Inflation : La tempête à venir sur les produits alimentaires est déjà en vue

Déjà entamé par la flambée des prix de l’énergie, le pouvoir d’achat des Français pourrait souffrir dans les semaines à venir d’une augmentation des prix de l’alimentation. L’association Familles rurales publie vendredi 21 janvier son Observatoire des prix 2021, que La Croix présente en exclusivité.

« Le calme avant la tempête ! » C’est ainsi que l’association de consommateurs Familles rurales évoque la situation des prix alimentaires alors qu’elle publie ce 21 janvier son quinzième Observatoire des prix. « À 2 % selon l’Insee, la hausse des prix de l’alimentation a été stable ou très légère ces deux dernières années, explique Dominique Marmier, président de Familles rurales. À l’exception notable des fruits et légumes qui ont flambé de 9 %, alors que ce sont des aliments indispensables pour la santé. »

Mais la tempête à venir est déjà en vue. « Le porte-monnaie des consommateurs le ressent et fait face dès ce mois de janvier à une véritable flambée du prix des produits essentiels : farine, pâtes, pain, céréales notamment », relève l’association.

Toutes les planètes alignées

Selon de nombreux acteurs de la filière, le contexte a rarement été aussi explosif. « Nous nous dirigeons vers un printemps rouge, observe Olivier Dauvers, éditeur et spécialiste de la grande distribution. C’est la première fois que toutes les planètes sont à ce point alignées : non seulement le prix de la plupart des matières premières agricoles de base bondit, que ce soit pour des raisons climatiques ou de spéculation sur les marchés, mais tous les coûts industriels aussi, des emballages à l’énergie en passant par le transport. »

Devant la commission des affaires économiques du Sénat, Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des magasins Leclerc, a affirmé le 19 janvier que le risque d’un « mur d’augmentations » existait bel et bien. Des hausses de prix qu’il affirme ne pas vouloir imposer à ses 18 millions de clients.

Demandes de hausses tarifaires

C’est dans ce contexte que se déroulent les négociations annuelles, très tendues, entre industriels de l’agroalimentaire et enseignes de distribution, qui doivent s’achever le 1er mars. L’industrie agroalimentaire et les fabricants de produits de grande consommation arrivent avec des demandes de hausses tarifaires.

L’Institut de liaisons et d’études des industries de consommation (Ilec), qui regroupe quelque 90 grandes marques nationales et internationales, a fait une étude interne qui montre qu’en moyenne les entreprises interrogées demandent une augmentation de 6 %, et même de 7 % pour 25% d’entre elles. « C’est deux à trois fois plus que les années précédentes, alors que nos demandes de hausse ont été refusées depuis huit ans », noteRichard Panquiault, directeur de l’Ilec. Nos « 15 000 entreprises ne pourront survivre à une neuvième année de déflation », prévenait de son côté l’Association nationale des industries alimentaires en décembre.

Egalim 2

L’application de la loi Egalim 2 complique aussi ces négociations car elle impose aux industriels et aux distributeurs de payer le juste prix aux agriculteurs. « Cette loi est bienvenue pour préserver le revenu de ces derniers, estime Olivier Dauvers. Mais elle a été décidée à un moment où personne n’imaginait une telle reprise de l’inflation. » De ce fait, les distributeurs négocient durement les autres coûts de production…

Au final, personne n’imagine que les consommateurs échapperont à une hausse plus ou moins importante de leurs dépenses alimentaires. Avec sans doute des conséquences sur le remplissage des paniers des personnes les plus modestes. Lorsque les magasins Leclerc ont appliqué à l’automne une hausse tarifaire de 20 % sur les marques nationales de pâtes et de 30 % sur sa marque de distributeur, les ventes auraient reculé… de 20 %. Selon Michel-Édouard Leclerc, les articles « premier prix » reviennent en force dans la grande distribution.

Une grande frustration

Une inflation sensible des prix de l’alimentaire entraînerait en tout état de cause une fragilisation du pouvoir d’achat de nombreux Français. « On sait depuis longtemps que le poste des dépenses alimentaires pèse davantage sur les ménages les plus modestes, note Philippe Moati, professeur d’économie et cofondateur de l’Observatoire société et consommation (Obsoco). Il pèse d’autant plus sur le ressenti du pouvoir d’achat qu’il s’agit de dépenses du quotidien. »

Selon des observateurs du secteur, une évolutionà la hausse pourrait d’ailleurs freiner, à court terme, la tendance à choisir des aliments de meilleure qualité. « Avec une frustration d’autant plus grande pour les plus précaires que tout le monde trouve normal aujourd’hui de manger sain », poursuit Philippe Moati. À noter d’ailleurs que dans son Observatoire, Familles rurales demande l’instauration d’un chèque « fruits et légumes » de 150 € pour les familles de 4 personnes aux budgets les plus modestes.

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De 696 à 1 148 € de dépenses mensuelles

Familles rurales a relevé les prix d’un panier de 97 produits de consommation courante dans près de 150 magasins : hypermarchés, supermarchés, enseignes de type hard-discount et spécialistes du bio. Quatre relevés ont été réalisés entre février et octobre 2021.

La dépense mensuelle moyenne pour une famille de 4 personnes s’élève à 696 € avec des produits de premiers prix, 765 € avec des marques nationales, et 1 148 € pour le bio.

C’est dans les enseignes de type hard-discount que le panier est le moins cher : 9 % de moins qu’en hyper et 12 % de moins qu’en super.

La Croix