Île-de-France : “On vit ici, on bosse ici, on reste ici !”, 300 travailleurs migrants en grève

Depuis le début de la semaine, 300 travailleurs sans-papiers sont en grève en région parisienne. Après avoir travaillé en première ligne pendant la crise sanitaire, ils exigent d’être régularisés, et se battent pour des conditions de travail dignes, ainsi que le respect et l’égalité avec les autres salariés.

Depuis le début de la semaine, 300 travailleurs sans-papiers sont en grève en région parisienne. Après avoir travaillé en première ligne pendant la crise sanitaire, ils exigent d’être régularisés, et se battent pour des conditions de travail dignes, ainsi que le respect et l’égalité avec les autres salariés.

Depuis le 25 octobre, plus de 300 travailleurs et travailleuses sans titre de séjour sont en grève pour réclamer leur régularisation. Ils travaillent dans des secteurs différents, ils sont plongeurs au Café Marly, livreurs Stuart des Monoprix parisiens, Éboueurs de SEPUR, intérimaires ouvriers du bâtiment et des travaux publics, manutentionnaires, jardiniers, éboueurs, ouvriers du routage des entreprises Adequat, Créneau-man BTP, Job Center, Man Power, Planett intérim, Proman, Start People, Targett pour les grands groupes du BTP (Eiffage, Bouygues, GCC, Vinci..), de la propreté et du traitement des déchets (Nicolin, Suez, Veolia), de la presse France Routage, comme l’explique un tract CGT.

Les grévistes sont répartis sur une dizaine de piquets de grève pour revendiquer leurs droits à être régularisés et traités à égalité avec les autres travailleurs. Ils dénoncent les discriminations et leurs conditions de travail précaires alors qu’ils ont été en première ligne pendant la pandémie.

Une grève pour des papiers et pour le respect

Sur le piquet de Créneau – Man BTP, intérim en bâtiment, les grévistes expliquent au micro de Révolution Permanente la réalité de leurs conditions de travail et la discrimination subit : « Nous les travailleurs sans papiers, nous ne sommes pas calculés, nous ne sommes pas respectés, que ce soit dans nos agences d’intérim, sur nos lieux de travail, sur la fiche de paye. On a pas le droit aux mêmes normes que les autres.On travaille sous la pluie avec des habits mouillés, on se change dans des espaces qui sont différents de ceux des travailleurs qui ont des papiers, on a pas de chauffage, mais malgré cela, on accepte parce qu’on a pas le choix. »Tous le répètent : « On est en grève parce qu’on veut être régularisé, on veut les mêmes droits que tout le monde.  » C’est aussi un droit à du respect, à une vie digne qui est exigée : « On veut être considéré comme des êtres humains » poursuit Issa. Un collègue le complète : « C’est comme si nous vivions en prison, nous pouvons marcher comme les autres, regarder comme les autres, mais nous ne pouvons pas espérer comme les autres ».

Une première et deuxième ligne pendant le confinement qui entre en lutte

Les grévistes évoquent également l’absence totale de formation et le non respect des dispositions de la convention collective pour les travailleurs sans papiers, Souleymane insiste là dessus : « on a pas les mêmes droits que ceux qui ont des papiers alors que nous cotisons comme tous les travailleurs ». Cette situation les maintient à une rémunération qui n’évoluera jamais. Ils rappellent que pendant le confinement, ils n’ont pas pu avoir le chômage partiel et n’ont pu compter que sur la solidarité familiale pour survivre : « pendant que certains se protégeaient du covid en restant à la maison, nous on était en train de construire les logements, de travailler, des logements auxquels par ailleurs nous n’avons pas accès ».

Lock-out patronal, piquets évacués par la police : la grève fait face à la répression

Il n’aura pas fallu longtemps pour que la répression pointe son nez. Sur le piquet de Créneau – Man BTP, l’employeur a fermé les grilles de l’agence volontairement alors que les grévistes tiennent un piquet non contraignant en laissant entrer les non-grévistes. La direction, tout en fermant elle-même les portes, accuse les grévistes de porter atteinte à la liberté du travail par leur mobilisation…Un communiqué de la CGT en date du 26 octobre fait état de la répression et de l’évacuations d’autres piquets : « Nous condamnons avec la plus grande fermeté le fait que des piquets de grève aient été délogés par la police sans même que les employeurs n’en aient fait la demande et alors que des négociations étaient en cours  »

Des victoires arrachées dans plusieurs lieux

Ces deux jours de grève ont permis des avancées pour une partie des grévistes à l’image des travailleurs de Créneau – Man BTP qui ont signé un protocole avec l’employeur, Ce dernier s’engageant à leur fournir les documents nécessaires à la régularisation. Une victoire partielle dans la mesure où les travailleurs concernés devront encore affronter l’épreuve de la demande en préfecture.

Pour soutenir la grève et les grévistes qui réclament leur régularisation, notamment par la fourniture par l’employeur de CERFA et attestations de concordance, il y une caisse de grève et une possibilité de faire des dons par chèque à Union régionale Ile-de-France CGT, 263 rue de Paris – Case 455, 93 514 Montreuil CEDEX en mentionnant au dos « Grève des travailleuses et travailleurs sans papiers ».

Révolution Permanente