Guerre des gangs : en France, une kalachnikov et deux chargeurs pour 2500 euros

Si les armes ont tendance à «parler» dans les cités, elles n’y arrivent qu’au compte-gouttes, en
fonction des besoins «opérationnels» des malfaiteurs. Le coup de filet que vient de signer la Brigade
de répression du banditisme (BRB), en saisissant, mardi dernier, un arsenal de plus d’une tonne et
interpellant une dizaine de trafiquants dont des militaires, est à ce titre exceptionnel. «À la
différence d’un produit consommable comme les stupéfiants où le client est toujours en demande,
les armes ne sont livrées qu’en réponse à des commandes bien spécifiques», précise-t-on à la
Direction centrale de la police judiciaire. Les trafics de calibres sont d’autant plus parcellaires qu’ils
n’ont rien de rentables: «un kilo de cocaïne se négocie entre 25.000 et 30.000 euros, c’est-à-dire
environ le prix de dix fusils d’assaut de type kalachnikov revendus 2500 euros l’unité avec deux
chargeurs», explique un policier spécialisé, qui estime qu’un pistolet automatique approvisionné se
marchande autour de 1500 euros.
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« Encombrante, la cargaison est souvent transportée par lots de quelques armes
dissimulées dans des caches aménagées, parmi du fret routier et dans les lignes de
bus low-cost »
Yann Sourisseau, patron de l’Office central de lutte contre le crime organisé (Oclco).
Depuis 1990, la panoplie guerrière qui arme la criminalité organisée passe par la filière des Balkans,
notamment via le Monténégro et la Serbie dont la diaspora reste ancrée dans les grandes
agglomérations de l’Hexagone. «Encombrante, la cargaison est souvent transportée par lots de
quelques armes dissimulées dans des caches aménagées, parmi du fret routier et dans les lignes de
bus low-cost», détaille le commissaire divisionnaire Yann Sourisseau, patron de l’Office central de
lutte contre le crime organisé (Oclco), qui ajoute que «les trafics sur internet sont davantage le fait
de collectionneurs qui cherchent à récupérer des pièces non neutralisées, notamment les canons,
pour reconstituer une arme qui fonctionne».
6000 saisies d’armes à feu par an
Après les attentats de 2015, deux textes européens ont redéfini des critères communs de
neutralisation et durci les règles d’acquisition ainsi que de stockage des armes au sein de l’Union.
De son côté, la France, qui s’est dotée depuis 2016 d’un fichier national d’identification balistique,
est chaque année le théâtre d’environ 6000 saisies d’armes à feu par an, dont 2000 revolvers et
pistolets. Selon nos informations, seuls 217 des calibres confisqués en 2020, soit un peu plus de 3 %
du total, étaient classés comme armes de guerre en catégorie A. En outre garni par une partie des
quelque 10.000 armes déclarées volées chaque année chez les chasseurs, les tireurs sportifs et dans
les armureries, l’arsenal des voyous a pu être aussi complété à la marge grâce à la «conversion» de
pistolets d’alarme en engins létaux mais aussi à la remilitarisation d’armes «acoustiques» plus
vraies que nature, fabriquées en Slovaquie et utilisées dans le cinéma pour les tirs en rafale.
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Dès mars 2015, l’Oclco a ciblé ce business en coordonnant une série de perquisitions sur tout le
territoire. Au lendemain des attentats, le trafic s’est effondré car les voyous, sachant que cela peut
leur coûter jusqu’à dix ans et 500.000 euros d’amendes, ne prennent plus le risque de voir leur
marchandise semer la mort lors d’une équipée terroriste. Depuis, plus personne n’entend négocier
avec un acheteur susceptible d’être radicalisé. Tous gardent en mémoire que, pour avoir fourni des
armes à Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat du Musée juif de Bruxelles, Nacer B., voyou
français, a été condamné en 2019 en tant que coauteur à quinze ans de prison.

Le Figaro
17 janvier 2021

Par Christophe Cornevin