Irlande du Nord : Émeutes à Belfast et Londonderry sur fond de tensions post-Brexit (Màj : Les heurts continuent depuis une semaine malgré les appels au calme)

08/04/2021

Malgré les appels au calme de Londres, Dublin et Washington, de nouvelles violences ont éclaté jeudi soir en Irlande du Nord. La province britannique est agitée depuis une semaine par des heurts comme elle n’en avait plus vus depuis des années. A Belfast, la police anti-émeute qui fait face aux manifestants républicains a reçu des pierres et cocktails Molotov alors qu’elle tentait d’empêcher la foule de se diriger vers ses homologues unionistes.

Cela fait une semaine que la province britannique est agitée par ces heurts inédits depuis 1998, à grand renfort de jets de projectiles vers les forces de l’ordre et véhicules incendiés, principalement dans des zones loyalistes à majorité protestante.

https://www.rts.ch/2021/04/08/21/59/12109911.image?w=1280&h=720

Ces violences, qui ont fait jusqu’ici plus de 50 blessés dans la police, font resurgir le spectre des 3500 morts survenues lors des trois décennies qu’ont duré les “Troubles” entre républicains, principalement des catholiques partisans de la réunification avec l’Irlande, et unionistes protestants, fervents défenseurs de l’appartenance au Royaume-Uni.

Appels au calme

Ces nouveaux heurts ont éclaté malgré les appels au calme plus tôt dans la journées des Premiers ministres britannique et irlandais, joignant leurs voix à celles des dirigeants d’Irlande du Nord, unionistes comme républicains, pour condamner ces “inacceptables” violences, dans un contexte de tensions et d’amertume dans le sillage du Brexit.

Avant une séance extraordinaire du Parlement local, le gouvernement nord-irlandais, composé d’unionistes et de républicains, a publié un communiqué commun pour dénoncer des violences “complètement inacceptables et injustifiables, quelles que soient les inquiétudes”, appelant à cesser “les attaques contre la police, les services publics et les communautés”.

Boris Johnson, qui a dépêché sur place son ministre de l’Irlande du Nord Brandon Lewis, s’est entretenu dans l’après-midi avec son homologue irlandais, Micheal Martin.

“Paix en surface”

La tension était déjà palpable à Belfast en fin de journée, malgré le calme apparent. Des adolescents entassaient déjà des briques dans un chariot de supermarché, avait constaté un journaliste de l’AFP.

Depuis l’accord du Vendredi Saint règne une “paix en surface”, avance néanmoins Fiona McMahon, une habitante de 56 ans. “C’est profondément enraciné, ce n’est pas seulement à cause du Brexit”, poursuit-elle, estimant qu’à Londres, le Premier ministre britannique Boris Johnson n’en a “rien à faire d’ici”.

La question du Brexit

Le Brexit est venu fragiliser le délicat équilibre dans la province, en nécessitant l’introduction des contrôles douaniers entre Royaume-Uni et Union européenne.

Destinés à éviter le retour d’une frontière physique entre la province britannique et la République d’Irlande, membre de l’UE, les contrôles se tiennent dans les ports nord-irlandais. Malgré une période de grâce pour permettre aux entreprises de s’adapter, ces nouvelles dispositions perturbent les approvisionnements et sont dénoncées par les unionistes comme une frontière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, et une trahison de la part de Londres.

RTS

____________

04/04/2021

La police nord-irlandaise a déclaré dimanche avoir fait l’objet d’une « attaque orchestrée » et avoir arrêté un homme lors d’une nouvelle nuit de violences dans la province britannique, dans un contexte de tensions exacerbées après le Brexit. L’Irlande du Nord est en proie à des violences dans toute la région depuis une semaine.

« La nuit dernière, des gens sont de nouveau descendus dans les rues d’Irlande du Nord pour manifester violemment », quand 20 à 30 personnes se sont rassemblées samedi soir à Newtownabbey, dans la banlieue nord de Belfast, a déclaré un responsable de la police nord-irlandaise, Davy Beck, dans un communiqué.

« Au total, 30 cocktails Molotov ont été jetés sur la police et trois véhicules […] ont été incendiés », a-t-il ajouté. « C’était une attaque orchestrée contre la police ». Un homme de 47 ans a été arrêté et demeurait en garde à vue dimanche.

Mécontentement croissant

Vendredi, quinze officiers ont été blessés dans le quartier de Sandy Row, à Belfast, lorsqu’une manifestation locale a dégénéré en émeute. Selon la police, les émeutiers les ont attaqués avec des pierres, des barres de métal, des feux d’artifice et des plaques d’égout.

Sept personnes ont été arrêtées et inculpées, dont deux mineurs de 13 et 14 ans. Douze officiers ont également été blessés lors de la cinquième nuit consécutive d’émeutes, vendredi, à Londonderry. Samedi, d’autres partis politiques ont reproché au Parti unioniste démocratique (DUP) de la Première ministre d’Irlande du Nord, Arlene Foster, d’attiser les tensions par son opposition farouche aux nouvelles dispositions commerciales.

“Par leurs paroles et leurs actes, ils ont envoyé un message très dangereux aux jeunes des zones loyalistes”, a déclaré Gerry Kelly, membre du parti pro-irlandais Sinn Fein, qui partage le pouvoir avec le DUP, dans un communiqué.

Christopher Stalford, membre du DUP, a déclaré que les émeutiers “agissaient par frustration” après que les procureurs ont choisi de ne pas inculper de membres du Sinn Fein la semaine dernière pour des violations présumées des restrictions mises en place pour lutter contre l’épidémie de COVID-19.

La région reste profondément divisée selon des lignes sectaires, 23 ans après qu’un accord de paix a mis fin à trois décennies de violences. De nombreux nationalistes catholiques aspirent à une unification avec l’Irlande, tandis que les unionistes protestants veulent rester dans le Royaume-Uni.

Le responsable policier a appelé à l’arrêt des violences. « Personne ne veut retourner à la période sombre où les émeutes étaient monnaie courante dans les rues d’Irlande du Nord », a-t-il dit.

Samedi, le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord et la police avaient déjà appelé au calme au lendemain d’incidents violents à Londonderry (nord) et dans un quartier loyaliste de Belfast, au cours desquels plusieurs policiers ont été blessés. Ils interviennent dans un contexte de mécontentement croissant en Irlande du Nord au sujet des conséquences du Brexit, pleinement mis en œuvre depuis le 1er janvier.

Les unionistes, partisans du maintien dans le Royaume-Uni, rejettent le protocole négocié entre Londres et Bruxelles qui introduit des contrôles sur les marchandises arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne. Ce protocole est destiné à éviter le retour d’une frontière entre la province britannique et la République d’Irlande (membre de l’UE) qui risquerait de fragiliser la paix conclue en 1998, après trois décennies de troubles meurtriers.

Sud-Ouest