James Baldwin : “On n’est pas né Noir, on le devient, et on découvre que l’on est né avec une drôle d’histoire…”

En 1981, un jeune homme noir est déclaré coupable du meurtre de 28 enfants à Atlanta, alors que les preuves contre lui sont minces. James Baldwin écrit un livre sur cette affaire ; il y questionne la place des Noirs dans le pays. En 1985, il était l’invité d’Éliane Contini pour parler de ce livre.

On essaie de me persuader que je suis né pour être un esclave et pour toujours, il faut que je sois nègre pour justifier un crime.”

Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants noirs furent retrouvés morts étranglés dans la ville d’Atlanta, aux Etats-Unis. Walter Lowe, le rédacteur en chef du magazine Playboy, premier homme noir à occuper ce poste, proposa à l’écrivain James Baldwin d’enquêter sur cette affaire. Peu après, un jeune homme noir de 22 ans, Wayne Williams, fut arrêté, jugé et condamné à la prison à vie, alors même que les preuves rassemblées pour démontrer sa culpabilité étaient plus que ténues. 

James Baldwin écrivit plusieurs articles à ce sujet, puis un essai, publié aux Etats-Unis en 1985 sous le titre The evidence of things not seen (la preuve des choses non vues), traduit en Français la même année et paru sous le titre plus plat de Meurtres à Atlanta.

En lieu et place de la culpabilité de Wayne Williams, James Baldwin y interrogeait la responsabilité du peuple américain dans la place assignée aux Noirs. Ce fut le dernier essai publié du vivant de l’auteur, qui mourrait deux ans plus tard. Le 4 novembre 1985, l’écrivain était l’invité d’Éliane Contini dans Agora pour parler de ce livre et évoquer la place des Noirs aux Etats-Unis, mais aussi en France où il s’était établi depuis 1970.

En France (…) quelqu’un qui n’est pas français existe à peine, cela m’arrangeait parfaitement car je voulais qu’on ne fasse pas attention (à moi). (En France), je me suis senti étranger, mais pas tellement Noir.”