Guéret (23) : Yolande, une prostituée congolaise réfugiée en Creuse et menacée d’expulsion a finalement obtenu son titre de séjour

Une Congolaise de 39 ans, ayant fui la misère de son pays en 2016, est tombée dans un réseau de prostitution en région parisienne puis en Creuse. Des associations l’ont aidée à en sortir mais la préfecture souhaitait l’expulser comme une vingtaine d’autres migrants.

Depuis fin janvier, et l’annulation par la Préfète de la Creuse de son obligation de quitter le territoire français, on sentait que le dénouement allait être heureux pour Yolande. Cette femme congolaise de 39 ans vit en Creuse depuis quelques années, après un parcours chaotique

Une manifestation de soutien fin janvier

Pour la soutenir et demander à la Préfecture sa régularisation, une centaine de personnes s’étaient réunies fin janvier à Guéret. L’appel a manifestement été entendu puisque Yolande a reçu ce lundi 15 mars son titre de séjour. Elle peut donc rester en France et se lancer dans son projet professionnel de maraîchage. 

Après avoir reçu son titre de séjour, Yolande a envoyé un petit mot pour remercier toutes les personnes qui l’ont aidé, notamment “tous les Creusoises et Creusois qui ont pu m’accueillir et m’accepter dans ce beau département. Enfin je pourrais vivre en liberté, en sécurité et en paix dans la Creuse”.

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C’est une histoire douloureuse que raconte Yolande Makanda. Cette habitante de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC) travaillait comme infirmière, mais son salaire ne lui permettait pas d’élever ses enfants. Elle rencontre alors un Européen qui lui promet un bon salaire en France, bien loin de la misère de la RDC, géant de l’Afrique miné par la corruption et les conflits. 

Yolande arrive en région parisienne en 2016 et sa vie bascule. “Cet Européen m’a forcé à me prostituer mais je ne pensais pas que c’était un proxénète. J’ai été obligée de faire ça sinon ma famille allait subir des persécutions” déclare-t-elle. Séquestrée, violentée, après quatre mois d’enfer, Yolande réussi à s’enfuir, et trouve refuge en Creuse en 2016. Mais sans titre de séjour ni ressource, elle doit se prostituer pour survivre.

Des associations l’aident alors à monter un dossier de sortie de prostitution, un statut protégé. En effet, l’article L316-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit qu'”une autorisation provisoire de séjour d’une durée minimale de six mois peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l’ordre public, à l’étranger victime des infractions prévues aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal qui, ayant cessé l’activité de prostitution, est engagé dans le parcours de sortie de la prostitution et d’insertion sociale et professionnelle mentionné à l’article L. 121-9 du code de l’action sociale et des familles.

Maître Blandine Marty, avocate au barreau de Limoges spécialisée dans le droit des étrangers pense que l’expulsion n’aura pas lieu mais s’inquiète du sort de ces migrants : “On constate que ces personnes auxquelles on notifie les mesures d’expulsion ne sont pas expulsées, mais on les maintient volontairement dans une situation d’extrême précarité alors que toutes ces personnes ne demandent qu’à travailler”.

L’espoir de revoir ses enfants

En effet, Yolande a repris goût à la vie. Elle est aujourd’hui très bien intégrée en Creuse, très appréciée et impliquée dans le milieu associatif. Elle a l’opportunité de faire une formation pour ouvrir une table d’hôte. Retourner au Congo, pour elle, c’est retomber dans le collimateur du réseau de prostitution, un réseau probablement responsable de la disparition de ses enfants.

France Bleu