Irlande : L’émigration des années 50 serait la cause du nombre relativement faible de décès liés au Covid

Des centaines de milliers d’habitants ont quitté le pays pour l’Angleterre dans les années 1950 et 1960. S’ils n’avaient pas émigré, ces Irlandais, aujourd’hui âgés, auraient saturé un système de santé déjà en grande difficulté, assure le journaliste David McWilliams.

“La majorité des vieux Irlandais morts du Covid-19 ont probablement rendu leur dernier souffle en Angleterre.” D’emblée, le journaliste David McWilliams résume les raisons du bilan “relativement bas” enregistré par son pays depuis le début de la pandémie. Selon lui, si le système de santé irlandais a jusqu’à présent évité la submersion, les explications sont à chercher du côté des vagues d’émigration. Et non des confinements successifs.

“L’Irlande est le pays d’Europe où la proportion de personnes âgées de plus de 65 ans est la plus faible, développe-t-il. Dans les années 1950, un demi-million de personnes ont quitté l’Irlande, puis 300 000 de plus au cours de la décennie suivante. Rares sont les familles en Irlande à ne pas avoir un oncle ou une tante à Manchester, Coventry ou Londres.” Et d’insister :

Ces émigrés sont aujourd’hui âgés, et s’ils n’étaient pas partis, nombre d’entre eux seraient aujourd’hui en réanimation.”

Et d’insister : Au fond, ironise-t-il, “nos hôpitaux ont été sauvés par le service de santé britannique plutôt que par les confinements censés leur éviter d’être débordés”.

Où va l’argent du service de santé ?

Une fois ce constat posé, David McWilliams souligne un paradoxe étrange. Malgré la part relativement faible de personnes à risque au sein de sa population, l’Irlande a connu l’un des confinements les plus stricts et les plus longs du continent. “Les magasins non essentiels ont été contraints de fermer pendant 231 longs jours, calcule-t-il, contre 173 jours au Royaume-Uni et 47 jours au Danemark.

Comment l’expliquer ? Pourquoi a-t-il fallu protéger le système de santé pendant aussi longtemps, alors que le pays est doté d’une population si jeune ? “Ce n’est pas une question de dépense, balaie le journaliste. L’Irlande injecte chaque année l’équivalent de 4.613 euros par personne dans le système de santé, soit le troisième montant le plus élevé de l’UE, derrière la Suède et l’Allemagne.”

Et pourtant, grince-t-il, “nous n’avons que 5 lits de réanimation pour 100.000 habitants contre 35 pour 100.000 en Allemagne. Et nous comptons au final davantage de morts (957 décès par million d’habitants, 4.732 au total) que le Danemark (418 par million d’habitants, 2.434 au total), où le confinement a duré cinq fois moins longtemps.” Où va l’argent ? Que se passe-t-il au sein du système ? Interroge David McWilliams.

Irish Times