Hongrie : En refusant une “race hongroise mixte qui se mélangerait avec des non-Européens”, Viktor Orban choque jusque dans son propre camp

Les propos du Premier ministre hongrois, formulés samedi 23 juillet lors de l’université d’été de Baile Tusnad en Roumanie, suscitent l’indignation parmi ses contempteurs. Scandalisée, l’une des principales conseillères du dirigeant magyar a claqué la porte, alors que la presse conservatrice, elle, juge la polémique infondée.

Durant l’été 2014, Viktor Orban créait la controverse lors de l’université d’été de Baile Tusnad, en Roumanie, avec son plaidoyer pour un État “illibéral”, en érigeant la Chine, la Russie et la Turquie en modèles susceptibles d’inspirer la Hongrie. Huit ans plus tard, au même endroit, ce samedi 23 juillet, le Premier ministre magyar a provoqué une nouvelle levée de boucliers en critiquant violemment les “races mixtes” et la “société multiethnique”. Selon le Premier ministre national-populiste hongrois, largement reconduit pour un quatrième mandat d’affilée le 3 avril, les Hongrois ne “veulent pas être une race mixte” qui se mélangerait avec “des non-Européens”.

“Digne de Goebbels”

Scandalisée par un “texte purement nazi” jugé “digne de Goebbels”, le chef de la propagande hitlérienne, la sociologue Zsuzsanna Hegedus, l’une des plus proches conseillères d’Orban, a décidé de jeter l’éponge après vingt années de collaboration. Dans sa lettre de démission, Hegedus souligne que les “limites du supportable ont été franchies” depuis la législation “homophobe” de juin 2021 prohibant la promotion ainsi que la représentation de l’homosexualité et de la transsexualité auprès des mineurs.

“Mon gouvernement suit une politique de tolérance zéro envers l’antisémitisme et le racisme”, affirme le courrier de réponse de Viktor Orban, repris par le portail progouvernemental Origo. Mazsihisz, la principale organisation représentative de la communauté juive hongroise, a exprimé sa “sérieuse inquiétude” après les déclarations rejetant le “mélange des races”, relate le site 444. Selon son communiqué, “le vocabulaire du Premier ministre remet gravement en question la sécurité inégalable au niveau européen dans laquelle vivait jusqu’à présent la communauté juive magyare”.

Cité par 24.hu, le grand rabbin Robert Frolich s’est également insurgé contre le discours d’Orban : “De nombreuses espèces différentes peuplent notre planète. Sur deux pattes, travaillant, parlant et pensant parfois, une seule espèce vit pourtant sur cette “Indignation infondée” Le quotidien de gauche Népszava dénonce de son côté le “silence” des responsables de l’Église catholique hongroise, “indigne” vis-à-vis de propos “allant à l’encontre de l’enseignement chrétien” et “opposés à tout ce que représentait le Christ”. De plus, estime le journal, les Évangiles “ne parlaient pas de différentes races humaines”, et ce mode de pensée est “totalement étranger à la chrétienté” sur laquelle s’appuie politiquement Viktor Orban.

Cependant, selon le quotidien conservateur Magyar Nemzet, “l’indignation de la gauche est infondée” concernant l’allocution de Baile Tusnad et l’utilisation du terme de “race”. “Ce mot gure notamment dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, la Convention européenne des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’Organisation des nations unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme”, argumente le journal.

Viktor Orban ne s’aventure pas pour la première fois sur le terrain des théories raciales. En février 2017, il prônait l’“homogénéité ethnique” devant une assemblée d’entrepreneurs à la chambre de commerce et d’industrie de Budapest. Le 7 décembre de la même année sur la chaîne EchoTV, il brandissait la “menace” d’une “Europe à la population mélangée” voulue par le financier George Soros, bête noire de l’exécutif magyar actuel. Apprécié des trumpistes, le dirigeant magyar prononcera le 4 août prochain à Dallas le discours d’ouverture de la CPAC, la conférence des conservateurs américains, qui s’est délocalisée à Budapest en mai dernier.

tHVG