Jean Raspail reprend la mer

Jean Raspail est décédé le 13 juin 2020 à Paris, à la veille de ses 95 ans. Grand voyageur et explorateur, auteur de nombreux romans d’aventures et de récits de voyage, l’écrivain Jean Raspail a donné naissance à un navire qui portera son nom sur toutes les mers du monde.

Le navire fait 230 mètres de long et son équipage comprend vingt-cinq membres, dont dix officiers. Il bat pavillon français, comme celui dont il porte le nom, Jean Raspail, l’écrivain français par excellence, traditionaliste, royaliste, qui s’est éteint l’année dernière après une vie pleine de panache passée à explorer et à découvrir le monde entier.

Armé par Geogas Maritime, le navire de transport de fret Jean Raspail, a quitté son chantier coréen et a pris la mer le 21 janvier 2022. Il s’agit du premier navire nommé d’après un écrivain de Marine !”

C’est l’armateur français Geogas Maritime SAS, spécialisé dans le transport international de GPL, qui a annoncé que le navire Jean Raspail a déjà été mis sur cales le 1er juin dans le chantier coréen Hyundai Samho Heavy Industries, dans le port de Mokpo, et qu’il a baptisé officiellement le 1er janvier prochain, selon la tradition. Créé en 1979 par un ancien officier de marine, René Boudet, le groupe est dirigé aujourd’hui par son fils, Jacques Boudet, grand fan de l’œuvre de Jean Raspail, dont il partage la passion de l’aventure et le sentiment de la fragilité des civilisations.

Né en 1925, explorateur tout autant que romancier, Jean Raspail est l’auteur de nombreux romans sur l’univers maritime. Pendant 20 ans, il parcourt le monde à la rencontre de populations autochtones, menacées par la confrontation avec la modernité. De ces voyages, il parvient à créer un monde littéraire, évoquant notamment ses souvenirs de Patagonie qu’il transforme en un royaume imaginaire. Membre de l’Association des Ecrivains de Marine, Jean Raspail est décédé en 2020, non sans avoir remporté plusieurs prix littéraires, en particulier le grand prix de littérature de l’Académie Française.

Un rêveur hanté par l’histoire

Jean Raspail était un rêveur-né qui a voyagé toute sa vie au gré de ses curiosités et de ses tendresses. Voyager, découvrir, écrire, faire partager ses émotions, laisser parler sa mélancolie, revisiter l’histoire à sa manière et en toute liberté, en suivant ses coups de cœur et ses émerveillements… Jean Raspail aimait la France; il était l’incarnation de l’esprit français, cultivant une fidélité à la tradition qui s’exprimait notamment dans ses professions de foi monarchistes. Autant dire qu’il était aussi habité par cette envie de découverte et de grand large qui est au cœur de l’histoire de France et n’aura cessé de nourrir ses livres, des romans hantés par le romantisme et la cruauté de l’histoire, tout autant que par le mystère de la naissance et de la mort des civilisations.

Quand il nous avait reçu chez lui il y a quelques années, dans son bel appartement ancien à Paris, Jean Raspail nous avait montré avait plaisir sa collection de soldats de plomb, ses posters représentant des paquebots, quelques objets fétiches ramenés d’un peu partout… Il vivait dans son monde et dans son époque qui était celle d’autrefois et pas celle d’Internet. Il cultivait des rituels abandonnées ou oubliés, souvent ceux des gens de la mer. La navire à son nom fait partie d’une flotte de onze bateaux dont les plus grandes unités portent le nom de grands explorateurs navigateurs français: Champlain (le fondateur de la ville de Québec, le 3 juillet 1608) ou La Pérouse (commandant d’une expédition qui disparut corps et biens dans les îles Salomon en 1788)… Jean Raspail était également membre de l’association Les écrivains de la Marine, fondée par un autre écrivain navigateur, Jean-François Deniau.

Le voyage, le rêve, la rencontre de l’autre, le sens du destin… Jean Raspail avait l’âme vagabonde: il avait refait en canoë, à 20 ans, les chemins d’eau des pionniers français de Québec jusqu’à Nouvelle-Orléans; il avait relié la terre de feu à l’Alaska en voiture en 1952; il avait dirigé deux ans plus tard une expédition sur la trace des Incas; il avait vécu ensuite une année au Japon. Il sera bouleversé plus tard en découvrant la tragédie des Peaux-Rouges en Amérique et meurtri à jamais par un souvenir déchirant, l’apparition presque irréelle des derniers rescapés d’un peuple englouti, sur un canoë perdu dans l’océan et le brouillard… Il parcourt le monde, puis le met en scène dans ses romans.

Le livre de la polémique

C’est en 1973 que paraît son livre qui n’a cessé, depuis lors, d’alimenter la polémique. «Le camp des saints» raconte, avec une sorte de réalisme glacial, l’invasion de l’Europe par des migrants venus d’Inde et échoués sur les côtes françaises sur de vieux rafiots. D’aucuns y ont vu une prophétie, à la lumière de l’actualité des années 2000. Jean Raspail aimait les civilisations disparues, il avait aussi une hantise angoissée pour la civilisation occidentale qu’il considérait comme fragile et désemparée. Le navire qui porte son nom continuera en tout cas, à l’avenir, à témoigner de son esprit de liberté et de la puissance de ses rêves.

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