IVG dans la Constitution : Marine Le Pen change de pied

La présidente du RN va déposer un amendement pour la constitutionnalisation de l’IVG histoire de faire oublier ses déclarations passées…

AVORTEMENT – Fini les déclarations sur les « avortements de conforts » que Marine Le Pen dénonçait en 2012, arguant que certaines femmes utilisaient l’IVG comme « un moyen de contraception » et qu’elle envisageait même de « dérembourser ».

Il y a une semaine encore, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, fermait la porte à toute constitutionnalisation de l’IVG, dans les colonnes du JDD, en assurant qu’« aucune formation politique en France ne réclame la suppression de ce droit. Je ne comprends pas bien du coup à quel danger doit répondre cette demande de constitutionnalisation », évacuait la patronne de la formation d’extrême droite.

Changement d’avis en une semaine

Comme il y a un mois, quand Marine Le Pen annonce à la surprise générale voter la motion de censure de la NUPES, au dernier moment, elle change finalement d’avis sur ce sujet. Selon des informations de RTL, confirmées par Le HuffPost, ce lundi 21 octobre après-midi, la présidente du RN a déposé un amendement – en son nom uniquement – à la proposition de loi de La France Insoumise visant à constitutionnaliser l’IVG, accepté en commission notamment grâce aux voix de Renaissance et qui sera débattu dans l’hémicycle jeudi 24 novembre.

Marine Le Pen se positionne donc pour la constitutionnalisation de l’IVG, pour la première fois, mais ne souhaite pas voir adoptée la même formulation que celle de LFI qui est « trop large », selon le secrétaire général du groupe RN à l’Assemblée, Renaud Labaye. Dans le texte porté par Mathilde Panot, cheffe de file des députés LFI, il serait inscrit dans la Constitution : « Nul ne peut porter atteinte au droit à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception. La loi garantit à toute personne qui en fait la demande l’accès libre et effectif à ces droits. ».

« Rien n’empêche de demander un avortement à 9 mois dans le texte de LFI », Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN à l’Assemblée nationale.

Marine Le Pen, elle, veut s’en tenir au code de la santé publique qui précise le délai légal d’interruption volontaire de grossesse : soit quatorze semaines. « Notre rédaction permet de rassurer ceux qui pensent que l’avortement serait remis en cause et ceux qui trouvent que leur rédaction va beaucoup trop loin : rien n’empêcherait avec le texte des Insoumis de passer à 16, 18 semaines voire à 9 mois », estime ce dernier. Il précise qu’un amendement identique sera déposé sur le texte de Renaissance étudié par l’Assemblée nationale le 28 novembre.

Une façon surtout pour Marine Le Pen – qui cherche par tous les moyens à se normaliser – de faire taire les critiques de ceux qui pointent ses anciennes ambiguïtés sur le sujet, et la porosité de son mouvement avec des groupes ultra-conservateurs catholiques opposés à l’avortement. « Elle est seule signataire car on sait que certains pourraient avoir du mal à le voter », concède son conseiller Renaud Labaye pour qui ce revirement « permet de clarifier les choses pour Marine Le Pen et de montrer qu’il n’y a pas d’ambiguïté ».

S’il n’y a que très peu de chance que cet amendement soit adopté, il restera à Marine Le Pen de se positionner sur le texte, y compris sans cet ajout. Et surtout à son groupe de se positionner sur un sujet qui est loin de faire l’unanimité en interne. Alors que la liberté de vote est totale au groupe RN sur les sujets de société, l’amendement de sa présidente servira aussi de test pour voir combien des 89 élus du Rassemblement national sont effectivement pour la défense de l’avortement jusque dans la Constitution.

Huffington Post