Ikea France : 1 million d’euros d’amende pour espionnage de centaines de salariés

La filiale française d’Ikea et ses dirigeants de l’époque étaient accusés de s’être illégalement renseignés sur les antécédents judiciaires de centaines de salariés, leur train de vie ou encore leur patrimoine.

Elle était accusée aux côtés d’anciens responsables d’avoir illégalement espionné plusieurs centaines de salariés depuis 2002. Mardi 15 juin, la filiale française d’Ikea a été condamnée à une amende de 1 million d’euros pour recel de collecte de données à caractère personnel. Son ancien PDG, entre 1996 et 2009, Jean-Louis Baillot, a, quant à lui, été condamné à deux ans de prison avec sursis et à une amende de 50 000 euros. Une décision en dessous des réquisitions du parquet, qui avait requis 2 millions d’euros d’amende contre la filiale en France du groupe suédois de l’ameublement et un an de prison ferme contre l’ancien PDG. L’avocat de M. Baillot, MFrançois Saint-Pierre, a fait savoir à l’issue de l’audience qu’ils envisageraient un appel.

Pour sa part, Jean-François Paris, l’ancien « Monsieur Sécurité » d’Ikea France de 2002 à 2012, qui a reconnu à la barre des « contrôles de masse » d’employés, a été condamné à dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis et 10 000 euros d’amende. Dariusz Rychert, directeur financier de la filiale de 2009 à 2014, est condamné à un an d’emprisonnement avec sursis et 10 000 euros d’amende. Le successeur de M. Baillot, Stefan Vanoverbeke, PDG d’Ikea France de 2010 à 2015, a, pour sa part, été relaxé, comme l’avait demandé la procureure, car il n’y avait pas d’« élément matériel » à son encontre.Lire aussi : Ikea : MM. Paris et Fourès, les deux rouages de la surveillance généralisée

Un « système de surveillance »

Durant les deux semaines d’un procès parfois houleux qui s’est tenu dans les Yvelines, Ikea France a été jugé aux côtés de quinze autres prévenus, anciens dirigeants de l’entreprise, directeurs de magasins, fonctionnaires de police et patron d’une société d’investigations privée. Ils se sont renvoyé la responsabilité des accusations, dont la collecte et la divulgation illicite d’informations personnelles ou la violation du secret professionnel.

Révélée par la presse puis instruite à partir de 2012, cette affaire a mis au jour, selon l’accusation, « un système de surveillance » d’employés et de clients. Ikea France et ses dirigeants de l’époque étaient accusés de s’être illégalement renseignés sur leurs antécédents judiciaires, leur train de vie ou leur patrimoine, par l’intermédiaire d’une société « en conseil des affaires » Eirpace, qui aurait extrait ces données confidentielles de fichiers de police.

Ingka Group, qui regroupe environ 90 % des magasins Ikea sous franchise dans le monde, a assuré prendre « très au sérieux la protection des données des salariés et des clients ». « Nous allons maintenant examiner en détail la décision du tribunal et déterminer si et où des mesures supplémentaires sont nécessaires », a ajouté le groupe. La filiale Ikea France n’a pas précisé si elle ferait appel ou non de sa condamnation.

Le Monde