Journée des mémoires de l’esclavage : en 1801, affranchi, il est élu conseiller municipal

En ce lundi 10 mai, journée nationale de commémoration des mémoires de l’esclavage, découvrez l’histoire d’un esclave affranchi devenu conseiller municipal en 1801.

En 1801, pour la première fois, un conseil municipal est élu à Marçon (Sarthe). Parmi ses membres : Antoine Rottier Belair, greffier et fils d’esclave affranchi. (©©JPBerlose_ValleeduLoir)

C’est une histoire assez incroyable dénichée par Sylvie Gagnard, une férue de généalogie, dans le sud de la Sarthe.

Cette histoire, c’est celle d’Antoine Rottier-Belair, fils d’esclaveaffranchi et élu conseiller municipal en 1801,  à Marçon, petit village de la Sarthe situé à 50 km au sud du Mans.

Soit, sept ans après l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794.

En ce lundi 10 mai 2021, journée nationale de commémoration des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, Sylvie Gagnard raconte.

Il naît dans une sucrerie à Saint-Domingue

Antoine Rottier Belair est né à Saint-Domingue (NDLR. ancien nom de Haïti) en décembre 1743. Il est le fils d’Agathe, une esclave qui travaille dans une sucrerie.

Son père est Charles Rottier de la Borde, un Français, issu d’une famille bourgeoise proche du roi Louis XVI

« Charles est le fils d’une famille vivant à Marçon au XVIIe siècle. Son père était conseiller du roi, au grenier à sel de Château-du-Loir. »

Ils possèdent une sucrerie

À l’époque, beaucoup de familles partent vers les Caraïbes pour faire fortune dans la production de sucre, de café et de coton.

C’est le cas de la famille Rottier de la Borde. Charles et son frère possèdent une sucrerie.

« Ils disposent de nombreux esclaves. La mère du fils de Charles était une esclave mais Charles a reconnu son fils à sa naissance. Il ne s’est jamais marié et je pense qu’il a eu une histoire d’amour avec Agathe, son esclave »,Sylvie Gagnard

Voici une photo de l’extrait d’acte de naissance d’Antoine Rottier Belair, né à Saint-Domingue d’un père français et d’une mère esclave. (©Sylvie Gagnard)

Esclave affranchi, il devient greffier en France

Antoine est affranchi de sa condition d’esclave le 7 avril 1751 et son père le ramène en France, à Marçon « probablement la même année. Il lui donne une éducation. Antoine sait lire et écrire. Il devient greffier et est l’unique héritier de la fortune de son père lorsque celui-ci décède le 13 novembre 1775. »

Mais les origines d’Antoine lui mènent la vie dure.

Alors qu’il veut se marier avec une jeune fille de Château-du-Loir, le curé refuse de célébrer le mariage.

Les mariages mixtes sont interdits, sauf autorisation. Sa requête est rejetée à deux reprises mais il finit par obtenir gain de cause.

« Il a dû écrire que sa couleur est suffisamment légère pour que sa postérité puisse en ressentir. Vous imaginez la violence ! Cette histoire m’a terriblement touchée »Sylvie Gagnardpassionnée de généalogie

Il devient conseiller municipal

De son mariage, trois enfants naissent à Marçon : Pauline, décédée en bas âge, Antoinette et Antoine.

Il achète pendant la révolution française le presbytère de Marçon, le champ de la cure et une vigne aux Broudières.

Il est aussi élu au suffrage censitaire le 4 février 1801 comme membre du conseil municipal à Marçon. 

« Parler d’Antoine, c’est aussi rendre hommage aux habitants de Marçon qui ont voté pour lui. À l’époque, le racisme était d’État. Notre village s’est démarqué de tout ça. »

D’autant plus que, en 1802, l’esclavage est rétabli par Napoléon.

Une manifestation sera organisée à Marçon courant 2021 pour rendre hommage « à nos ancêtres et à Antoine ».

Source: Actu.FR