Islamisme radical : La France est à la croisée des chemins

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Attentat après attentat, il devient évident que le pays des Lumières est une cible idéale pour l’islam radical, qui s’est donné pour mission de briser cette nation des droits de l’homme. La lutte pour défendre ses idéaux sera longue.

C’est un triste déjà-vu. En janvier 2015, plus de 4 millions de Français et de Françaises avaient manifesté pour montrer leur unité après l’attentat islamiste. Toute la France, à quelques rares exceptions près, était Charlie. Un nouveau slogan vient de naître de l’affirmation “Je suis Charlie” : “Je suis professeur.”

La Une du magazine Marianne du 21 octobre 2020

La décapitation bestiale du professeur d’histoire Samuel Paty a été ressentie comme une déclaration de guerre par de nombreux Français, comme une attaque contre le cœur de la République, l’école, au-dessus des portes de laquelle s’étale la même devise dans tout le pays : “Liberté, égalité, fraternité.”

Déjà-vu, ces milliers de personnes qui descendent dans la rue pour la liberté d’expression, même en cette période de pandémie. Déjà-vu également, les fleurs et les bougies déposées au pied de la statue de la place de la République à Paris, qui symbolise la République. Familiers aussi ces innombrables condamnations, appels, déclarations de solidarité émises par les personnalités politiques et les intellectuels. Tout le monde partage le même sentiment : ça suffit.

Ça suffit

Le président Macron a déclaré vendredi que la nation devait faire bloc et ajouté : “Ils ne passeront pas.” Dans cette phrase résonne le “No pasarán” de la guerre d’Espagne mais également une question : ne sont-ils pas déjà là depuis longtemps ? N’est-il pas déjà trop tard quand un professeur se fait décapiter pour avoir simplement suivi le programme ? Quand les horreurs de Daech ne se déroulent plus en Syrie ou en Irak mais dans notre cour ?

Le terrorisme est un stress-test. C’est dans sa nature de devoir constamment franchir de nouvelles frontières. Il doit montrer qu’il peut encore être un peu plus sombre, plus maléfique, plus bestial. Sinon, il n’atteindra pas son objectif. Dans ce cas, il s’agit de diviser la société. Cette transgression est une question de sacrifice, mais surtout de symboles.

De vieilles dames assassinées parce que juives

En 2012, la France a connu sa première rupture. Un islamiste avait pénétré par effraction dans une école juive et assassiné de jeunes enfants, l’un d’eux avait encore sa tétine dans la bouche. Un père de famille et un professeur ont également été assassinés . Quelques jours plus tard, le même auteur a exécuté un militaire.

Le niveau d’horreur suivant a été atteint avec les assassinats de la rédaction du magazine satirique “Charlie Hebdo” et du supermarché juif Hyper Cacher. En décembre de la même année, les attentats de la salle de concert du Bataclan, des terrasses des bistrots et du Stade de France auront lieu, suivis six mois plus tard par l’assassinat sur la promenade des Anglais à Nice, le jour de la fête nationale.

Dès lors, il est clair que l’islam radical vise la France entière, un mode de vie, et surtout la volonté de briser la nation des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Les vieilles dames étaient assassinées parce qu’elles étaient juives. Les policiers étaient exécutés, d’abord en service, puis chez eux, même devant un enfant en bas âge.

Maintenant, les enseignants de France doivent avoir peur. Et là encore, on a l’impression que c’est une épreuve collective : combien de temps la société pourra-t-elle la supporter sans stigmatiser chaque musulman, chaque femme musulmane pour ce qui est fait au nom de sa religion ?

La France se trouve dans une situation particulière. C’est l’ennemi idéal de l’Islam radical. Cela tient à son histoire en tant que puissance coloniale et au grand nombre de citoyens qui ont leurs racines au Maghreb et qui, à la troisième génération, constatent qu’ils ne font pas encore ou plus partie de la société française.

La société s’est divisée en sociétés parallèles. C’est contre eux que la France doit maintenant mener un combat exemplaire, qui pourrait être un exemple pour les autres. Cela signifie qu’il ne faut plus faire semblant. Parce que l’école de la République est infiltrée depuis des années.
La France est à la croisée des chemins

Dès 2004, le rapport Obin a souligné que dans certaines écoles, il n’est plus possible d’enseigner l’Holocauste, de passer par l’affaire Dreyfus ou de parler de Voltaire. Même l’infidélité de la femme d’un médecin fictif de Normandie a suscité des protestations. Que faire lorsque vous ne pouvez plus lire “Madame Bovary” en cours de français ?

Que faire lorsqu’un élève ne veut plus suivre de cours de natation ? Que faire si un enfant de cinq ans refuse de serrer la main de son professeur parce qu’il s’agit d’une femme ? Que faire si un élève de septième année affirme que la charia est plus importante que les lois de la République ?

La France est à la croisée des chemins. Les nombreuses paroles de consternation doivent maintenant être suivies d’actions décisives. Le droit au blasphème, qui n’existe pas dans toutes les démocraties et sur lequel les Français s’obstinent, peut paraître dépassé ou démodé de l’extérieur. Mais plus le prix à payer par les Français sera élevé, plus ils devront se battre pour l’obtenir.

Il y a seulement deux semaines, le président français Macron a fixé les limites de la tolérance dans un remarquable discours d’ouverture. Là où l’islam se présente comme un séparatisme, la République le combattra. Ce sera un combat maison par maison, école par école, dans les bus et les trains. Surtout, cela prendra beaucoup de temps.

Die Welt