Guinée : « Les retournés », 5.000 migrants déçus par l’Europe, rentrent chez eux en parias

Après le naufrage d’une embarcation au large de la Libye, au cours duquel trente Guinéens ont péri, le journaliste Hammady Cherif Bah s’est interrogé sur ce qui, en 2021, a poussé 10.000 de ses compatriotes originaires de la ville de Mamou, à 250 kilomètres au nord-est de la capitale, Conakry, à tenter l’aventure vers l’Europe.

En partageant leur expérience, tous essaient aujourd’hui de convaincre leurs semblables de ne pas tenter « l’aventure », sans grand succès. Si « la migration clandestine est une impasse », le réalisateur Hammady Cherif Bah essaie de faire la démonstration que, « contrairement aux idées reçues », ceux qui ont pu profiter d’une voie légale de migration pour étudier en Europe rentrent en majorité en Guinée pour y développer des activités.

Il suit, parmi eux, Mountaga Keita, un entrepreneur qui a essuyé près de dix refus de visa avant de pouvoir aller étudier en France. Il est aujourd’hui à la tête d’une start-up qui vend des solutions technologiques dans le secteur de la santé, et rêve de retenir des jeunes en leur offrant du travail. « On en veut seulement une goutte pour pouvoir les maintenir là », dit-il à propos des « milliards de dollars transférés de gauche à droite ».

Aïssata Camara est, elle, rentrée chez ses parents après des études de journalisme en France, et on la suit dans ses enquêtes sur les causes de l’émigration de la jeunesse. Excision des femmes, mariages précoces et forcés, pillage des ressources minières, corruption… La Guinée est l’un des pays les plus pauvres au monde, et la migration semble parfois « inéluctable » aux yeux du réalisateur.