais Sarah souffre de tuberculose. Partie se soigner à Madère, elle y meurt le 21 août 1880 à l’âge de 37 ans.

La reine, qui apprend la nouvelle le jour même où doit lui rendre visite sa filleule Victoria, prend une résolution qu’elle inscrit dans son journal : “Il est de mon devoir de lui verser une rente.” Un engagement que la reine honorera en finançant l’éducation de sa filleule au Ladies’ College de Cheltenham, jusqu’à son retour en Afrique.

The Telegraph

2 Commentaires

  1. Qui était ce Frederick Forbes, encore un imbu de sa personne pour aller empêcher ce cher Guezo de vivre ses coutumes ancestrales comme il l’entendait.
    Du temps de Guezo la démographie du Bénin et du Nigeria était bien maîtrisée, pourquoi qu’il est allé jouer à l’apprenti sorcier le Forbes?

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