Italie : Pourquoi Naples est-elle l’épicentre de la contestation contre les restrictions anti-Covid ?

Temps de lecture : 3 minutes

Dans la métropole du sud de la péninsule, encore plus qu’ailleurs,les manifestations pour protester contre les mesures du gouvernement pour endiguer l’épidémie sont très nombreuses. La faute d’un système social fragile, qui n’est pas en mesure de bénéficier pleinement des aides de l’État.

Les images, d’une rare violence, ont choqué l’Italie. Vendredi 23 octobre, à la suite de l’annonce d’un couvre-feu concernant Naples et sa région, des manifestations ont éclaté dans la ville. D’abord pacifique, la contestation s’est transformée au cours de la nuit en une véritable guérilla urbaine. Les heurts avec la police ont été nombreux et des bennes à ordures ont été brûlées.

Rapidement, la contestation a gagné l’ensemble de la botte, mais après une semaine mouvementée, ces derniers jours – au moment où plusieurs régions italiennes ont été pratiquement reconfinées de facto – la tension semble quelque peu retombée.

Néanmoins, à Naples, où tout a commencé, la situation reste très tendue. “Ici, presque chaque jour une catégorie de professionnels descend dans la rue pour protester”, résume l’hebdomadaire transalpin, qui rappelle les protestations des chauffeurs de taxi et de bus, des parents d’élèves et des enseignants et, bien sûr, des commerçants.

Structure sociale particulière de la ville

Un joli chaos en somme, qui s’explique par l’absence d’organisation. “Une des caractéristiques des contestations napolitaines, c’est l’absence de ‘leaders’, explique le photojournaliste napolitain Giulio Piscitelli dans les colonnes d’Internazionale. Il s’agit souvent de manifestations qui s’organisent de façon autonome sur les réseaux sociaux et qui concernent des catégories de travailleurs qui ne protestaient plus depuis longtemps.”

Reste à clarifier le rôle trouble de la Camorra – la mafia locale –, dont certains membres ont été identifiés parmi les manifestants. Mais, si la criminalité organisée a un intérêt certain à souffler sur les braises, peu nombreux sont les observateurs qui croient que c’est elle qui tire les ficelles des contestations.

La persistance des manifestations à Naples est plutôt à rechercher dans la structure sociale de cette ville, si particulière à l’intérieur de la péninsule. “À partir de la fin des années 1990, la ville a connu un boom touristique, qui s ’est accentué ces quatre dernières années. Ainsi, les quartiers très populaires du centre-ville se sont réorganisés selon une économie informelle liée à ce secteur”.

Des loueurs d’appartements, des boutiques de souvenirs et autres commerces ont vu le jour et ont ensuite connu des difficultés à partir de mars 2020, à cause du premier confinement. Mais la situation la plus dure est assurément celle des bars et des restaurants. Une donnée qui est vraie dans bien d’autres villes, mais à Naples un facteur supplémentaire rend la situation plus intenable.

Ici, dans la restauration, on a recours massivement au travail au noir ou au gris [payer seulement une partie du salaire légalement], analyse le média italien. Voilà quia rendu les mesures de chômage partiel du gouvernement inefficaces lors de la première vague.

Un scénario qui se répète aujourd’hui, avec encore moins d’argent en poche.

Naples bientôt en zone rouge

Autre catégorie qui proteste ici, plus que partout ailleurs en Italie, celles des enseignants et des parents d’élèves. Là encore, ce sont les conditions particulières de la ville de Naples qui soulèvent une inquiétude spécifique.

Ici, nombreux sont les enfants qui n’ont pas la possibilité de se connecter à Internet de chez eux et de suivre ainsi les cours à distance ; et c’est encore plus grave quand on sait que le pour centage d’abandon des études est très élevé à Naples”.

Dans les quartiers populaires beaucoup d’élèves doivent suivre leurs cours dans des appartements exigus. Cet ensemble de facteurs rend la situation napolitaine plus instable qu’ailleurs. Ce qui ne manque pas d’inquiéter les pouvoirs publics, puisque la ville est frappée de plein fouet par la deuxième vague et pourrait bien basculer en zone rouge (ce qui signifie un quasi-confinement) dans les prochains jours. Voilà qui pourrait attiser encore davantage le feu de la révolte.

Internazionale