Houdancourt (60) : Un tracteur écrase une caravane de gens du voyage et blesse grièvement un gitan

Un homme de 49 ans est toujours hospitalisé après un incident survenu ce lundi entre des nomades et le propriétaire d’un terrain à Houdancourt. Accident ou acte volontaire? Une enquête est ouverte.

Si le déroulé des faits et les responsabilités de chacun n’ont pas encore été établis, l’émotion reste forte dans les deux camps. Autant dans la communauté des gens du voyage, dont un membre est toujours hospitalisé, que chez le propriétaire d’Houdancourt qui a voulu, avec son tracteur, empêcher une centaine de caravanes de s’installer ce lundi soir sur son terrain.

Les nomades assurent que l’Oisien a tenté de tuer l’un des leurs avec son véhicule. Ce dernier affirme au contraire qu’il s’agit d’un accident, qu’il a tenté de fuir un lynchage annoncé.

«Fin avril, ils avaient déjà occupé ce terrain, qu’ils avaient saccagé»

C’est autour de 20h30 que Sylvain, retraité d’une soixantaine d’années, est prévenu qu’un cortège de caravanes se dirige vers sa propriété. « Fin avril, ils avaient déjà occupé ce terrain qu’ils avaient saccagé, on en avait eu pour 5 000 euros de foin à racheter et 3 000 euros de frais d’huissier et d’avocat, alors là, je ne voulais pas que ça recommence », s’étrangle-t-il. Il prend son tracteur et s’interpose face aux caravanes qui commencent à remplir sa rue. C’est alors que les choses dégénèrent.

Selon le propriétaire, les gens du voyage ont cassé la clôture de son terrain et brisé l'une des portes vitrées de son tracteur, ce qui l'a fait paniquer.
Selon le propriétaire, les gens du voyage ont cassé la clôture de son terrain et brisé l’une des portes vitrées de son tracteur, ce qui l’a fait paniquer.

Selon lui, c’est un déferlement de violence qui s’abat. « Ils étaient en train d’arracher la clôture quand je suis arrivé, ils ont alors cassé la portière entièrement vitrée du tracteur, assure-t-il. Mon pied s’est pris dans la pédale et j’ai heurté une caravane. » La situation, déjà tendue, monte d’un cran. « Un homme est monté sur le côté droit et a commencé à taper sur la vitre, j’ai alors fait marche arrière pour rentrer chez moi et éviter de me faire massacrer. »

Sept côtes cassées, poumon décollé, tibia à opérer

Mais alors que l’engin frôle des arbres, l’homme de 49 ans, toujours sur le tracteur, chute lourdement. Il était ce mercredi soir toujours en soins intensifs, selon Philippe Taglione, médiateur de la communauté des gens du voyage dans le département. « Sept côtes cassées, un poumon décollé et il devra subir plusieurs interventions chirurgicales pour son tibia, souffle-t-il. Le propriétaire a mis deux coups de tracteur dans la caravane, disons que le premier était involontaire, on a plus de mal à le croire pour le second. »

Pour lui, c’est ce qui a tout déclenché. « Celui qui s’est accroché au tracteur avait son petit-fils dans la caravane et il a eu peur de le voir écraser, il voulait juste couper le moteur. » Une plainte devrait être déposée par la famille.

Selon le propriétaire, les gens du voyage ont détruit la barrière de sa propriété.
Selon le propriétaire, les gens du voyage ont détruit la barrière de sa propriété.

Déplacés à Saint-Martin-Longueau dans la nuit des faits pour apaiser les tensions, les gens du voyage disent être toujours sous le choc. « Tout le monde est encore touché, je n’avais jamais vu ça, soupire une femme. Je comprends que la situation lui déplaise mais ce n’est pas la violence qui peut régler ces problèmes. Pourquoi ne s’est-il pas écarté des arbres ? Il a voulu le tuer. »

L’émotion est aussi vive chez Sylvain, l’agriculteur. S’il a un cocard à l’œil droit, signe des tensions qui se sont poursuivies ce lundi soir jusqu’à l’arrivée des gendarmes, c’est surtout le moral qui a pris un coup. « Psychologiquement, c’est dur. J’ai été menacé de mort, de voir ma maison brûler, souffle-t-il. Je n’ai même pas vu tomber cet homme, j’étais en panique. »

«Il faudra démêler le vrai du faux»

Une enquête du parquet de Compiègne a été confiée à la gendarmerie d’Estrées-Saint-Denis pour violence avec arme. « Il faudra démêler le vrai du faux et comprendre qui a fait quoi, détaille un militaire. Si on écoute les premières versions, c’est une tentative d’homicide ou un accident. La vérité serait plutôt à chercher entre les deux. »

Le Parisien