«Je ne veux pas être renvoyée en Afghanistan» : Leur demande d’asile rejetée, Khatira et sa famille ont peur d’être expulsées

Khatira, jeune Afghane en exil en France depuis deux ans, vient de voir la demande d’asile de sa famille rejetée. Une «décision scandaleuse» pour son avocate, «étonnante» pour un magistrat de la Cour nationale du droit d’asile, qui a accordé une protection dans 80 % des cas depuis septembre.

Son grand sourire s’efface lorsqu’elle évoque l’incertitude des semaines à venir. « Je n’ai pas du tout envie de retourner en Afghanistan, si on y retourne, on va mourir, je ne veux pas être renvoyée en Afghanistan, mais je ne sais pas si on peut vivre ici, en France », explique dans un français courant Khatira. Cette adolescente de 14 ans est arrivée en France il y a deux ans.

En liaison vidéo depuis l’Auvergne où elle est hébergée avec sa famille, la jeune fille apparaît assise à côté de sa mère, dans un trois-pièces, mis à disposition par un opérateur social. « On ne sait pas si on pourra encore habiter là », redoute la jeune fille, craignant de recevoir une obligation de quitter le territoire (OQTF). La Cour nationale du droit d’asile, située à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a rejeté la demande d’asile de la famille.

« Pas de motif sérieux »

« Il n’existe pas de motif sérieux et avéré de croire que M. et Mme (…) seraient particulièrement exposés dans leur pays à un risque réel et personnel de subir des traitements inhumains ou dégradants du seul fait de leur vulnérabilité, et, notamment de leur profil occidentalisé, lequel, n’a, à ce titre, pas été tenu pour établi », peut-on lire dans le jugement de huit pages en date du 7 octobre 2021.

La famille n’avait pas réussi à convaincre l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui examine les demandes d’asile) en 2020. Le père avait expliqué avoir rejoint les « arbaki », du nom de la milice locale anti-talibans en 2017, s’opposant au mollah de son village, membre des talibans. Le grand-père avait été pris pour cible, et la famille s’était réfugiée à Kaboul.

L’arrivée au pouvoir des talibans, le 15 août, leur a permis de demander un nouvel examen de leur dossier. Ils ont pris le train tous ensemble, Khatira, ses parents et le petit frère, de deux ans de moins, pour se rendre à l’audience à Montreuil, le 30 septembre. Ils ont évoqué, en plus, un risque de mariage forcé qui menace l’adolescente, avec un homme plus âgé, union qui aurait été scellée il y a longtemps par un conseil des anciens pour régler un litige foncier.

« Si on rentre, je perdrai ma fille »

« Déclarations schématiques et dénuées de crédibilité », « peu étayées, allusives », sans « développement précis et cohérent », peut-on lire dans la décision. « L’évolution de la situation sécuritaire et politique en Afghanistan ne saurait permettre de réévaluer leur situation (…) Les intéressés n’ont apporté (…) aucun élément précis et tangible susceptible de montrer qu’ils seraient particulièrement inquiétés en cas de retour dans leur province d’origine. »

« Comment peut-on penser qu’on ne sera pas en danger si on retourne en Afghanistan ? Je n’ai même pas eu le temps de m’expliquer, la juge ne m’a pas laissé parler » déplore le père de Khatira, dépité. À côté, sa femme, visage émacié, coiffée d’un foulard jaune, fond littéralement en larmes. Sa fille traduit : « Les talibans sont vraiment cruels. Avec eux, les femmes n’ont pas de droits, si on rentre je perdrai ma fille. »

« Seules certaines Afghanes dignes d’être protégées »

« Cette décision est scandaleuse et d’autant plus inacceptable qu’elle intervient dans un contexte d’instauration de la charia par les talibans et qu’elle considère que Khatira et sa mère ne seraient pas assez occidentalisées pour être protégées, leurs droits, leur liberté et leur sécurité pouvant ainsi être sacrifiés, et que seules les femmes afghanes appartenant à une certaine élite seraient dignes de la protection. Cette vision n’est pas celle de la Convention de Genève » déplore leur avocate, Me Ferielle Kati, qui tente de contester cette décision.

Le Parisien