Israël : L’homme de ménage du ministre de la Défense espionnait pour l’Iran

L’employé de Benny Gantz a été arrêté alors qu’il s’apprêtait à renseigner un groupe de hackers pro-iranien.

L’homme de ménage avait le goût de l’espionnage. Omri Goren Gorochovsky, 37 ans, a été arrêté par le Shin Beth, le service de sécurité intérieur israélien, alors qu’il s’apprêtait à livrer des informations confidentielles sur son employeur, Benny Gantz, le ministre de la Défense, au groupe de hackers pro-iraniens Black Shadow. Il prévoyait d’installer un logiciel malveillant dans l’ordinateur personnel de l’ex-chef d’état-major de l’armée et était entré en relations avec les pirates informatiques via la messagerie cryptée Telegram.

Le nettoyeur aurait agi pour des raisons financières. Il a pris contact avec Black Shadow en postant des photos du domicile familial de Benny Gantz. Parmi les prises de vue figurent le bureau du ministre de la Défense, ses ordinateurs, son téléphone, sa tablette, une boîte comportant des chiffrages liés à l’armée israélienne, un routeur et son adresse IP, ainsi que des reçus attestant qu’il paye ses impôts fonciers. Les entrailles de son téléphone portable ont permis de trouver les éléments qui confirment ses aveux. Il a effectué des recherches sur internet avant d’entrer en contact avec Black Shadow, a traduit ses requêtes de l’hébreu à l’anglais par Google Translate et enregistré les photos qu’il a tenté d’effacer après les avoir transmises.

L’Unité de protection des personnalités critiquée

Selon le Shin Beth, le suspect a été neutralisé avant de causer des dégâts plus conséquents. Il représentait un «danger potentiel» pour la sécurité nationale mais n’a pas pu transmettre des «documents classifiés». Son casier judiciaire est riche. Il comprend cinq condamnations et 14 inculpations entre 2002 et 2013, dont deux braquages de banque, des cambriolages, des vols. Omri Goren Gorochovsky a été condamné à quatre peines de prison, dont une pour vol qualifié de quatre ans. Il est passé sous les radars des contrôles sécuritaires car il a été embauché avant que Benny Gantz soit une personnalité politique de premier plan. Fondateur du parti Bleu et Blanc en 2019, ce dernier avait cohabité avec Benyamin Netanyahou, dont il avait été l’éphémère vice-premier ministre, et occupe le poste de ministre de la Défense depuis 2020. Son téléphone avait été hacké lors de sa première campagne électorale.

Déjà mise en cause pour ses lacunes après l’assassinat, en 1995, par un extrémiste, du premier ministre Yitzhak Rabin, porteur des accords de paix d’Oslo, l’Unité de protection des personnalités est à nouveau critiquée. Ses procédures vont être revues alors qu’une cyberguerre irano-israélienne bat son plein.

«Des documents secrets du ministère de la Défense»

En octobre, des hackers iraniens ont mis en ligne des fichiers contenant des informations privées sur des centaines de soldats de Tsahal. Les documents divulgués par le mouvement Moses Staff contenaient des détails sur le déploiement d’une brigade de combat des Forces de défense israéliennes (FDI) avec des descriptions de postes, une liste complète des noms, des adresses e-mail, des numéros de téléphone et des adresses résidentielles des membres de la brigade.

Des portraits de Benny Gantz ont également été diffusés par le groupe, accompagnés de menaces. «Nous connaissons chacune de vos décisions et nous vous frapperons là où vous vous y attendez le moins. Nous avons des documents secrets du ministère de la Défense, des cartes militaires opérationnelles et des informations sur le déploiement des troupes, et nous dévoilerons vos crimes au monde entier», affirmait Moses Staff.

De son côté, Black Shadow a récemment révélé des données d’un site de rencontres LGBTQ basé en Israël après qu’une demande de rançon de 1 million de dollars n’a pas été satisfaite. Il s’est illustré avec des cyberattaques contre des organismes de santé en rendant publics les dossiers médicaux de quelque 290.000 patients. En décembre 2020, les pirates politico-criminels ont extorqué 1 million de dollars à une compagnie d’assurance israélienne.

Une cyberguerre de l’ombre

La cyberguerre de l’ombre opposant Téhéran et Israël est une histoire ancienne. Le programme nucléaire iranien a été endommagé dès 2010 par l’introduction du virus israélo-américain Stuxnet dans les centrifugeuses d’enrichissement d’uranium. Voici un an, le système informatique de la compagnie des eaux israélienne a subi une agression qui aurait pu provoquer un empoisonnement au chlore de la population. Les activités du port de Bandar Abbas, en Iran, ont ensuite été paralysées. Et par le plus grand des hasards, une cyberattaque a bloqué, voici trois semaines, les stations-service iraniennes, empêchant l’accès aux pompes par carte électronique.

Le Figaro