Juvisy-sur-Orge (91) : « Bougnoule, sale arabe », Mahedine Tazamouch porte plainte contre la police pour « torture », une enquête confiée à l’IGPN

Le jeune homme reproche à des policiers des violences commises le 10 mai. Sa plainte à l’Inspection générale de la police nationale a déclenché l’ouverture d’une enquête pour «violences par personnes dépositaires de l’autorité publique». Une autre, pour «torture», vient d’être déposée par son avocat.

«Torture» : le terme affleurait dès notre première rencontre avec Mahedine Tazamoucht, électricien de 19 ans accusant des policiers de l’avoir violenté, lors de son interpellation et à l’intérieur du commissariat de Juvisy-sur-Orge (Essonne), dans la nuit du 9 au 10 mai. Le mot figure aujourd’hui sur une plainte avec constitution de partie civile envoyée par son avocat, maître Arié Alimi, au doyen des juges d’instruction de l’Essonne, pour «actes de torture commis par personnes dépositaires de l’autorité publique dans l’exercice de leurs fonctions, en réunion, avec usage d’armes». Autre circonstance aggravante, selon le document consulté par Libération : son potentiel mobile raciste. Le plaignant affirme que les policiers l’ont traité de «bougnoule» et de «sale arabe».

Mahedine Tazamoucht à Paris le 12 mai. Le jeune homme dit avoir subi des violences policières dans la nuit du 9 au 10 mai à Juvisy-sur-Orge (Essonne)

Une plainte avait déjà été déposée vendredi dernier par Mahedine Tazamoucht auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Il racontait à la police des polices qu’il avait été interpellé violemment, et sans motif apparent, sur un parking de sa ville d’Athis-Mons, avec deux amis, puis emmené au commissariat de la ville voisine, le 10 mai vers 4 heures du matin, où il avait subi ce qu’il qualifie de «torture». Une fois dans les locaux de la police nationale, «les agents se déchaînaient, ils me mettaient des coups de poing au visage, des coups de pied avec la pointe de leurs chaussures dans mes tibias, ils me marchaient sur les pieds. Ils en rigolaient, il y avait à peu près six policiers à ce moment, dont trois qui me frappaient. Ils s’amusaient aussi à me mettre des coups de Taser dans l’épaule et un dans le cou. Puis, ils m’ont menacé de me taser les parties intimes», décrivait-il à Libération.

Faire la lumière sur «les conditions d’intervention des policiers»

Cette première plainte déposée à l’occasion d’une audition à l’IGPN avait poussé le procureur de la République de l’Essonne à ouvrir une enquête pour «violences par personne dépositaire de l’autorité publique», confiée à la délégation parisienne de l’IGPN, apprenait-on ce lundi. Le parquet précisait que les enquêteurs auront à faire la lumière sur «l’entièreté des conditions d’intervention des policiers». Ces derniers reprochent à Mahedine Tazamoucht et aux deux autres mis en cause des «outrages» qui auraient justifié l’interpellation, et une «rébellion» au cours de celle-ci, nous a fait savoir le parquet. Mais l’enquête à ce sujet est pour l’heure «suspendue», en attendant les conclusions de l’IGPN concernant les violences dénoncées par les trois amis.

En déposant une plainte avec constitution de partie civile, l’avocat de Mahedine Tazamoucht souhaite obtenir la désignation d’un juge d’instruction, statutairement indépendant. Dans cette plainte, Arié Alimi incite d’ores et déjà le doyen des juges d’instruction à demander, «en raison du risque de déperdition des preuves», la conservation des caméras de surveillance du commissariat où se sont déroulés les faits, mais aussi celles de l’hôpital voisin, où Mahedine Tazamoucht déclare avoir été brièvement emmené par les policiers, avant que ceux-ci ne rebroussent chemin avec le jeune interpellé, voyant que celui-ci dénonçait leurs violences au personnel soignant.

Lors de sa garde à vue, le 10 mai, un examen à l’unité médico-judiciaire de Corbeil-Essonnes avait estimé que les blessures subies par Mahedine Tazamoucht lui valaient quatre jours d’incapacité totale de travail. D’après nos informations, ce diagnostic a été renouvelé à l’identique au cours d’un nouvel examen médical effectué ce mardi matin, à la demande de l’IGPN, dans le cadre de son enquête.

Libération