Guingamp (22) : Anwar a quitté l’Afghanistan pour fuir les talibans, « La vie m’a conduit dans les Côtes-d’Armor »

Né à Lôgar, au sud de Kaboul en Afghanistan, Anwar est arrivé à Guingamp il y a trois ans. Il raconte son périple depuis son pays natal ainsi que les raisons de son départ.

« On a envie de vivre et d’avoir de l’air pour respirer ». C’est pour cette raison qu’Anwar, Afghan de 24 ans, encouragé par sa mère, a décidé de quitter son pays natal il y a environ dix ans. Il est à présent employé au restaurant Sidonie & compagnie et à l’hôtel La Demeure, tous les deux tenus par Carinne Solo à Guingamp.

Anwar, Afghan de 24 ans, a dû quitter son pays natal il y a 10 ans. Aujourd'hui installé et travaillant à Guingamp, il revient sur les raisons de son départ et sur le chaos qui règne en Afghanistan.
Anwar, Afghan de 24 ans, a dû quitter son pays natal il y a 10 ans. Aujourd’hui installé et travaillant à Guingamp, il revient sur les raisons de son départ et sur le chaos qui règne en Afghanistan.

Ils ont tué sa famille

Juste avant son départ, un événement tragique a marqué et « brisé » le jeune homme qui n’était encore qu’un adolescent.

« Je me trouvais alors avec ma mère chez ma grande sœur, qui est mariée. Quand nous sommes rentrés à la maison, ma mère et moi, nous avons retrouvé mon père et mon frère morts. Mon autre sœur était grièvement blessée. Elle n’a pas survécu. Elle est décédée le lendemain de l’attaque des talibans à notre domicile », raconte, avec une grande tristesse dans la voix, celui qui a dû fuir son pays alors qu’il venait de perdre les siens.

« La vie m’a conduit à Guingamp »

Sa mère, qui s’est éteinte depuis, l’a alors incité à partir d’Afghanistan, seul. « Sinon les talibans me prenaient. Ils cherchaient des hommes jeunes pour faire appliquer leurs idées. » Pour arriver en France, Anwar a fait un long et difficile voyage. Il est parti de Bati Kot, au sud-est de Kaboul, ville dans laquelle il a grandi.

Quand il a quitté son pays, le jeune migrant n’avait que « 14 ans environ ». Il a traversé de nombreux pays avant de retrouver la capitale française, puis la péninsule bretonne : « Je suis passé par le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, la Suède, le Danemark et enfin l’Allemagne ».

Arrivé en France en 2017, il est ensuite resté trois mois à Paris, s’est dirigé vers Chartres dans la région Centre-Val de Loire puis est venu s’installer en Bretagne. « La vie m’a conduit à Guingamp », raconte celui qui, malgré tout, garde le sourire.

Il a obtenu ses papiers français deux ans après son arrivée sur le territoire. C’est dans la cité de la Plomée qu’Anwar a trouvé son premier job. « Je cherchais du travail quand je suis arrivé à Guingamp. J’ai frappé à la porte de la Demeure. Carinne Solo m’a proposé de me prendre en stage pour me former. J’ai ensuite signé un CDI en septembre 2019 », raconte l’employé de l’hôtel-restaurant rue du Général de Gaulle.

Le jeune homme souhaite souligner la gentillesse des Français de l’avoir accueilli. « Ainsi que celle des Bretons. Ce sont des gens adorables. »

Récemment, il a fait l’acquisition d’une maison dans le centre-ville de Guingamp. Mais selon lui, « ça ne remplace pas tout. On n’est jamais tranquilles. » Le jeune homme souhaite avancer même si les blessures sont toujours présentes et peinent à se dissiper.

L’effroi à Kaboul

Il y a dix jours, le dimanche 15 août, les talibans prenaient le pouvoir de la capitale afghane : Kaboul. Ce qui n’est pas fait pour rassurer le Guingampais, à présent en sécurité. « Ma grande sœur, celle qui s’est mariée, vit toujours au pays. Elle n’aura pas le choix, elle devra rester enfermée chez elle. »

Anwar est sans nouvelles de sa sœur, et le réseau téléphonique de l’Afghanistan ne lui facilite pas la tâche. Il regrette la situation dans laquelle le pays sombre depuis bien trop d’années : « Les talibans ne présentent pas le vrai visage de l’Afghanistan. Les habitants ne méritent pas ça. Les Afghans sont des gens tellement gentils et courageux. »

Anwar a visionné les vidéos qui circulent actuellement sur la toile : « C’est triste de voir les gens qui essayent de partir du pays en tentant de rentrer tant bien que mal dans un avion […] Beaucoup de jeunes comme moi perdent leur famille et malheureusement cela continue. »

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