« Je me pensais en sécurité en France, je ne le suis pas » : Ces Algériens ont fuit leur pays mais les attentats musulmans les traumatisent ici aussi

Ils ont trouvé refuge en France dans les années 1990, pendant la « décennie noire » en Algérie. Aujourd’hui, même s’ils n’osent pas toujours en parler, les attentats islamistes ravivent leurs pires cauchemars.

« J’ai peur que mes enfants vivent ce que j’ai vécu dans les années 1990 en Algérie. Ce n’est plus un cauchemar, c’est une réalité qui finit par nous rattraper. Des gamins de 18 ans tuent au nom de Dieu. Bis repetita. » Ce tweet fébrile de Meriem date du 16 octobre, le jour de l’assassinat de Samuel Paty. Cette journaliste franco-algérienne et parisienne de 41 ans est alors, comme toute la nation, sous le choc. L’image atroce d’un prof décapité en pleine rue convoque des souvenirs toujours là.

Meriem a vécu en Algérie la décennie noire, qui fit entre 100 000 et 200 000 morts, victimes du terrorisme islamiste. A 15 ans, elle a fui vers la France. « J’avais tellement peur de sauter avec le bus en allant au lycée… Les terroristes y déposaient des cartables piégés. » Son nom était affiché sur la place du village et à la mosquée, la désignant comme cible parce qu’elle ne portait pas le voile…

Aujourd’hui, elle a peur pour son pays d’adoption. « Qu’est-ce qu’ils n’ont pas fait ici qu’ils auraient fait en Algérie ? nousdit-elle. Ils ont tiré sur des enfants de 3 ans à bout portant [Mohamed Merah a tué trois enfants juifs de 8 ans, 6 ans et 3 ans, en mars 2012, NDLR], tué des journalistes à “Charlie Hebdo”, des militaires, des policiers, des gens dans une salle de spectacle, au Bataclan, et maintenant, un prof ? Je me pensais en sécurité en France. Je ne l’étais pas. » […]

Nouvel Obs