Halima Aden, la top model reconvertie dans la “mode modeste”

RTSreligion – Halima Aden: reconversion d’une top model musulmane dans la “mode modeste” / La Matinale / 2 min. /

La mannequin musulmane Halima Aden a été la première top-modèle à porter le hidjab en couverture du magazine Vogue. Aujourd’hui, la Somali-Américaine veut changer le système et se lance dans le créneau “modest wear”.

Née dans un camp de personnes réfugiées au Kenya, Halima Aden vient tout juste d’avoir 24 ans. Elle croit dur comme fer à la “mode modeste” – modest wear en anglais – depuis qu’elle a déchiré en novembre dernier les juteux contrats qui la liaient aux grandes maisons de mode.

“Depuis que je suis toute petite, cette phrase, ‘Ne change pas toi, change le système’ m’a permis de traverser tellement de choses”, confie-t-elle, de passage à Istanbul.

“Très, très fière” de sa décision

Sa décision d’abandonner les séances photos et les défilés, elle l’a prise à cause de la discrimination et de l’absence de respect qu’elle explique avoir subies en raison de sa religion musulmane. Pour la jeune Américaine d’origine somalienne, l’industrie de la mode était devenue incompatible avec sa foi: “Quand j’ai pris la décision de tout quitter, c’est exactement ce que j’ai fait”, note-t-elle. “Et j’en suis très, très fière”.

Si elle avait réussi à négocier, par contrat, de pouvoir se changer dans un endroit privé, elle était choquée de constater que ses collègues de podium ne bénéficiaient pas du même traitement: “Je voyais mes jeunes camarades qui se déshabillaient en public, devant des personnalités des médias, les cuisiniers, les designers et les assistants”, se souvient-elle. “C’était très choquant (…) Je ne pouvais pas évoluer dans une industrie où il n’y a pas de respect minimal de l’être humain”.

>> Halima Aden fut en 2019 la première modèle à porter un hidjab et un burkini dans le numéro “maillot de bain” du très célèbre magazine américain “Sports Illustrated”

Halima Aden a paru libérée quand elle a annoncé sa décision: “Je ne m’étais jamais sentie aussi soulagée. Garder tout ça pour moi était comme un véritable poison!”, avait-elle clamé sur Instagram. Elle percevait aussi du dénigrement.

Halima Aden s’est donc tournée vers la “mode modeste”, une mode pudique inspirée par les différents codes de la religion musulmane et de la notion de décence qui en découle.

Compatible avec l’islam

Constituée de vêtements couvrants, cette nouvelle tendance a décollé ces dix dernières années. Les femmes porteront par exemple le hidjab, le voile, des collants et une jupe fendue mais jusqu’à mi-cuisse, ou des robes moulantes mais à manches longues.

Le modest wear représentait en 2017 quarante-quatre milliards de dollars par an à l’échelle globale, selon un rapport mondial de Thomson Reuters, l’agence de presse canado-britannique.

Ces dernières années, Moscou, Ryad et Londres ont organisé des défilés de mode modeste; la tendance est aujourd’hui particulièrement marquée en Iran, en Arabie saoudite et en Turquie, un pays où Halima Aden a récemment participé à un événement organisé par la marque turque Modanisa, sa nouvelle maison.

Une mode compatible avec l’islam car, selon la mannequin, il n’y a rien dans sa religion qui interdit d’être à la mode. Aujourd’hui, on parle d’hijabistas, de passionnées de mode qui diffusent sur la blogosphère et les réseaux sociaux l’idée qu’on peut être fan de mode tout en étant musulmane. Des marques de luxes comme Dolce & Gabbana ou Dior ont déjà infiltré le créneau.

Une exposition dédiée à cette mode musulmane contemporaine s’est tenue l’an dernier à San Francisco: c’était une première. De quoi inspirer une communauté de fans à l’affût d’idées pratiques pour adapter les tendances sans contredire les préceptes de leur religion.

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