In memoriam Gilles Soulas, agence tous risques de la droite nationale (Màj)

Par Gabriele Adinolfi

Nous nous étions certainement croisés avant mon retour en Italie, en 2000, suite à la prescription de ma peine. Mais le souvenir le plus lointain que j’ai de nos rencontres date d’un an plus tard. Tu avais organisé à Versailles une réunion où il y avait des stands identitaires, skins, monarchistes, nationalistes-révolutionnaires… une kermesse typiquement française qui, en Italie, serait malheureusement impossible compte tenu de notre état d’esprit local. Nous avons tout de suite sympathisé et tu m’as demandé d’intervenir à la tribune pour parler de la situation dans mon pays ainsi que des mésaventures politico-judiciaires que je venais de vivre.

Tu me proposas même aussi de publier dans la maison d’édition que tu dirigeais alors, un livre sur l’histoire italienne des années 1970. C’est ainsi, grâce à toi, que germa l’idée d’écrire mon premier livre édité en France : Nos belles années de plomb qui eut un grand succès.

Soudainement tu m’as signé un chèque en guise d'”avance”. Je ne savais pas pourquoi, mais tu m’as dit que c’était comme ça. Peu de temps après, tu t’es excusé de ne pas pouvoir me payer les royalties (je ne savais pas que chez vous ça se faisait !) et que tu le feras le plus tôt possible. Ensuite, tu as dû fermer la librairie et te consacrer à d’autres activités. Visiblement, je devais me résigner à renoncer à une juteuse carrière d’auteur en France…  

Et douze ans plus tard, je dis bien douze ans plus tard, nous nous sommes croisés par pur hasard dans une rue près du métro Alésia. Tu m’as proposé de venir te rendre visite dans la boutique d’objets historiques que tu avais ouverte non loin de là. À peine arrivé, tu m’as signé d’emblée un autre chèque pour payer la dette de droits d’auteur que tu prétendais avoir avec moi et tu t’es excusé pour le retard. J’étais sans voix.

Il y a deux ans, tu es venu avec ton épouse Louise en Provence assister à la réunion d’été des Lansquenets d’Europe et tu as immédiatement pris part à l’organisation de cette rencontre. C’était normal puisque tu es né avec les qualité d’un chef.

Lorsque nous avions choisi le titre de mon livre, je ne me suis pas rendu compte, parce que je ne te connaissais pas encore assez, que tu aurais presque pu parler mieux que moi de ces années de plomb puisque tu étais allé combattre au Liban, quand tu avais vingt ans, avec cet esprit gascon et fou qui caractérise parfois les Français et que l’on retrouvait aussi, à cette époque, en Italie.

Tu étais un combattant, un guerrier et un parfait organisateur des services d’ordre. Tu as été en première ligne, physiquement et dans l’organisation concrète, dans les heurts avec la police ou les gauchistes, d’Ordre nouveau au début des années 1970, jusqu’à La Manif pour tous et les Gilets jaunes plus récemment.

Tu n’as jamais mentionné tout cela, et je n’en suis pas surpris. Je sais, par ma longue expérience, que ceux qui agissent vraiment se taisent le plus souvent car ils sont discrets et modestes. Ce sont les autres, ceux qui se contente d’observer, qui en rajoute et se montrent, laissant ainsi croire qu’ils ont un rôle important. Ils mentent en espérant obtenir une considération qu’ils sont incapables d’avoir. Ceux qui sont solides, en revanche, n’en ont pas besoin et ils évitent la flatterie plébéienne. Tu as toujours été de ceux-ci.

Tu as été parmi les promoteurs et les organisateurs de la Nouvelle Librairie à laquelle tu laisseras un vide que personne ne pourra combler. Tu as été tout : guerrier, éditeur, entrepreneur et homme de pensée

Après tout, tu t’appelles Gilles, exactement comme le personnage du roman dans lequel Pierre Drieu la Rochelle se rend compte qu’il est fasciste, se définit comme tel et rompt avec l’intelligentsia bourgeoise. Le hasard, aimons-nous à dire, n’existe pas.

Arraché par la covid malgré ta trempe hors du commun, tu montes vers ces cieux qui auront du mal à être aussi solaires et souriants que tu l’as toujours été. Toi qui nous souriras, bien que nous ne le méritions pas trop, de ces “luceros” auxquels tu montes déjà “phalangistiquement” la garde !

Élevons nos cœurs, Gilles Soulas !

Synthèse nationale

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Éditeur, libraire, militant de toutes les causes, Gilles Soulas (1955-2021) nous a brutalement quittés au petit matin, en ce dimanche 26 septembre. À près de 70 ans, rien n’avait pourtant vieilli en lui. Au contraire, tout était clair, le regard, l’attitude, le visage. On n’est pas prêt de l’oublier.

Il était solide comme une poutre maîtresse. Il semblait indestructible. Les épaules taillées dans du chêne. Si quelqu’un n’avait pas besoin de rouler les siennes, c’était lui. Jamais il ne la ramenait, toujours taiseux sur ses nombreux faits d’arme. Mis bout à bout, ils étaient pourtant aussi épais que ceux d’un baroudeur, depuis le Liban, où il combattit en 1976 (Photo ci-dessus) aux côtés des Forces chrétiennes. Pas un mot plus haut que l’autre, sauf quand il fallait lever les poings pour s’interposer.

Sa démarche, lourde, puissante, athlétique, valait toutes les cartes de visite ; il fallait le voir arriver à la Nouvelle Librairie, au 11 de la rue de Médicis, toujours chargé, un carton de livres dans les bras, un rayonnage démonté dans son SUV, où il raccompagna, un soir mémorable de l’automne 2020, Jean Raspail chez lui, Louise, son épouse, littéralement ensevelie sous les livres qui débordaient de partout.

De la Librairie nationale à la Nouvelle Librairie

Jamais la Nouvelle Librairie n’aurait été ce qu’elle est devenue sans lui. Je crois qu’elle le rajeunissait et le ramenait un quart de siècle en arrière, en 1997, quand il a repris la librairie de L’Æncre, rue de la Sourdière, au cœur de Paris. C’est à ce moment que nous nous sommes rencontrés. Avant d’en faire la future Librairie nationale, maison éditrice de Jean-Claude Valla et de Guillaume Faye, ancêtre de la Nouvelle Librairie, L’Æncre était en quasi-faillite, avec des ardoises un peu partout, dont une très, très grosse aux éditions de l’Âge d’Homme, des paquets de livres impayés, du général Gallois, de Julius Evola, de Vladimir Volkoff et j’en passe. Pas de quoi entamer une relation du bon pied. Eh bien, celui qui était encore Soulas pour moi a d’emblée réglé cette dette comme on règle une dette d’honneur, histoire de remettre les compteurs à zéro et de repartir sur de bonnes bases. Ni lui ni moi n’avons eu à nous en plaindre.

La hure de Gilles

On s’est retrouvé en 2018, quand notre bande a lancé la Nouvelle Librairie. Il lui a apporté son soutien inconditionnel, son expérience, son imagination, sa prodigieuse activité, ses contacts sans nombre, son amitié. La hure de sanglier – celle qui trône dans la boutique de la rue de Médicis, tout Gilles Soulas – c’est lui qui l’a déposée (et posée).

Il était entrepreneur dans l’âme, homme lige de quantité de structures, ici cheville ouvrière, là maître d’œuvre. Joignable H24, dès qu’il s’agissait de la cause. Il appartenait à la classe d’élite du militantisme, les prétoriens, les preux, le dernier carré – ou le premier. Le militantisme ainsi conçu, c’est la dernière chevalerie – ou les prémices de sa renaissance. Toujours en première ligne, non pas seulement pour aller au combat, mais aussi, mais plus encore pour descendre dans la salle des machines, où d’ordinaire on ne se presse pas. Toujours servir, quoi qu’il en coûte, quoi qu’il advienne : il n’y a que l’esprit d’adolescence, que l’esprit de jeunesse susceptible de porter tout au long de l’existence cet idéal. Les nés vieux, les secs au berceau, les avares au rabais ne pourront jamais comprendre.

Les livres dans la peau

Il aimait passionnément les livres, en bibliomane et en soldeur, j’allais dire presque en chiffonnier d’antan (qu’on me pardonne l’expression, elle vaut éloge sous ma plume – les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ce qu’a été l’économie du livre dans les âges antérieurs : une affaire de bricoleurs, de fous, de risque-tout). Je n’ai connu une telle passion du livre que chez Vladimir Dimitrijević, le patron de l’Âge d’Homme. Tous les deux étaient toujours fourrés chez Emmaüs, filaient un jour en province récupérer une bibliothèque, achetaient le lendemain dix cartons chez un grossiste. Le collectionneur faisait relier les livres, le soldeur ne voulait pas qu’ils meurent au pilon.

Servir sans compter, la seule devise qui vaille

Combien de fois a-t-il assuré le SO de nos événements ? SO, service d’ordre : ces deux mots le résument à merveille. Je crois qu’on peut dire qu’on était avec lui en sécurité, dans toute la force du mot. La dernière fois que j’ai vu cette force à l’œuvre, c’était à Toulouse, le 12 février 2020, lors d’une conférence organisée par le cercle des Capitouls attaquée par les antifas. Pas trop de dégâts, mais des images impressionnantes. Comme j’intervenais soir-là, mon attention était tournée ailleurs. Mais au vu des vidéos qui ont ensuite circulé, Sixtine Jeay, la codirectrice de la librairie et de ses éditions, qui en connaît un rayon en matière d’autodéfense, elle qui a été championne de France de box thaï, m’a dit avoir été impressionnée par le sang-froid de Gilles. Je veux bien la croire. Il nous aura tous impressionné. Lui, son sang-froid, son inébranlable solidité.

On s’était promis une chose que tu ne verras malheureusement pas, Gilles ! Une deuxième dédicace Zemmour, quatre ans après la première, qui a tenu lieu pour nous d’inauguration en grande pompe de la Nouvelle Librairie, où tu aurais assuré la sécurité et fait la nique aux journalistes, en particulier à ces corniauds de Quotidien. Je ne sais pas si on la fera, cette dédicace, mais si tel devait être le cas, je te promets qu’on ne les loupera pas.

Toute notre affection, notre peine et notre amitié à ton épouse, Louise et aux tiens. Adieu, camarade !

Ma jeunesse se souvient.

… de Gilles S passant en revue sa bande – notre bande – juvénile et politisée dans le hall d’Assas, avec sa blondeur, son perfecto, ses Santiags, blouson noir français et engagé, avec le courage et la gouaille qui vont avec. Comme j’ai aimé ce folklore idéaliste et dangereux dont il était une figure rassurante de force maîtrisée….

Après ces jours et ces nuits électriques d’Assas et de ses environs, je l’ai revu de loin en loin, toujours impliqué toujours tranquillement fort. Il vieillissait bien, avec ou sans perfecto, me disais-je. Aujourd’hui il ne vieillira plus, hélas… – Pierre Robin

Eléments