Hassan Iquioussen : « On va leur couper la tête avant qu’ils ne nous coupent la nôtre », petit florilège des propos tenus par l’imam marocain

En instance d’expulsion du territoire français, «ce prédicateur tient depuis des années un discours haineux à l’encontre des valeurs de la France», a justifié le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Après 58 ans de présence en France et 20 ans de prêches, l’imam Hassan Iquioussen sera-t-il expulsé du territoire ? «Ce prédicateur tient depuis des années un discours haineux à l’encontre des valeurs de la France», a justifié Gérald Darmanin le 2 août dans l’hémicycle, confirmant avoir signé l’arrêté d’expulsion. La cause ? Ses positions «contraires à nos principes de laïcité et d’égalité entre les femmes et les hommes», affirme le ministre, évoquant notamment des propos répréhensibles «sur les juifs, les femmes ou encore les attentats». Mais la mesure d’expulsion a finalement été suspendue le 5 août par le tribunal administratif de Paris, décision dont le ministre de l’Intérieur a fait appel devant le Conseil d’État.

Certaines figures, notamment à gauche, étaient immédiatement montées au créneau. Une tribune sur Médiapart, signée d’une quarantaine d’intellectuels, religieux et politiques de gauche, dénonçait le 3 août une atteinte à la «liberté d’opinion et d’expression». Le député LFI David Guiraud, sur Twitter, s’est interrogé : «Pourquoi la France n’a pas utilisé les outils de droit à disposition pour faire condamner des propos (…) datant s’il y a plusieurs années ?».

Hassan Iquioussen, depuis sa commune de Lourches, dans le Nord, se défend lui-même de tout radicalisme. «Il m’est reproché de tenir des propos discriminatoires voire violents, ce que je conteste avec force», a réagi l’imam marocain dans une vidéo.

Discours ambivalent

Un mélange curieux que les prêches de l’imam, qualifiant un jour les Juifs d’«avares et usuriers», «le top de la trahison et de la félonie», tout en rappelant une autre fois que «détester quelqu’un parce qu’il est juif» est «un péché en Islam». Sur sa page Facebook, une véritable contre-offensive communicationnelle s’est mise en place pour défendre l’image d’un religieux ouvert et tolérant. «Il paraît que Hassan Iqiuoussen tiendrait un discours allant à l’encontre du vivre-ensemble. Jugez-en par vous-mêmes», déclarent les vidéos en introduction de divers verbatims modérés.

L’imam aux 150.000 abonnés YouTube y défend pêle-mêle la liberté de l’homosexuel («bien sûr qu’il a le droit d’exister !»), l’ouverture aux religions («Le non-musulman n’a pas d’interdit puisqu’il n’est pas soumis à l’Islam»), ou encore la «liberté de blasphémer» («Bien entendu que j’ai ce droit, et Dieu me l’a donné»). «Depuis l’âge de 12 ans, j’ai assisté à des centaines de ses conférences et débats. Je témoigne en âme et conscience qu’il a toujours appelé ses concitoyens à être des vecteurs de Paix, de Tolérance et de Vivre Ensemble», a réagi sur Facebook Abdelwaheb Nbahedda, directeur adjoint du lycée Averroès de Lille (l’un des seuls lycées privés musulmans sous contrat en France). Qu’a donc dit le prédicateur en instance d’expulsion ? Voici un florilège.

«On va leur couper la tête avant qu’ils ne nous coupent la nôtre »

Hassan Iquioussen n’a jamais caché son appartenance aux Frères musulmans, à qui il a prêté allégeance. Que prône cette mouvance ? La diffusion d’un islam intégral, politique et conquérant, via la «taqiyya», pratique de précaution consistant à dissimuler sa foi. Ainsi, dans une prédication de 2014, le Marocain se prête à des propos particulièrement troublants. «Nos ennemis veulent nous attirer sur le terrain de l’affrontement militaire, parce qu’on est sûrs de perdre et ils sont sûrs de gagner. La seule solution que nous avons, c’est de courber l’échine, à long terme, travailler, pour changer les gens. Quand on va éduquer le peuple, les dirigeants vont tomber d’eux-mêmes». Et de conclure : «C’est juste une question de temps. On va leur couper la tête avant qu’ils ne nous coupent la nôtre».

«Chez nous, un traître collabo on lui met met douze balles dans la tête »

L’imam est convaincu de l’existence d’une «cinquième colonne» dirigée contre la religion du prophète. Dénonçant à tour de prêches les «ennemis de l’islam», il pointe notamment les musulmans convertis, des «traîtres» qui auraient infiltré la religion du prophète pour la «déstabiliser de l’intérieur». «L’objectif était de se convertir, de sortir de l’Islam et de répandre des informations qui sont fausses», explique-t-il. «Ce sont des collabos. Et chez nous, les collabos, on leur met 12 balles dans la tête. Le peloton d’exécution», déclare-t-il froidement. Et d’enchaîner : «Ceci étant dit, il est clair et net que l’islam est une religion de paix et d’amour».

«Ne t’isole jamais avec une femme »

Le prédicateur le répète, la femme a un rôle prépondérant dans la vie familiale, et, pour cela, doit avoir accès à l’éducation. En revanche, toute proximité physique est exclue. «Ne t’isole jamais avec une femme», déclare-t-il à l’attention de ses ouailles masculines, «sauf si c’est pour lui apprendre le Coran». «Non, tu ne la déposes pas, tu la laisses prendre le bus. (…) Non tu ne révises pas avec elle, mon frère. Tu révises avec un mec et tu la laisses réviser avec une meuf. (…) Ta gentillesse, tu la laisses pour ta mère».

Burkini, Islam radical, attentats ? De «faux problèmes »

Après les tueries du 13 novembre, le prédicateur, loin de s’appesantir sur des crimes perpétrés au nom d’Allah, pointe l’opportunisme qu’il croit déceler chez les autorités au détriment de la communauté musulmane. «Au lieu de parler de vrais problèmes de la société, le chômage, la précarité, on crée de faux problèmes : le burkini, l’islam radical et politique, et demain, peut-être, des attentats ?», énumère-t-il le 3 septembre 2016, suggérant que ceux-ci auraient été fomentés, afin de «surfer sur la vague du terrorisme islamiste».

«Le génocide arménien n’existe pas »

Le massacre de plus d’1 million de chrétiens arméniens dans l’Empire ottoman en 1915 et 1916 est un «pseudo-génocide» selon ce diplômé d’un DEA en Histoire. «Si la loi (pour le pénaliser) était passée, là je ferme ma bouche», clamait-il ainsi, provocateur, en 2012. Car si la France reconnaît le génocide depuis 2001, sa négation, contrairement à la Shoah, n’est pas pénalisée. «Je ne pourrais pas dire que le génocide arménien n’existe pas. Alors que là, je peux m’éclater : il n’y a pas eu de génocide. Et j’ai les preuves historiques», assurait-il.

Les «sionistes », ces «racistes (…) de connivence avec Hitler »

«Nous n’avons rien contre les Juifs», assure le prédicateur à qui veut l’entendre. «Nous n’avons jamais rien eu et n’avons rien contre les Juifs, parce que notre religion est basée sur la justice», répète-t-il encore lors d’une conférence sur la Palestine en 2014. Avant de préciser : «Par contre, nous sommes antisionistes». Le «lobby sionisme à l’ONU» est une «religion qui a pour objectif de dominer, (…) qui veut l’extermination du peuple palestinien (…) C’est du racisme», continue-t-il. Le prédicateur accuse également ces «sionistes» d’être «de connivence avec Hitler» : «Ils vont tenir avec Hitler pour pousser les juifs à quitter l’Allemagne (…) et qu’ils quittent l’Europe».

Habile manipulateur

«Les personnes comme Hassan sont intelligentes, explique Pierre Vermeren, historien spécialiste du Maghreb. Elles savent pertinemment que nier l’Holocauste en France vaut une mise à l’écart de la société et des sanctions pénales. L’imam a en revanche pu dire qu’il “s’éclate” sur le génocide arménien, mais l’analogie semble limpide. Son discours est à la fois tout en subtilités mêlées de provocations».

Mohamed Louizi, auteur de l’essai Plaidoyer pour un islam apolitique (Michalon, 2017), décrit de son côté un habile manipulateur, qui «sait jouer sur les cordes sensibles tout en étant dans une ambiguïté volontaire». «Son rôle est de vulgariser auprès de la jeunesse, en adoptant ses mots et ses codes, les standards idéologiques des Frères musulmans. Son discours “branché” séduit et élargit la base des sympathisants conscients et inconscients de son appartenance à la mouvance», décrypte l’essayiste franco-marocain.

«Se servant des slogans fumeux “islam du juste milieu”, “islam de France”, leur objectif est de diffuser un islam intégral, politique et conquérant», explique encore l’essayiste franco-marocain. «Un islam revendicatif qui cherche à s’infiltrer dans toutes les sphères de la société, dans toutes les articulations de l’Etat en vue d’une islamisation par étapes et par étages». Un islam «”modéré” côté face, assurément salafiste côté pile».

Le Figaro