Hombourg-Haut (57) : Qui est Cassandre Fristot, l’enseignante interpellée pour avoir manifesté avec un panneau jugé antisémite ? (Màj : Réaction de Maître Alain Jakubowicz)

10/08/2021

La garde à vue de Cassandre Fristot pourrait aller jusqu’à son délai maximum. La manifestante de 33 ans, interpellée et envoyée dans les locaux de la Direction départementale de la sûreté publique lundi midi à Metz, vient de voir sa garde à vue prolongée de 24 heures.

Cette professeure d’allemand, membre du nationaliste Parti de la France, brandissait samedi lors de la manifestation anti-pass sanitaire à Metz (Moselle) une pancarte affichant les noms de personnes juives ou d’origine juive, jouant de la sobriété du message qui accompagnait ces noms – le trouble « Qui ? » ayant fait son apparition dans les manifestations récentes – pour dissimuler une haine patente.

La pancarte jetée ?

Selon la préfecture de la Moselle, le domicile de Cassandre Fristot a été perquisitionné lundi matin. « La police regarde si l’on trouve dans son logement de quoi expliquer ou conforter la présomption d’antisémitisme », expliquait-elle alors. Selon BFMTV, Cassandre Fristot aurait affirmé aux enquêteurs s’être débarrassée de la pancarte.

Visée depuis dimanche par une enquête pour « provocation publique à la haine » ouverte par le parquet de Metz, Cassandre Fristot peut rester en garde à vue jusqu’à mercredi midi.

Sur le plan professionnel, l’enseignante est suspendue « en attendant les suites disciplinaires », a annoncé le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Elle est toujours membre du conseil municipal de Hombourg-Haut, en Moselle, où elle avait essuyé un échec aux dernières municipales.

L’enseignante de Moselle qui brandissait une pancarte antisémite samedi était “bien connue” de la Licra pour son obsession antisémite” – Alain Jakubowictz

Le Parisien

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09/08/2021

C’est une image qui a suscité un immense émoi: une jeune femme brandissant une pancarte violemment antisémite lors d’une manifestation samedi 7 août contre le pass sanitaire à Metz. Sur ce carton, les noms de plusieurs responsables politiques, hommes d’affaires et intellectuels, dont la plupart sont juifs, étaient désignés à la vindicte populaire, accompagnés de la question “Qui ?”, un nouveau slogan antisémite

Deux jours plus tard, ce lundi 9 août, une enseignante, ex-membre du Front national et ancienne élue locale, a été interpellée à Hombourg-Haut, en Moselle. Elle est soupçonnée d’être l’auteure de cet écriteau, jugé “abjecte” par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, à l’unisson de l’écrasante majorité de la classe politique.

“La police regarde si l’on trouve dans son logement de quoi expliquer ou conforter la présomption d’antisémitisme”, a précisé la préfecture à l’AFP en milieu de journée, confirmant que la personne entendue par les enquêteurs est Cassandre Fristot, âgée d’une trentaine d’années qui fut l’éphémère cheffe de cabinet de Louis Aliot en 2013, alors qu’il était vice-président du FN. 

Ephémère cheffe de cab’ d’Aliot

Elle est restée quelques mois à son poste, de novembre à janvier, avant d’être remerciée durant sa période d’essai, en raison notamment d’un différend autour de son emploi du temps. Une “incompétente”, disait d’elle Marine Le Pen en 2013, lorsqu’elle était interrogée sur France 3 Lorraine, sur les critiques de la jeune femme à l’encontre du numéro deux à l’époque, Florian Philippot. Cassandre Fristot venait de claquer la porte du parti en dénonçant un “fonctionnement totalitaire.”

Contacté par le média local l’Indépendant, Louis Aliot confirme cette ancienne proximité. “Elle a été mon assistante pendant deux mois. Le temps que je l’embauche et que je la débauche”, dit-il, avant d’ajouter, dans une pique à son ancien compagnon de route: ”C’était une fille présentée par l’équipe de Philippot dans l’Est. Ça ne m’étonne pas qu’on la retrouve là.” Mais, “ces dingueries ne me font pas rire du tout… C’est honteux”martèle encore le maire de Perpignan.

Malgré ces dissensions actuelles, tout n’a pas toujours été aussi tranché entre  les deux parties. Outre son -bref- rôle de cheffe de cabinet, Cassandre Fristot, diplômée d’un master d’études européennes et internationales, a été candidate du Front national aux législatives en 2012, récoltant 13% des voix dans la quatrième circonscription de la Moselle. 

Elle a également été conseillère municipale d’opposition à Hombourg-Haut, dans le même département, entre 2014 et 2020, avant de se présenter aux élections sous les couleurs du Parti de la France. Une formation d’extrême droite fondée, en 2009, par Carl Lang et plusieurs autres nostalgiques du “canal historique” du FN. Des déçus de la ligne politique de Marine Le Pen.

Enseignante suspendue

La jeune femme est aujourd’hui encore membre du conseil municipal de sa ville. Outre cette responsabilité, elle a également le statut d’enseignante. C’est en tout cas ce qu’a confirmé le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, ce lundi, en annonçant qu’elle sera “suspendue en attendant les suites disciplinaires”. “Sur le plan pénal, le recteur saisit le procureur”, a-t-il ajouté sur les réseaux sociaux, sans davantage de précisions.

Le parquet de Metz avait ouvert, la veille, une enquête de flagrance sur cette “pancarte au message manifestement antisémite”, selon les mots de la préfecture.

Sur l’écriteau, les noms de personnalités encadraient le slogan: “Mais qui?”. Une sorte de mot d’ordre apparu à la suite d’un entretien accordé en juin dernier sur la chaîne CNEWS d’un général à la retraite, Daniel Delawarde, signataire d’une tribune évoquant “le délitement” de la France, publiée par l’hebdomadaire ultraconservateur Valeurs actuelles.

A la question “qui ‘contrôle la ‘meute médiatique’?” et après plusieurs relances, il avait répondu “la communauté que vous connaissez bien”, avant d’être coupé par le présentateur, Jean-Marc Morandini. Pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), ce “mais qui?” est désormais “une autre manière de dire qu’on n’aime pas les juifs”. 

Huffingtonpost

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Lors d’une manifestation contre le pass sanitaire à Metz, samedi 7 août, une manifestante a été remarquée pour sa pancarte. Elle a depuis été interpellée pour suspicion d’antisémitisme. Le message au caractère manifestement hostile aux juifs n’est, semble-t-il, pas limpide dans l’esprit de tous. Explications

« Cette pancarte est abjecte ». C’est par cette formule que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a entamé son tweet, dimanche 8 août, pour condamner la pancarte antisémite d’une manifestante anti pass sanitaire qui a défilé à Metz la veille.

Certains internautes s’interrogent sur les éléments qui constituent le caractère antisémite de ce message.

Nombreux sont les internautes qui s’interrogent, semble-t-il de bonne foi, sur le caractère antisémite de la pancarte brandie samedi 7 août à Metz.
Nombreux sont les internautes qui s’interrogent, semble-t-il de bonne foi, sur le caractère antisémite de la pancarte brandie samedi 7 août à Metz.Capture d’écran Twitter

Reprenons les éléments un par un. Sur cette pancarte, sont inscrits les noms de plusieurs responsables politiques, hommes d’affaires et intellectuels. De l’ex-Premier ministre Laurent Fabius à l’économiste Jacques Attali, en passant par Patrick Drahi, le propriétaire de BFMTV, la famille Rothschild ou encore le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy. Le point en commun entre ces personnalités ? La plupart sont de confession juive. « On retrouve dans cette pancarte cette addition de noms de personnalités juives de fait. Un vieux procédé de l’extrême droite qui, sans le dire le dit et sans accuser les juifs les accuse », a traduit sur BFMTV Noémie Madar, présidente de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF).

« Mais qui ? »

Au centre de la pancarte, « Mais qui ? » est inscrit en lettres rouges, avec en dessous le mot « Traîtres » écrit en lettres blanches. Le slogan « Mais qui ? » est apparu à la suite d’une interview au mois de juin sur la chaîne CNews d’un général à la retraite, Daniel Delawarde, signataire d’une tribune évoquant « le délitement » de la France, publiée par l’hebdomadaire d’extrême droite « Valeurs actuelles ». À la question « qui contrôle la meute médiatique ? » et après plusieurs relances, il avait répondu « la communauté que vous connaissez bien », avant d’être coupé par le présentateur, Jean-Marc Morandini.

« La question ‘Mais qui ?’ est une question faussement codée qui renvoie à l’accusation du fait que les juifs seraient une communauté malfaisante et à l’origine de tous nos maux », a défini sur BFMTV le président de SOS Racisme, Dominique Sopo.

« Ce ‘Qui ?’ devient un signe de ralliement pour les gens qui veulent cibler la communauté juive comme une communauté surpuissante dont les intérêts seraient occultes et différents du reste de la société », a expliqué Maître Patrick Klugman, avocat de SOS Racisme. Pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), ce slogan est « une autre manière de dire qu’on n’aime pas les juifs ».

Dans son tweet, la Licra pointe aussi les cornes dessinées en noir autour de la lettre « Q ». Toute une association censée représenter le diable. Une symbolique qui renforce le caractère antisémite de la pancarte. « L’antisémitisme religieux tout comme l’antisémitisme ethno-national sont mus par l’idée clé selon laquelle les Juifs sont le diable absolu. Cette croyance devint, au fur et à mesure, l’expression la plus forte d’une Europe malveillante durant de nombreux siècles et jusqu’à aujourd’hui », écrivait l’auteur israélien Manfred Gerstenfeld, qui a dirigé le programme post-Holocauste et antisémitisme du Centre des affaires publiques de Jérusalem, dans « La perversité du nouvel antisémitisme ».

Sud-Ouest