Japon : Une étudiante élève la voix contre les publicités grossophobes

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Dans un pays où la grossophobie et les autres discriminations fondées sur l’apparence physique sont très peu critiquées, une étudiante de 20 ans a lancé une pétition et a récolté plus de 30.000 signatures.

Au Japon, où la minceur est une valeur reine, les publicités de produits de beauté dénigrant les personnes qui n’entrent pas dans la “norme” de beauté sont légion. Certaines d’entre elles vont jusqu’à dire sans ambages : “Ton double menton est vraiment dégoûtant. Et avec ce ventre en plus, comment vas-tu trouver une copine ?” ou bien : “Les filles ne vont jamais apprécier tes boutons sur les joues.”

Ces publicités reposent toujours sur la même idée : l’une de vos caractéristiques physiques est profondément problématique et fait de vous une personne laide, mais le produit que nous commercialisons vous permettra d’y remédier.

Face à ces campagnes publicitaires qui essaient de faire acheter des produits en ravivant les complexes des consommateurs, Aoi Murata, une étudiante en beaux-arts de 20 ans, a décidé d’élever la voix et a lancé une pétition sur le site Change.org.

Une initiative inédite au Japon, où ce genre de publicités est très rarement remis en cause. “Beaucoup de personnes, y compris moi, sont blessées par ces publicités moquant les caractéristiques physiques des gens”, dénonce-t-elle dans un article du journal Mainichi. Contenus qui provoquent de plus en plus d’agacement.

En deux mois, la pétition de Murata a déjà recueilli plus de 30.000 signatures. L’étudiante a l’intention de la présenter à Google, qui gère la plateforme YouTube,et à trois autres entreprises qui gèrent des publicités en ligne.

Elle compte organiser des événements pour sensibiliser le public à ce sujet.Signe que ces contenus provoquent de plus en plus d’agacement chez les consommateurs japonais, les plaintes sur les publicités vidéo rapportées à l’Organisation de régulation de la publicité (Japan Advertising Review Organization, JARO) sont de plus en plus nombreuses, note le journal.

La JARO en a reçu entre 61 et 90 par mois entre février et mai, alors que cela ne dépassait pas le seuil de15 par mois l’année dernière.“Ces contenus poussent les gens à percevoir leur propre corps de manière négative.

C’est surtout dangereux pour les enfants et les jeunes, qui ne sont pas encore capables de relativiser ces discours”, analyse Toko Tanaka, spécialiste des médias à l’université des femmes d’Otsuma (Tokyo). Ces dernières années, de plus en plus de femmes prennent conscience de l’importance d’avoir une image positive de leur corps, il faut que les entreprises créent des publicités dignes de 2020.”

Selon Aoi Murata, qui se félicite du succès de sa pétition, cette tendance traduit un certain changement de fond de la société. Pour elle, il est désormais question de savoir “comment faire comprendre à ceux qui croient que ces publicités sont inoffensives qu’elles sont en réalité problématiques”.

Quant à Google, propriétaire de la plateforme YouTube, l’entreprise a reconnu qu’“il y avait des publicités non conformes” à ses valeurs et qu’elle avait déjà supprimé des milliers d’entre elles en introduisant un nouveau logiciel de sélection des publicités. “Nous allons continuer d’améliorer notre système pour éliminer les contenus qui ne correspondent pas à notre plateforme”, a affirmé un communicant de l’entreprise.

Mainichi

4 Commentaires

    • Assez remarquable en effet, cette règle des cheveux aux couleurs sorties de nulle part. Pour autant j’ai du mal à concevoir comment une femme peut se dire “tiens, si je me rendais encore plus moche”, ça reste assez mystérieux.

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