« Invisibles, les travailleurs du clic », sur France 5 : derrière nos applications, l’esclavage moderne

Livreurs, microtravailleurs, modérateurs des réseaux sociaux… Le documentaire « Invisibles, les travailleurs du clic » fait la lumière sur les hommes et les femmes surexploités dans notre société hyperconnectée. À voir lundi 11 avril, à 21 heures, sur France 5.

« Je suis devenu une machine. Mais au bout d’un moment, chaque machine tombe HS. » Sur son scooter, Zlat raconte son épuisement de livreur Uber Eats, à Lyon. Il est payé à la commande, qui parfois n’arrive pas. Livreurs, microtravailleurs, modérateurs des réseaux sociaux… Le réalisateur Henri Poulain donne la parole à ces « travailleurs du clic » : derrière les algorithmes se cachent des hommes et des femmes surexploités, souvent employés par des sous-traitants, et qui font tourner les applications et sites Internet de notre vie quotidienne.

En quatre parties, le documentaire Les Travailleurs du clic offre une prise de conscience magistrale, qui fait parfois frissonner. Pour souligner le cynisme d’une société tolérant cet esclavage moderne, chaque chapitre est introduit par deux acteurs au langage start-up, vantant ces conditions de travail médiocres. Sans intervention tierce et le regard face caméra, Zlat, Bilel, Nomena et d’autres égrènent ensuite les chiffres avec, en fond sonore, une musique lancinante.

200 € pour 48 heures travaillées

Zlat et Bilel travaillent soixante heures par semaine pour 400 €. À Madagascar, Nomena, elle, est « microtravailleuse ». Traitant des mails clients avec des réponses préen­re­gis­trées, elle travaille quarante-huit heures par semaine pour 200 €. L’omerta est aussi omniprésente : une interdiction paralysante de communiquer sur leur profession. Pour Chris Cray, modérateur irlandais pour une entreprise sous-traitante de Facebook, les traumatismes sont nombreux et la description de certaines images qu’il a dû traiter fait horreur…

La lumière douce, les couleurs pastel atténuent la résignation et la désillusion de ces travailleurs, mais leur regard face caméra s’adresse sans détour au spectateur : ce ne sont plus les « sujets » d’un documentaire, mais des personnes qui retrouvent leur humanité. Rappelons qu’en 2021, l’Union européenne a déclaré vouloir introduire une « présomption salariale » en faveur des livreurs…

La Croix