In Memoriam : 25 novembre 2007, Anne-Lorraine Schmitt tuée de 34 coups de couteau dans le RER D

En ce dimanche 25 novembre 2007, Philippe Schmitt guette depuis la passerelle qui surplombe la gare de la Borne-Blanche, à Orry-la-Ville, l’arrivée de sa fille. Vers 10h30, le RER D en provenance de Paris fait son entrée sur le quai. Les portes s’ouvrent, mais aucune trace d’Anne-Lorraine. Il ne le sait pas encore mais, à l’intérieur d’une des rames, gît le corps lardé de 34 coups de couteau, dont 16 en pleine poitrine, de la jeune étudiante en journalisme de 23 ans.

En attendant le père s’inquiète. Pas le genre d’« Anne-Lo » d’arriver en retard sans prévenir. Mais sa fille reste injoignable. Alors, il enchaîne les coups de téléphone, contacte les gendarmes. Dans l’après-midi, ces derniers lui demandent d’aller au commissariat de Creil. À l’hôtel de police, il est accueilli par le substitut du procureur, qui lui annonce la terrible nouvelle. « C’est quelque chose qui restera gravé en moi toute ma vie », souffle Philippe Schmitt.

Cette histoire, c’est celle d’une étudiante qui a croisé la route de Thierry Devé-Oglou, 44 ans au moment des faits et déjà condamné pour un viol commis en 1995 dans une rame de ce même RER D. Ce jour-là, Anne-Lorraine rentre au domicile parental et se trouve seule dans le compartiment quand l’homme se présente. Il tente alors de la violer sous la menace d’un couteau, mais la jeune femme se défend et réussit à retourner la lame contre son agresseur, le blessant à une cuisse. Mais ce dernier prend le dessus et s’acharne contre sa victime, dont le corps ensanglanté sera retrouvé à Creil, terminus du train.

« Pas le choix, il faut avancer »

Au lendemain du meurtre, pour lequel Thierry Devé-Oglou sera rapidement identifié et condamné à la perpétuité en 2010 par la cour d’Assises du Val-d’Oise, l’émotion était palpable à Orry-la-Ville. « Tout le monde était choqué, car elle était d’ici et, surtout, elle était très jeune », se souvient Christiane.

« Perdre un enfant, c’est déjà très difficile mais dans ces circonstances-là, je ne peux même pas l’imaginer, commente un commerçant. Après, les parents sont restés très dignes dans leur douleur. Ils sont très croyants, ça les a peut-être aidés à surmonter ce drame. »

Orry-la-Ville, jeudi 27 mai 2021. L'esplanade menant à la médiathèque a été nommée en hommage à la victime. L'inauguration a lieu ce vendredi soir.

Orry-la-Ville, jeudi 27 mai 2021. L’esplanade menant à la médiathèque a été nommée en hommage à la victime.

Il y a le travail, aussi. Huit jours après les faits, Philippe Schmitt, officier dans l’Armée de terre – aujourd’hui à la retraite – retrouve ses camarades et constate « que la solidarité d’armes est une réalité ». Son épouse, Élisabeth, se fera embaucher à un poste de documentaliste. « C’était impossible pour moi de rester seule à la maison, il me fallait un moyen d’arrêter de penser », confie-t-elle.

Un fait divers devenu politique

Cette histoire, c’est également celle d’un fait divers devenu politique. À l’époque, de nombreuses voix s’élèvent à droite et à l’extrême droite pour dénoncer « une défaillance » et le « laxisme » de la justice. Condamné pour viol à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, en février 1996, Thierry Devé-Oglou est sorti un an plus tard. « Une décision irresponsable », commente aujourd’hui Philippe Schmitt. Une prise de position médiatique concernant la récidive qui lui valut à l‘époque d’être affiché sur le « mur des cons » du Syndicat de la magistrature.

« Ce qu’ils ont fait est honteux et insupportable pour une famille de victime », souligne-t-il. Après sept ans de procédure contre la présidente du syndicat, la Cour de cassation a confirmé, en janvier dernier, sa condamnation pour injures publiques. Mais ce vendredi, l’essentiel est ailleurs pour les époux Schmitt et leurs enfants, qui rendront hommage à cette jeune femme « brillante », « à l’écoute des autres », « engagée » et « dotée d’une foi profonde ».

« Cette esplanade, c’est un endroit de vie pour montrer que la mort n’a pas gagné », souligne Nathanaël Rosenfeld, qui fera également installer une grande plaque commémorative sur un mur. Pour que personne n’oublie « l’enfant d’Orry ».