“Jésus est pédé” : France Inter dans les clous de la liberté d’expression

Le Conseil d’État estime que cette chanson, diffusée en 2020 et jugée offensante par certains, « visait à critiquer les attitudes de discrimination ».

La décision du Conseil d’État devrait mettre un point final à la polémique. En janvier 2020, une chanson humoristique, « Jésus est pédé », diffusée dans l’émission Par Jupiter de France Inter, présentée par Charline Vanhoenacker, déclenche une vague d’indignation. L’artiste Frédéric Fromet y imagine Jésus en membre de la communauté LGBT : « Jésus, Jésus, Jésus est pédé, y a pas que l’hostie qu’il faut sucer. Du haut de la croix, Jésus aime son prochain, surtout s’il est masculin », chantait-il.

L’extrême droite vitupère contre une attaque du service public contre la religion catholique. Mais, plus étonnant, la radio publique fait également l’objet d’une plainte d’une association LGBT, le comité Idaho France, qui explique à nos confrères du Parisien : « Que Jésus, Mahomet ou Bouddha soient homosexuels, trans, bisexuels ou queer ne nous dérange pas, que les jurons homophobes soient utilisés pour parler de leurs orientations sexuelles nous dérange et nous choque. »

La liberté d’expression vaut pour les idées qui « heurtent, choquent ou inquiètent »

France Inter s’était immédiatement excusée, comme Frédéric Fromet, qui avait assuré n’avoir eu pour but que de dénoncer l’homophobie, tout en revendiquant un « droit à l’erreur dans un exercice [la chronique humoristique en direct, NDLR] qui reste très périlleux ». Le billet s’inscrivait en effet dans l’actualité alors qu’un juge brésilien avait ordonné à Netflix de retirer une comédie de son catalogue qui mettait en scène un Christ homosexuel.

Saisi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait choisi de ne pas sanctionner France Inter : « S’il a noté que de très nombreuses personnes avaient été heurtées par les propos tenus à l’antenne par l’humoriste, le Conseil a estimé que ceux-ci n’excédaient pas les limites de la liberté d’expression, dont il est le garant et qui vaut aussi pour les idées polémiques qui heurtent, choquent ou inquiètent. »

Des termes « obscènes et grossiers »

Saisi à son tour, le Conseil d’État a lui aussi estimé que la chanson d’Inter contenait des termes « souvent obscènes et grossiers ». « Il ressort cependant également des pièces du dossier, précise le Conseil, que la diffusion de cette chanson, qui visait à critiquer les attitudes de discrimination à l’égard des personnes homosexuelles et dont les termes ne comportaient aucun encouragement à la discrimination envers un groupe de personnes déterminé à raison de leur religion, s’inscrivait dans le cadre d’une séquence à vocation explicitement satirique. »

Et de conclure : « Malgré leur caractère outrancier, ces propos, qui sont restés isolés et ont au demeurant fait l’objet d’excuses ultérieures […], ne peuvent dès lors être regardés ni comme excédant les limites de la liberté d’expression ni, s’agissant de la société nationale de programme qu’est la société Radio France, comme caractérisant une méconnaissance par cette société de son obligation légale de concourir à la cohésion sociale et à la lutte contre les discriminations. »

Le Point