Grande-Synthe (59) : Des migrants interdits d’entrer dans un supermarché par la police

Trois associations d’aide aux migrants assurent avoir été témoins de “discriminations au faciès”, exercées par des policiers à l’encontre de personnes migrantes à Grande-Synthe. Les faits se sont déroulés devant le supermarché Auchan, le vendredi 8 janvier en fin de journée. 

Les associations dénoncent ce dimanche des “contrôles au faciès” qui auraient été réalisés par des CRS vendredi soir, à l’entrée de ce magasin situé à Grande-Synthe, tout près d’un camp de migrants qui abrite entre 400 et 500 personnes dans des conditions très précaires

Selon les membres de trois associations, une dizaine de migrants ont été empêchés d’entrer dans ce supermarché où les migrants viennent tous les jours. Ces derniers indiquent que c’est la première fois qu’ils rencontrent de tels contrôles, menés par la police. 

Contactée, la préfecture confirme que des contrôles ont bien été réalisés vendredi par des policiers sur réquisition du procureur, mais qu’ils se sont déroulés dans le “strict respect de la loi”.

Seuls les migrants étaient empêchés d’entrer assurent les associations

Les faits se sont déroulés vendredi soir, entre 17h et 18h30. Ils sont rapportés par les membres de trois associations d’aide aux personnes migrantes (Human Rights Observers, Mobile Refugee Support, Solidarity Border) qui ont filmé la scène. 

“Les agents des forces de l’ordre laissaient l’entrée libre à toute personne de type caucasien sans procéder à un contrôle de leur identité, tandis que les autres étaient  systématiquement contrôlés et une dizaine d’entre eux furent empêchés d’entrer”, assurent les associations dans un communiqué. 

“Nous étions quatre à essayer d’entrer dans le magasin. Les trois personnes blanches ont réussi sans problème, seule la personne exilée (migrante) a été contrôlée et l’accès lui a été refusé par les policiers””, raconte Chloée Smidt-Nielsen, membre de l’association Human Rights Observers, qui s’est rendue sur place pour filmer la scène, après avoir été prévenue par d’autres associatifs. 

“Nous voulions juste acheter à manger”

“Nous voulions juste acheter de quoi manger, comme on le fait tous les jours, explique Mohammed, un jeune Irakien de 20 ans.

“C’est la première fois que nous étions interdits d’entrer, nous n’avons pas compris pourquoi, habituellement cela se passe bien. Seuls les migrants étaient bloqués, les autres entraient normalement. Je me suis senti très mal. Nous méritons le respect”, confie le jeune homme, qui a finalement pu entrer dans le magasin par une autre porte après un long moment passé à l’extérieur.

Arrivé en France il y a deux mois, Mohammed dort dans un camp situé tout près de ce supermarché dans lequel il se rend pour acheter de l’eau et des biscuits. Il espère rejoindre ses deux sœurs qui vivent en Angleterre. 

“Extrêmement clair qu’il y a eu une discrimination”

“Pour nous, il est extrêmement clair qu’il y a eu une discrimination. Il s’agit de contrôles au faciès, seules les personnes migrantes étaient contrôlées”, dénonce Chloée Smidt-Nielsen de l’association Human Rights Observers, présente sur les lieux. 

Les associations ont d’ores et déjà saisi le Défenseur des droits, ils s’apprêtent à écrire au procureur de la République et à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour contester ce qu’elles jugent être une pratique discriminatoire.

De son côté, la préfecture dément. Ces contrôles ont été réalisés “dans le respect de la loi” répondent les autorités. 

Les contrôles d’identité sont strictement encadrés par le droit

La loi prévoit que des contrôles d’identité peuvent être ordonnés par le procureur de la République “aux fins de recherche et de poursuite d’infractions”. Toutefois, ces mesures ne peuvent viser que “des lieux et des périodes de temps déterminés”, comme l’indique une décision du Conseil Constitutionnel rendue le 24 janvier 2017.

Il est également légal de contrôler le titre de séjour d’une personne ne possédant pas la nationalité française, mais uniquement “en se fondant exclusivement sur des critères excluant toute discrimination”. 

France3