Inde : La pratique du selfie-qui-tue est une vraie tendance meurtrière

Le sous-continent asiatique enregistre près de la moitié des décès survenus dans le monde lors de la prise d’une photo avec un smartphone. Noyade, accident de train ou de voiture, chute vertigineuse… Le selfie devient un problème socio-culturel.

Rien qu’au premier trimestre 2021, “six personnes ont trouvé la mort en faisant un selfie” avec leur téléphone, et encore : la police précise qu’il s’agit d’un chiffre officiel qui cache “probablement” un bilan “bien plus élevé, peut-être des milliers”, rapporte le South China Morning Post. Le géant d’Asie du Sud-Est “le pays comptant le plus de smartphones par habitant, 760 millions cette année”, pour 1,38 milliard d’Indiens, indiquent les données collectées par la société Statista, si bien qu’il existe “une addiction socio-culturelle au selfie” dans le sous-continent.

Le journal de Hong Kong relève que, “dans le monde entier, le simple fait de se prendre en photo est devenu une activité qui met sa vie en danger, au point que certains la qualifient de killfie”, contraction des mots kill (“tuer” en anglais) et selfie. Mais ce fléau vaut aujourd’hui à l’Inde d’être surnommée la “championne du monde de la mort par selfie”. Début avril, deux adolescents se sont “noyés dans un étang en se photographiant à Agra”, la ville du Taj Mahal. À Bombay, un jeune homme a posté sur les réseaux sociaux “une vidéo le montrant en train de prendre des postures dangereuses” à travers la porte ouverte d’un train de banlieue, déclenchant “l’indignation nationale”.

Dans l’Orissa, un État de l’Est qui borde le golfe du Bengale, une femme de 27 ans s’est noyée dans une rivière “après avoir glissé en se prenant en selfie sur une aire de pique-nique”, tandis qu’un enfant de 13 ans est mort “carbonisé après s’être empêtré dans un fil électrique à haute tension” alors qu’il prenait des photos de lui sur le toit d’un train en marche. Il y a trois ans déjà, des chercheurs du réseau d’hôpitaux All India Institute of Medical Sciences avaient tiré la sonnette d’alarme après avoir découvert que “près de la moitié des décès dus à un selfie dans le monde entre 2011 et 2017 avaient été recensés en Inde”. Les autres pays les plus touchés sont la Russie, les États-Unis et le Pakistan.

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En Inde, la question des selfies est devenue tellement importante qu’“une application a été créée pour indiquer au grand public les sites les plus dangereux”. Elle a été baptisée Saftie, un jeu de mots entre selfie et safety (“sécurité”). Son inventeur, un enseignant de Delhi, avait cosigné en 2016 un livre sur le sujet : Me, Myself and My Killfie : Characterizing and Preventing Selfie Deaths (“Moi, moi-même et mon killfie : caractériser et prévenir les décès par selfie”). Dans le même esprit, un entrepreneur spécialisé dans le numérique a lancé SelfieToDieFor (“Les selfies qui tuent”), un mouvement destiné à provoquer “une prise de conscience des risques pris par les Indiens”.

La compagnie nationale des chemins de fer, Indian Railways, a lancé de son côté le mot dièse #SelfieSafety à titre préventif, “tout en annonçant que toute personne à l’origine de nuisances pour prendre un selfie aurait désormais droit à une amende”. La ville de Bombay et l’État touristique de Goa ont quant à eux “interdit la pratique du selfie dans les zones les plus fréquentées” du bord de mer.

SCMP